"Black Mirror", saison 6 : une série Netflix qui tacle Netflix

"Black Mirror", la série d’anticipation sur les dérives des technologies, revient pour une sixième saison. Au menu : une plongée dans la face sombre des plateformes de streaming.
Article rédigé par Manon Botticelli
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
 

Avec sa critique acerbe de notre société à l’heure des réseaux sociaux et autres progrès technologiques, Black Mirror s’est taillé une place de choix dans le catalogue Netflix et dans le cœur des sériephiles. Tel Le portrait de Dorian Gray, la série créée par Charlie Brooker nous renvoie depuis cinq saisons une image monstrueuse de nous-mêmes, smartphone à la main. La série s’est emparée avec intelligence de sujets d’actualité comme le harcèlement en ligne, le culte de l’apparence, l'omniprésence des écrans... Elle s'est même essayée à inventer de nouvelles technologies et les dangers qu’elles pourraient apporter.

Après quatre ans d’attente, les fans peuvent enfin renouer avec cet univers sombre et fascinant, au travers de cinq épisodes racontant chacun une histoire différente. Le début est enthousiasmant dans la pure lignée de la série, mais Black Mirror va très vite s’engager sur de nouveaux sentiers… Jusqu’à se perdre en chemin.

Attention, cet article peut contenir des spoilers.

Épisodes 1 et 2 : Netflix en prend pour son grade…

Ce qu’on aime avec Black Mirror, c’est que les showrunners semblent ne se refuser aucun sujet. Les deux premiers opus de cette sixième saison le démontrent : la série va vivement critiquer son propre diffuseur. Le premier épisode est réjouissant. Acide et humoristique, il aborde de nombreux débats actuels comme les données personnelles utilisées par les plateformes ou l’intelligence artificielle. Le pitch : la vie de Joan va basculer quand la plateforme Streamberry (aka Netflix) décide de faire une série sur son quotidien, Joan est horrible, en exacerbant ses pires défauts. Le public se délecte de sa déchéance. Toute tentative de recours est vaine : elle a signé une autorisation dans les conditions d’utilisation qu’elle n’a pas lues en s’inscrivant sur la plateforme…

Le siège social de Streamberry, plateforme de streaming à l'origine de la série "Joan est horrible" sur la vie de Joan. (NICK WALL)

Deuxième épisode, retour sur une ambiance sombre et pesante, à laquelle Black Mirror nous avait habitués. Cette histoire va s’intéresser au phénomène des documentaires "true crimes", récits sordides d’évènements réels - serial killers ou cold case - qui connaît un réel engouement. L’épisode Loch Henry aborde cette fascination qui tourne au malsain sous le point de vue des proches de victimes. Un angle qui rappelle le débat autour de la série Netflix Jeffrey Dahmer, et la colère de la sœur d’une victime du tueur (article en anglais).

Épisode 3 : du pur "Black Mirror"

Mon coeur pour la vie, renoue avec les ingrédients phares de la série : technologie et dystopie. Les décors rétro tranchent avec la modernité du sujet, qui relève même de l’anticipation.

Malgré une intrigue intéressante, on reprochera à l’épisode de traîner en longueur, avec une fin assez attendue et peu de rebondissements.

Épisodes 4 et 5 : mais qu’est-ce que je suis en train de regarder ?

La deuxième partie de cette sixième saison sort clairement des sentiers battus. Adieu smartphone, robots et vaisseaux spatiaux, place au surnaturel qui fera irruption dans le quotidien de gens tout à fait normaux… ou presque.

La deuxième partie de la saison 6 marque un tournant inédit dans "Black Mirror". (Nick Wall)

Un parti pris inattendu qui a le mérite d’être audacieux. Mais qui interpelle tant il détonne dans le fil rouge censé lier tous les épisodes de la série. Esthétique vintage, trash et mystères forment un cocktail fantasque qui ne manque pas de nous rappeler l’excellente série Fargo. On reste un peu sur sa faim tant les débats sur les innovations technologiques des quatre dernières années auraient pu être mieux exploités. Peut-être dans une prochaine saison ?

En résumé

On aime :

  • L’épisode 1 qui vaut vraiment le détour
  • L’autocritique sur le sujet de plateformes de streaming
  • Le voyage entre différentes époques
  • Un retour de cette série qui reste de bonne facture

On aime moins :

  • Des épisodes qui traînent parfois en longueur
  • Certains personnages caricaturaux
  • Des histoires qui s’éloignent du sujet de la série

Pour ceux qui ne connaissent pas encore cette série, ils auront l'occasion de la découvrir en clair le 3 juillet sur France 2. La chaîne proposera une soirée spéciale avec une sélection de six épisodes issus de différentes saisons à partir de 21h10. 

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