Films directement sur Netflix : "C'est un nouveau monde du cinéma qui s'ouvre avec lequel il va falloir composer", analyse un spécialiste

Les réalisateurs se tournent vers les streamers qui leur offrent la possibilité de sortir simultanément leur film dans un nombre de pays que les sociétés de production à l'ancienne ne peuvent envisager.

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Radio France
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Netflix (illustration). (OLIVIER DOULIERY / AFP)

"C'est un nouveau monde du cinéma qui s'ouvre avec lequel il va falloir composer", analyse Pascal Lechevallier, spécialiste de la dématérialisation et des médias, président-fondateur de l'agence de conseil What's Hot Media, mercredi 1er décembre sur franceinfo alors que le nouveau film de Jane Campion, The Power of the Dog, sort directement sur Netflix, dans 90 pays, et ne sortira en salles de cinéma que dans quelques pays.

franceinfo : Les réalisateurs de films préfèrent-ils les plateformes en ligne aux cinémas à présent ?

Pascal Lechevallier : Netflix est devenu un acteur majeur de la production avec un budget annuel 2021 qui atteint 17 milliards de dollars et donc forcément les grands réalisateurs cèdent aux sirènes de Netflix qui leur donnent la possibilité, comme le dit Jane Campion, de distribuer le jour J son film dans 90 pays. Comme elle le dit, c'est un nouveau monde du cinéma qui s'ouvre avec lequel il va falloir composer. C'est une évolution logique du marché.

"Le streaming permet de distribuer mondialement des films le jour J avec des moyens financiers qui sont très importants."

Pascal Lechevallier, spécialiste de la dématérialisation et des médias

à franceinfo

Les sociétés de production à l'ancienne ont des méthodes de travail qui passent majoritairement par la salle, en particulier les grands studios, qu'ils soient américains, européens ou français. Il y a donc un arbitrage qui se fait, pour les réalisateurs, lorsqu'ils présentent les projets. Il se trouve aujourd'hui que les grands acteurs du streaming ont des moyens considérables, souvent disproportionnés et bien plus importants que les boîtes de production traditionnelles et donc les réalisateurs penchent vers les streamers. Scorsese, Spielberg aujourd'hui travaillent avec les streamers. Les films aujourd'hui se ventilent entre les traditionnels et les nouveaux qui font grincer des dents dans certains cas, parce que le film de Jane Campion, avec des plans très larges, ne pourra pas être vu en salle, en tout cas pas en France.

Scarlett Johansson a poursuivi Disney en justice car le film Black Widow dans lequel elle a joué a été sorti directement sur la plateforme Disney+, alors qu'elle devait percevoir des intérêts sur les sorties en salles de cinéma. Parfois cela se passe donc dans le dos des premiers concernés ?

Si on reprend l'affaire Black Widow, on va dire que Disney a peut-être confondu, en pleine pandémie, vitesse et précipitation, en ne regardant pas bien les contrats. Scarlett Johansson a intenté un procès qui finalement s'est bien terminé puisqu'il y a eu un communiqué commun entre Scarlett Johansson et Disney pour dire que tout s'était arrangé - à coup de millions de dollars évidemment. Elle revendiquait le fait de ne pas être payée sur l'exploitation en streaming alors qu'elle avait évidemment misée sur des recettes et un pourcentage de recettes qu'elle n'a pas eues puisque le film n'est pas sorti en salles. Warner l'a fait aussi et a passé des accords avec les acteurs qui lui ont coûté d'ailleurs quelques centaines de millions de dollars. Aujourd'hui, tous les acteurs du marché, que ce soit les réalisateurs, les acteurs, arrivent à conjuguer les deux. En France, on a un exemple très intéressant qui est Omar Sy. Il vient de signer un accord de production déléguée avec Netflix, ce qui ne l'empêchera pas de travailler également avec des réalisateurs français sur le mode de travail et de financement à la française qui préserve l'exception culturelle.

Cette tendance va-t-elle augmenter en France ?

Bien sûr. Il y a un décret qui est paru le 22 juin 2021 qui va obliger les services de médias audiovisuel à respecter des quotas de production lorsqu'ils travailleront en France. Ces quotas sont assez élevés, avec des obligations, et ça va contraindre et amener tous les opérateurs américains à avoir un seuil minimum d'offres françaises et européennes, donc ça va les inciter à produire local comme ils ont commencé à le faire. Ce mouvement va s'accélérer dans le temps et va donc profiter à l'économie de la production locale même si les règles des Américains ne correspondent pas tout à fait. Je renvoie à la tribune de la Société française des réalisateurs qui est parue mardi dans Le Monde et qui considère que les modes de rémunération des plateformes ne correspondent pas à ce que les auteurs, scénaristes, réalisateurs français ont l'habitude de faire sur le territoire. Mais ces acteurs sont là. Aujourd'hui, ça va être difficile de faire sans eux. Il va falloir s'adapter.

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