Première messe à Notre-Dame de Paris depuis l'incendie : "C'est un lieu auquel on est attaché de manière intime"

Deux mois après l'incendie qui a partiellement détruit la cathédrale, une messe en comité restreint aura lieu samedi en fin d'après-midi dans une chapelle située derrière le choeur. Philippine de Saint-Pierre, la directrice générale de la télévision catholique KTO qui va retransmettre l'office, revient sur le rapport des Français à Notre-Dame.

La cathédrale Notre-Dame de Paris en travaux, après l\'incendie.
La cathédrale Notre-Dame de Paris en travaux, après l'incendie. (NOÉMIE BONNIN / RADIOFRANCE)

Notre-Dame de Paris "est un lieu auquel on est attaché de manière pas seulement intellectuelle mais aussi intime", a expliqué sur franceinfo samedi 15 juin Philippine de Saint-Pierre, journaliste et directrice générale de la télévision catholique KTO. La première messe depuis l'incendie de Notre-Dame de Paris doit être célébrée dans la cathédrale à partir de 18 heures samedi, deux mois jour pour jour après le feu. La chaîne de télévision retransmettra l'office qui se tiendra en petit comité.

franceinfo : KTO diffuse régulièrement des offices. Comment cet incendie a-t-il eu un impact dans votre travail quotidien ?

Philippine de Saint-Pierre : Depuis 2003, KTO a une retransmission en direct de Notre-Dame de Paris, notamment avec l'office des vêpres en fin d'après-midi. Nous retransmettons également plusieurs messes par semaine : la messe du dimanche soir est très suivie dans le monde entier parce que la liturgie parisienne est très bien ordonnée, très soignée. Nous ne sommes évidemment donc plus en mesure de proposer ces offices depuis le 15 avril. Nous bricolons pour essayer de permettre à nos téléspectateurs qui souhaitent prier à cette heure-là de pouvoir le faire mais on n'était pas en mesure de leur redonner des images de Notre-Dame, jusqu'à ce [samedi] après-midi.

Diriez-vous que Notre-Dame de Paris manque aux catholiques, qu'ils soient parisiens ou d'ailleurs ?

Bien sûr. Ça peut étonner mais on a un attachement à cette cathédrale parce que ce n'est pas seulement un bâtiment. On y est d'abord attachés comme Français parce que c'est une image qu'on connaît. Elle représente notre pays, notre ville. Mais ce n'est pas la tour Eiffel ! Notre-Dame de Paris est un bâtiment dans lequel on vit des choses depuis plus de 850 ans et tous les chrétiens y ont des souvenirs. La dernière fois qu'un pape est venu en visite en France, il est passé à Notre-Dame de Paris. Des grands moments de la Libération ont été célébrés à Notre-Dame de Paris. Dans la vie des chrétiens, on a tous des souvenirs de célébrations importantes. C'est un lieu auquel on est attaché de manière pas seulement intellectuelle mais aussi intime.

Est-ce que vous pensez qu'il faut reconstruire l'édifice à l'identique ou au contraire essayer d'innover un peu, y injecter un peu de modernité ?

Depuis 850 ans, Notre-Dame n'est pas restée en l'état. Au XIXe siècle, quand Viollet-le-Duc met cette flèche, qui s'est effondrée l'autre jour, c'est un scandale de modernité. Notre-Dame a toujours su accueillir la modernité et c'est important, salutaire, souhaitable que d'accueillir la modernité, y compris dans l'art ou dans le travail des artisans. Ça fait aussi partie de la vie de l'Église. Si vous regardez ce qu'il reste de Notre-Dame de Paris, l'image phare est cette statue de la Pietà du XVIIIe siècle, au fond du choeur, avec cette grande croix dorée en-dessous. La grande croix, elle, a été installée en 1994. Notre-Dame a toujours su accueillir la modernité et c'est nécessaire. C'est une modernité qui a toujours respecté l'histoire du lieu, son passé mais surtout sa nature. C'est un lieu qui a un sens et on ne peut donc pas y faire quelque chose qui ne serait pas au service de cette signification.