"Rien qu'un verre" sur France tv slash : une série sur les jeunes et l'alcool qui croise le documentaire et l'animation

"Rien qu'un verre", de Julie Bonnemoy et Anaïs Caura, interroge le rapport à l'alcool des 18 à 30 ans, à travers une multitude de témoignages et des animations colorées. On appelle cela une série "docu-animée". 

Article rédigé par
Jérémie Laurent-Kaysen - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
"Rien qu'un verre" série-docu-animée de Julie Bonnemoy et Anaïs Caura.  (FRANCE TV SLASH)

"Allez ! Rien qu’un verre !" Qui n’a jamais dû faire face à une telle phrase ? Une invitation à prendre un seul verre d’alcool, qui ne reste finalement pas longtemps unique. Avec leur série documentaire, Julie Bonnemoy et Anaïs Caura ont voulu s’intéresser aux relations qu’entretiennent les 18-30 ans avec l’alcool. Rien qu’un verre brosse le tableau d’une société enivrée, à travers un ensemble de témoignages et d’illustrations.

Un "podcast à voir"

L'idée de cette série documentaire animée a germé dans la tête de la journaliste Julie Bonnemoy, pendant plusieurs années : "Quatre ans sont passés entre le moment où je me suis questionnée sur le sujet et sa réalisation !", nous explique-t-elle. Une société de production, Goldenia Studios, intéressée par son projet lui présente une jeune réalisatrice d’animation 2D, Anaïs Caura. Le courant passe très bien entre les deux jeunes femmes. "Le projet m’a tout de suite tapé dans l’oeil !", raconte Anaïs. Ensemble, elles ont élaboré et donné vie à la série : Julie s’est occupée de récolter des témoignages et de créer le produit sonore ; Anaïs s’est occupée de l’animation et de créer le produit visuel.

Les dessins haut en couleur d’Anaïs Caura ajoutent une vraie profondeur à cette série qui aurait pu être un podcast. "Pour moi, l’animation doit raconter l’indicible, montrer ce qu’une vidéo ne peut pas montrer. Elle a recours à des symboles, des impressions. Elle essaye de faire ressentir au spectateur ce que l’interviewé a ressenti", détaille-t-elle. Ses illustrations qui dansent et se métamorphosent au fil des témoignages viennent compléter le texte, l’enrichir. "Le dessin doit être un traducteur de mots", continue la réalisatrice d'animation.

Entre 70 et 80 personnes ont été interrogées par Julie pour la création de ces dix épisodes. "Je suis allée à Strasbourg, à Nice. On a commencé pendant le confinement, alors beaucoup d’interviews se sont faites par visio. Mais je voulais vraiment avoir un spectre large de la population française", explique la jeune femme. Une fois les interviews triées et sélectionnées, Anaïs les a ensuite écoutées plusieurs fois, depuis son atelier, avant d’user du crayon et de la tablette graphique. "Je notais les phrases qui me tapaient dans l’oreille, qui me créaient des images", raconte-t-elle.

Illustration d'Anaïs Caura pour la série "Rien qu'un verre".  (FRANCE TV SLASH)

Pression sociale

Avec cette série, les réalisatrices ont voulu montrer les effets de ce qu’elles nomment un "alcoolisme social" : "On est dans une société où il faut une bonne raison de ne pas boire !", commente Julie. La gueule de bois, le black-out, l’addiction… Différents sujets abordés pour pointer du doigt les dangers de l’alcool souvent sous-estimés chez les jeunes consommateurs. "On en a tous ras-le-bol de tous ces messages de prévention ! Tous les spots publicitaires se concentrent sur les dangers de l’alcool au volant alors que l’alcool te tue à petit feu ! C’est quelque chose de plus sournois", ajoute-t-elle.

La conception de cette série est née aussi d’une colère. Julie Bonnemoy n'en revenait pas de l’annulation de la campagne de sensibilisation des dangers de l’alcool par le gouvernement français, en janvier 2020. "C'est à cause de la pression de grandes firmes viticoles... Alors qu’on en a vu les bienfaits de ces campagnes au Royaume-Uni !", accuse-t-elle. 

TEASER RIEN QU'UN VERRE ! from Goldenia Studios on Vimeo.

Alcoolique, moi ?

Un repas de famille, une fin de journée de travail, des retrouvailles… Il y a toujours une bonne occasion de trinquer. C’est ce qu’essaie de souligner Rien qu’un verre sans chercher à blâmer les jeunes qui boivent. La série est juste une mise en garde. "Il n’y a pas de problème tant que l’alcool est consommé d’une façon controlée et modérée. Mais dans les milieux étudiants, il peut toujours y avoir de la pression, c’est symptomatique", explique Anaïs Caura. "Nous ne voulons pas culpabiliser avec cette série mais si elle déstabilise celui qui la regarde, c’est qu’il y a quelque chose à creuser", continue Julie Bonnemoy.

Les deux réalisatrices ont aussi été surprises des différentes définitions de "l’alcoolique" qui leur ont été données par les interviewés : "Chacun a sa définition : est-ce que c’est celui qui boit tout seul, celui qui boit tous les jours ? Et on choisit toujours une définition dont on peut s’exclure !", explique Julie, amusée.

La sortie de la série fait écho au "Dry January", le mois de janvier sans alcool. Cette campagne de santé publique, provenant du Royaume-Uni, incite à l’abstinence d’alcool après la soirée du Nouvel An et durant tout le mois de janvier. Alors, seriez-vous prêt à relever le défi ?

"Rien qu'un verre", de Julie Bonnemoy et Anaïs Caura, sur France tv Slash

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