Les activités sur internet, et en particulier le streaming vidéo, ont un impact environnemental lourd

Aujourd'hui, le seul streaming vidéo annuel représente l'équivalent des émissions de CO2 d'un pays comme l'Espagne. Et cette consommation est exponentielle. Pourquoi et comment y remédier ? 

L\'inclusion numérique, en enjeu pour les entreprises et pour les salariés. (Illustration)
L'inclusion numérique, en enjeu pour les entreprises et pour les salariés. (Illustration) (CULTURA CREATIVE)

Parce que la diffusion numérique semble dématérialisée, on se figure qu'elle ne pollue pas. Or, terminaux, réseaux de stockage et de diffusion, tous sont bien plus gourmands en énergie qu'on ne l'imagine. Le numérique émet aujourd'hui 4% des gaz à effet de serre du monde, soit davantage que le transport aérien civil, et il devrait doubler d'ici 2025 pour atteindre 8% du total, soit la part actuelle occupée par l'usage de la voiture, selon The Shift Project, le think tank français sur la transition carbone.

Prenons le streaming vidéo, qui occupe aujourd'hui 60,6% du trafic global sur internet selon le dernier rapport (septembre 2019) de la société canadienne Sandvine, spécialiste des équipements de réseaux. Sur ce total Google (avec YouTube) représente 12%, Netflix 11,44%.

La consommation annuelle de vidéos en ligne émet autant de CO2 que l'Espagne

Selon les calculs du Shift Project, groupe de recherche français qui a publié en juillet un rapport sur "L'insoutenable usage de la vidéo en ligne", le seul streaming vidéo annuel représente l'équivalent des émissions de CO2 d'un pays comme l'Espagne, ou 1% des émissions mondiales.

C'est la vidéo à la demande - avec ses géants Netflix ou Amazon et bientôt Apple ou Disney - qui domine, représentant 34% du total (chiffres du Shift Project). Traduction en équivalent tonnes de CO2: 102 millions, à peu près les émissions annuelles du Chili.

Des fichiers plus lourds consomment davantage

"La vidéo digitale ce sont des fichiers très lourds et qui grandissent avec chaque génération de plus haute définition", relève Gary Cook, qui suit le secteur pour Greenpeace aux Etats-Unis. Ultra HD, 4K, 8K annoncée... les constructeurs rivalisent. Mais "plus de data égale plus d'énergie pour maintenir un système prêt à streamer cette vidéo vers votre appareil dans la seconde".

Car le streaming c'est "un ensemble de ressources numériques mobilisées pour un client regardant une vidéo", contrairement à la télé classique où un émetteur arrose tout les spectateurs, souligne Laurent Lefevre de l'Institut national (français) de recherche en sciences du numérique (Inria). Ce qui "met une grosse pression sur trois axes: l'équipement terminal, les réseaux et les centres de données (data centers)".

Un gaspillage de ressources

D'autant que le consommateur veut un service rapide et sans hoquet. Résultat, "tout le monde est en train de surdimensionner les équipements avec pour conséquence un gaspillage de ressources à tous les niveaux", poursuit le chercheur, également directeur adjoint du groupe EcoInfo du CNRS.

Si l'on ajoute à cela le "binge watching" encouragé par les algorithmes de recommandation ou les modes "autoplay", et le fait que l'usage d'internet se diffuse toujours plus à travers le monde, l'empreinte écologique du streaming devrait croître exponentiellement.

Quelques pistes pour le futur

Un retour en arrière technologique étant exclu, les chercheurs recommandent notamment la sensibilisation. Pour Gary Cook de Greenpeace "l'exercice de la responsabilité collective, en exigeant des géants de l'internet qu'ils passent rapidement leurs centres de données aux énergies renouvelables a été le principal vecteur de changement jusqu'à présent".

On peut aussi veiller à la consommation au moins d'impact possible, suggère Laurent Lefevre: "Le pire est de regarder sur un téléphone mobile en 3G. Il vaut mieux regarder chez soi avec une connexion en fibre optique".

Le ShiftProject, qui plaide pour un débat sur la "sobriété numérique", a de son côté mis en ligne le "carbonalyser", une extension de navigateur internet qui traduit en équivalent CO2 vos activités sur la toile. "Il faut se mettre dans la position de questionner des usages qui pour l'instant n'ont pas été discutés à titre collectif", estime Maxime Efoui-Hess.