Les musées doivent trouver un "chemin de retour" pour les œuvres pillées pendant la colonisation, estime le nouveau directeur du Musée du quai Branly

Emmanuel Kasarhérou, premier Kanak à la tête d'un grand musée métropolitain, explique qu'un travail historique est en cours sur les collections pour "identifier les pièces qui pourraient faire l'objet de restitution".

Emmanuel Kasarhérou au Musée du quai Branly-Jacques Chirac, en octobre 2013.
Emmanuel Kasarhérou au Musée du quai Branly-Jacques Chirac, en octobre 2013. (MARTIN BUREAU / AFP)

Le nouveau directeur du Musée du quai Branly-Jacques Chirac à Paris, Emmanuel Kasarhérou, a estimé, ce jeudi 28 mai sur France Inter, que les musées doivent trouver "un chemin de retour" pour les œuvres qui ont été pillées pendant la colonisation. Emmanuel Kasarhérou est le premier Kanak à la tête d'un grand musée métropolitain. Le Musée du quai Branly présente des objets venus de tout le monde non-occidental.

Pour lui, il faut réfléchir à cette question et "voir quels sont les voies et moyens qui permettent de trouver un chemin de retour pour ces objets""Il nous faut faire des recherches sur l'origine de ces collections, car ce qui nous agite aujourd'hui sur cette question de la provenance et des origines, ce n'est pas forcément ce qui animaient nos prédécesseurs". Le nouveau directeur indique qu'"il y a tout un travail historique qui est en train d'être fait sur les collections pour identifier justement les pièces qui pourraient éventuellement faire l'objet de restitution parce qu'elles ont été prises dans des contextes de violences qu'on ne peut pas tolérer aujourd'hui".

Le recensement des objets kanak dans le monde

Avant de diriger le Musée du quai Branly-Jacques Chirac, Emmanuel Kasarhérou s'est engagé, avec le soutien du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, à recenser tous les objets kanak répartis dans le monde. "On a vu plus d'une centaine de musées en Europe et dans le monde, on a vu et manipulé à peu près 17 000 objets, et on en a inventorié à peu près 5 000", s'est-il félicité tout en reconnaissant que ce travail "n'est jamais terminé parce qu'on en découvre à chaque fois". C'est "un énorme travail" mais un travail nécessaire à ses yeux, car "il est important de savoir où est ce patrimoine". "Ces objets sont porteurs des histoires humaines du passé qui nous renseignent sur les échanges culturels qu'il y a pu avoir autrefois".

La culture kanak rayonne dans le monde grâce à ces objets. C'est important d'en retrouver la trace, d'en retrouver l'histoire aussi. Emmanuel Kasarhéou, directeur du Musée du quai Branlysur France Inter

D'ailleurs, Emmanuel Kasarhérou, qui sera nommé ce mercredi en conseil des ministres, s'est réjoui qu'un Kanak dirige le musée. Pour lui, "c'est une fierté parce que c'est quand même la première fois que quelqu'un qui vient de ces cultures qui sont présentes dans ces collections nationales, qui existent depuis plus de 400 ans maintenant, prend la tête de ces structures. Ce sont aussi une sensibilité, un parcours, une trajectoire singulière qui sont ainsi mis en avant et je trouve ça intéressant".

Un musée qui a pour charge la diversité du monde doit aussi la refléter dans les hommes et femmes qui l'animent. Je pense que c'est importantEmmanuel Kasarhérou, directeur du Musée du quai Branlysur France Inter

Un travail de reconnaissance et d'ouverture que le directeur veut aussi appliquer aux expositions, en ayant davantage recours à des personnes issues des peuples qui ont créé les objets exposés, et pas seulement à des spécialistes et des chercheurs. Mais pour ça, "il est absolument temps que les collections retrouvent le public", a-t-il ajouté, alors que le musée est fermé depuis plus de deux mois en raison du confinement pour enrayer la propagation du coronavirus.