"Patrick Dupond avait un don, il nous éclairait", se souvient Brigitte Lefèvre, ancienne directrice de la danse à l'Opéra de Paris

L'ancien danseur étoile s'est éteint à l'âge de 61 ans, victime d'une "maladie fulgurante". Brigitte Lefèvre, qui l'a très bien connu, livre ses souvenirs.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Patrick Dupond, danseur étoile puis directeur de l'Opéra de Paris, lors du spectacle de clôture des Journées européennes du patrimoine devant la facade du théâtre Jean Vilar, à Saint-Quentin (Aisne), le 16 septembre 2007. (VILLARD / SIPA)

L'ancienne danseuse et directrice de la danse à l'Opéra de Paris pendant dix-neuf ans, qui a très bien connu Patrick Dupond, a livré à Franceinfo Culture ses souvenirs, vendredi 5 mars, après avoir appris la mort de cette légende du ballet. Non sans émotion, elle explique comment il a éclairé son art, grâce à sa technique et son charisme. 

Franceinfo Culture : Vous avez vu éclore Patrick Dupond ? 

Brigitte Lefèvre : J'avais quelques années de plus que lui à l'école de danse de l'Opéra de Paris. Mais je me souviens très bien de lui lorsqu'il était petit garçon. Il sortait déjà du lot. Il avait cette force et ce désir de danse, de mieux danser, de mieux tourner, de mieux sauter, et en même temps de jouer, qui ne l'ont jamais quitté. Cela se voyait déjà qu'il avait une personnalité hors norme. Il avait un appétit de vivre incroyable, peut-être trop !

Il faisait partie de ces personnes qui en veulent toujours plus.

Brigitte Lefèvre

à franceinfo Culture

L'ancienne directrice de la Danse Brigitte Lefèvre à l'Opéra Garnier, ici en septembre 2014.
 (ERIC FEFERBERG / AFP)

Il avait une telle façon d'embarquer le public lorsqu'il dansait ! C'était quasiment unique. Il y a de magnifiques danseurs à l'Opéra de Paris, mais lui, c'était une star. Il aurait rêvé d'Hollywood, il voulait toujours plus. Parfois il se brûlait, mais en même temps qu'il brûlait, il nous éclairait. Il avait un don. La danse, ce n'est pas démocratique. Il y a des dons, il y a des critères... Il avait tout cela, et puis il avait aussi cette chose qu'ont tous les danseurs, que nous avons tous : c'est la danse qui nous permet de nous réaliser, par nous-même. Il avait tout cela, et il avait aussi une formidable empathie avec le public, avec les chorégraphes, et il avait des moments de fulgurance. C'est la danse qui le recentrait, et à travers la danse, il donnait tout au public. Le public ressentait vraiment cette grande générosité qu'il avait. Quand il arrivait, il regardait la salle avec ce regard profond, et il était immensément sincère.

C'était un fort caractère...

Tous les danseurs et les danseuses sont de forts caractères ! Mais lui le manifestait plus qu'un autre, c'était presque une profession de foi, et c'était un jeu. Il aimait bien rire, il aimait provoquer, et ne pas être béni-oui-oui. Avec son caractère, avec ses dons, avec ce qu'il portait, il savait aussi très bien parler aux médias, il savait dire ce qu'il fallait et il était sincère. Il avait du répondant et il était inspirant.

Chaque danseur a sa particularité. La sienne était d'être flamboyant.

Brigitte Lefèvre

à franceinfo Culture

Il aimait les feux de la rampe et n'avait pas peur de dire ce qu'il ressentait. Il n'avait pas toujours raison, mais qu'importe : il s'était bien amusé à le dire ! Et parfois, c'était important de l'entendre. C'était une force de vie, c'était un vivant avec un grand V. C'était quelqu'un qui rebondissait tout le temps, et pas seulement grâce à ses muscles. Ces dernières années, il était heureux, je crois, dans sa vie privée. Et cela me réjouit qu'il ait été apaisé. Je ne garde de lui que le meilleur parce que je pense qu'il n'a voulu donner de lui que le meilleur. 

Comment est née la légende ?

Il a fait de chaque événement de sa vie une légende, chaque chose pour lui était excitante. Pour moi, ce n'est pas un exemple, mais c'est une lumière qui éclaire un chemin, une manière de se positionner par rapport à l'art. Il était courageux à sa manière, très personnelle. Je ne garde de lui que le respect, et le meilleur. 

Il a contribué à rendre la danse immensément populaire. Même s'il avait quitté cette grande maison qu'est l'Opéra de Paris, il y restait très attaché. C'était une sorte de farfadet : quand il était quelque part, il voulait être ailleurs... Il voulait tout, comment pourrait-on le lui reprocher ? Notre carrière est très courte et chacun s'exprime à sa manière. La sienne était très personnelle. Même lorsqu'il travaillait comme juge dans des émissions télévisées, il faisait cela certes avec un grand sérieux, mais toujours avec cette petite fantaisie qui était sa lumière à lui.

Il aimait danser, il aimait tourner, il aimait battre, il aimait plus, il aimait moins... Et la danse, c'est tout ça. Toutes ces possibilités d'expressions dans l'espace qu'il exploitait à fond.

Brigitte Lefèvre

à franceinfo Culture

Je me rappelle qu'il aimait le music-hall, comme on disait à ce moment-là ! Il aimait aussi le cinéma. Je ne sais pas s'il était mieux, mais c'était un virtuose, et être un virtuose, ce n'est pas donné à tout le monde. Il a fait de sa vie une légende, et je pense qu'il restera une légende. 

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Danse

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.