"Au théâtre tout devient possible" : rencontre avec Emmanuel Patron, co-auteur avec sa sœur de "Chers parents", une surprise de la saison

Elle a très rapidement fait l’objet d’un élogieux bouche-à-oreille, "Chers parents", première pièce d’un frère et une sœur, cartonne au Théâtre de Paris. Rencontre avec Emmanuel Patron, l’un des auteurs (et comédien), sur un petit nuage…

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France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Rudy Milstein, Elise Diamant, Emmanuel Patron (à droite sur le canapé), Bernard Alane, Frédérique Tirmont dans "Chers parents" au Théâtre de Paris (CHRISTOPHE LEBEDINSKY / HH)

Ils sont auteurs à quatre mains pour la télévision (leur dernière série L’amour presque parfait est diffusée sur France Télévisions), Emmanuel Patron et Armelle Patron signent leur première pièce, Chers parents, aussi drôle qu’incisive.

Convoqués en urgence, deux frères et une sœur arrivent ventre à terre chez leurs parents. Mine défaite, ils imaginent le pire. Alors quand leurs géniteurs leur annoncent qu’ils partent s’installer au Cambodge pour y construire un orphelinat, passée la surprise, ils hallucinent ! Pourquoi et comment ce couple d’enseignants se lance-il dans ce projet ? Pendant une heure trente les tabous familiaux vont voler en éclat, nous renvoyant à nos travers avec drôlerie et acidité. Une subtile et savoureuse comédie, servie par une troupe aux petits oignons.

Frédérique Tirmont, Bernard Alane, Emmanuel Patron (sur l'accoudoir du canapé), Rudy Milstein, Elise Diamant dans   "Chers parents" au Théâtre de Paris (CHRISTOPHE LEBEDINSKY / HH)


Franceinfo Culture : Vous êtes comédien et auteur de formats courts et de séries pour la télévision, qu’est-ce qui a déclenché l’envie d’écrire, avec votre sœur, pour le théâtre ?

Emmanuel Patron :
 J'écris avec ma sœur Armelle depuis plus de dix ans. Le fait de travailler ensemble est presque obligatoire, on est habitués et on adore ça. Moi, ça fait plus de 25 ans que je suis acteur et pas mal au théâtre. On s’est dit qu’en écrivant une pièce, on pouvait tout à coup s’affranchir de toutes les contraintes de la télé et du cinéma. Tout à coup, tout était possible, on devenait un petit peu maîtres de notre histoire contrairement à la télé où on a les contraintes des diffuseurs, des producteurs. On avait une liberté totale, c’est génial : choisir nos acteurs, le décorateur, la costumière… 

Libres comme l'air, donc...

Après, il faut vendre la pièce ! Au théâtre on écrit gratuitement, contrairement à la télé où en général on est payé pour écrire un scénario. Là c’était à nous de nous déployer pour trouver un théâtre où faire écouter notre pièce en lecture devant des producteurs et des directeurs, et puis une fois que c’était accepté, la faire programmer et ça c’est un long travail.

Comment écrit-on à quatre mains ?

Dans le travail de création avec Armelle, on s’entend très très bien, et on travaille vite. Quand on débat sur une idée, qu’on n’est pas d’accord, l’autre dit aussitôt ce qu’il en pense. On a des sensibilités différentes mais pas d’ego ; on se dit les choses comme un frère et une sœur. Moi, étant acteur, je joue les dialogues, ce qui nous fait avancer plus vite dans l’écriture.

Comment vous est venu ce sujet où chacun peut se reconnaître ?

On écrit beaucoup sur le thème de la famille avec Armelle, nous sommes issus d’une famille nombreuse, on a toujours été assez passionnés par ce noyau nucléaire, cette entité qu’est la famille et par l’impermanence des sentiments. Quand tout semble aller pour le mieux, on ne peut pas imaginer qu’une catastrophe puisse arriver, que quelque chose puisse détruire ce lien familial tellement fort. Un peu comme les frères Coen qu’on admire, on a essayé d’imaginer ce qui pourrait casser ce lien et on s’est dit que l’argent, une grosse somme d’argent, pouvait faire exploser tout ça. 

Et le déclic ? 

La phrase sur laquelle on est partis, qui nous a permis de bâtir la pièce a été : "On ne vous donne rien parce qu’on vous aime !".  Ce qui nous plaisait, c’est de montrer comment La petite maison dans la prairie va se transformer en Festen (ce film danois qui montrait l’implosion d’une famille bourgeoise), comment les uns et les autre vont se transformer.  
Rudy Milstein, Elise Diamant et Emmanuel Patron dans "Chers parents" (CHRISTOPHE LEBEDINSKY / HH)

Combien de temps avez-vous travaillé sur "Chers parents" ?

Un an par intermittence. On bosse ensemble ou on s’envoie les scènes, on fait des modifications, des propositions, on dégraisse. Et puis on fait lire à des proches qui sont des référents pour nous, ils nous donnent leur avis, on avance comme ça.

Vous avez décroché, pour votre première pièce, la salle Réjane du Théâtre de Paris !

On l’a présenté au Théâtre de Paris directement, j’avais joué là-bas Maris et femmes de Woody Allen mis en scène par Stéphane Hillel que je connais depuis très longtemps puisque je l’avais remplacé dans le rôle de Pierre Curie dans les Palmes de Monsieur Schutz. J’adore cette salle Réjane et je lui ai demandé s’il était d’accord pour y faire une lecture. A cette lecture nous avons donc invité Hillel, un des co-directeurs du théâtre, mais aussi plein d’autres directeurs de salle et des producteurs. C’est un travail monumental de faire une lecture et que les directeurs de salle soient là ; ils sont très sollicités, il faut leur donner envie.

Une première lecture avec les acteurs ?

Nous avons choisis des acteurs que je connaissais, avec qui j’avais travaillé, on dit toujours que la distribution c’est 80% du travail de mise en scène. Nous avons répété pendant dix jours pour la lecture. On est assis devant une table avec des chaises, on lit la pièce avec les premières intentions, les enjeux, les silences, les charnières.

Aujourd’hui c’est un des beaux succès de la saison : surpris ? 

Très, très surpris, on est formidablement heureux. On ne s’y attendait pas du tout, c’est notre première pièce, la première mise en scène pour Armelle, assistée par Anne Dupagne. On n’avait pas imaginé que le public allait rire ou être ému à ce point-là, à des moments où on ne s’y attendait pas. Le bouche-à-oreille a fonctionné très vite, les spectateurs ont laissé des avis sur les sites, ce qui est très important maintenant, c’est un réflexe récent qui aide énormément car nous n’avons aucune star dans la distribution. Après la presse s’y est mise, et là, on s’en réjouit, on a eu de très bons articles. C’est tous les soirs un bonheur de monter sur scène, d’autant plus qu’on est tous présent et qu’il n’y en a pas un qui a le Covid. Car en ce moment c’est un champ de mines, c’est une catastrophe pour les théâtres : dès qu’il y a un comédien qui a le Covid il faut arrêter de jouer une semaine.

Vous êtes également comédien dans la pièce. Y a-t-il une saveur particulière à jouer son propre texte ?

Jouer un texte que vous avez écrit c’est génial et c’est la première fois que ça m’arrive (rires) ! Je ne m’étais jamais écrit de rôle pour la télé ou le cinéma car souvent ça ne sert à rien, on n’est absolument pas décisionnaires. Là on se gâte un peu car j’écris comme je parle, c’est plus simple, il y a quelque chose de plus évident et de plus audacieux aussi parce qu’on essaye des choses. C’est assez jubilatoire, moi j’aime bien !

Envie de poursuivre dans cette voie ?

Oui on a envie de continuer l’aventure. Je dis à Armelle tous les jours : ce qu’on vit là est assez rare, que ça marche bien comme ça, il faut faire gaffe de ne pas trop s’habituer non plus ! Fort de ce petit succès au bout de deux mois on a envie de se remettre à écrire, de réinventer des personnages.

"Chers parents" d'Emmanuel Patron et Armelle Patron
Théâtre de Paris, salle Réjane
15 rue Blanche, Paris IXe
Du mardi au samedi à 20h30, samedi à 17h, dimanche à 15h30
01 86 47 72 49

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