Notre-Dame-des-Fontaines, la "Chapelle Sixtine" des Alpes-Maritimes, miraculeusement intacte après la tempête Alex

Comme une BD de la fin du XVe siècle, les peintures de la chapelle Notre-Dame-des-Fontaines à la Brigue (Alpes-Maritimes), racontent la vie de Jésus. Elles ont été épargnées par la tempête Alex qui a ravagé la vallée de la Roya fin septembre.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Peintures de la fin du XVe siècle à la chapelle Notre-Dame-des-Fontaines à La Brigue (Alpes-Maritimes, 26 juin 2016) (RIEGER BERTRAND / HEMIS.FR / AFP)

Aux portes de l'enfer quand des trombes d'eau ont dévasté la vallée franco-italienne de la Roya début octobre, la chapelle peinte de Notre-Dame-des-Fontaines à La Brigue fascine par ses fresques de 1492 très crues et osées, intactes malgré la tempête.

Dessinée du sol au plafond, ce qui lui vaut le surnom de "chapelle Sixtine" des Alpes-Maritimes, la chapelle est un joyau méconnu de la fin du Moyen-Age, témoin de l'âge d'or de la route du sel qui remontait de la Méditerranée vers l'Italie. C'est aussi un moteur touristique pour ce village, isolé et situé dans une région dévastée par des intempéries hors norme il y a deux mois et demi.

"On est venu rapidement vérifier dès la catastrophe (...) et, miraculeusement, comparé aux destructions qu'on a pu voir (...), le vallon n'avait quasiment pas bougé, la chapelle non plus", respire Cyril Darius, jeune guide à l'office du tourisme.

Une multitude de personnages saisissants

D'une main, il pousse la grille puis les portes de l'édifice enfoui sous la neige et rouvert pour l'AFP pour la première fois après le désastre. Il n'y a pas d'éclairage. Le temps que l'oeil s'habitue et bientôt, une multitude de personnages et de créatures saisissantes surgissent des 220 m2 peints à quatre mains, il y a plus de 500 ans, par le prêtre et peintre Giovanni Canavesio et l'artiste Giovanni Balaison pour raconter la vie de Jésus.

"Il y a tous les codes de la bande-dessinée, des méchants avec de mauvaises têtes, des gentils avec des auréoles. On peut faire un parallèle avec des 'comics' américains, ce n'est pas Super-Jésus mais presque. Ces codes permettaient d'amener à une lecture naïve et de marquer les esprits", détaille le guide.

Dernier point d'eau potable avant le col pour l'Italie, Notre-Dame-des-Fontaines servait de halte pour les voyageurs et leur monture. De nos jours, le nombre de visiteurs fluctue entre 5 000 et 10 000 par an. Il peut en passer jusqu'à 150 par jour l'été, mais c'était avant que le départementale montant dans la vallée ne soit gravement endommagée par les pluies torrentielles.

Comme au cinéma

"A la base, c'était sans fenêtre, obscur et l'ambiance comme quand vous êtes au cinéma, scotché sur votre fauteuil : les gens devaient être sidérés parce que c'est assez violent, ça montre des trucs assez interdits comme l'intérieur des corps, la cavalcade des vices", poursuit Cyril Darius.

De sa lampe torche, il balaie le mur et pointe le personnage biblique de Judas pendu. Un démon à serres d'aigle et cornes de bouc semble arracher un corps de bébé, symbolisant l'âme du traître, de ses entrailles pantelantes. La peinture du Jugement dernier est à l'avenant : les menteurs sont embrochés, les avaricieux martyrisés par un serpent ailé à tête d'homme et des personnages s'adonnant à la luxure sont happés dans la mâchoire du Leviathan.

La scène licencieuse a disparu, gommée, tout comme le sexe de Jésus bébé, mais ce sont là les deux seuls endroits effacés.

Un état de conservation exceptionnel

Pour le reste, il y a une usure, des rehauts à la colle ou à l'étain qui servaient à donner du relief et qui sont partis mais l'état de conservation et la qualité de la peinture sont "exceptionnels", souligne Jean-Marc Vallet, ingénieur au Centre de recherche conservation restauration du patrimoine (CRCRP) à Marseille. "C'est un lieu à découvrir, on peut voir l'ensemble des scènes sans trop de lacunes ni de perte de matière."

Près de Nice, la tempête Alex a causé des dommages irrémédiables à de nombreuses maisons et édifices publics mais "aucun monument n'a été emporté", selon la Fondation du patrimoine qui a lancé une souscription exceptionnelle : "Les murs ont tenu bon mais les 500 millimètres de pluie ont gravement endommagé les toitures d'édifices déjà vulnérables par le poids des siècles."

A La Brigue, un des rares villages de France abritant des édifices du baroque ligure, la mairie a reçu des appels "de la France entière pour savoir si la chapelle était toujours sur pied", gage d'un retour des touristes si la route et la voie ferrée parviennent à être réparées.

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