Débarquement en Provence : 75 ans après, un vétéran français raconte ses souvenirs

Jean-Paul Turc a participé aux deux débarquements en France. Alors qu'on commémore, ce 15 août, le 75e anniversaire du débarquement en Provence, il s'est confié à franceinfo.

Les Alliés débarquent à Saint Tropez, dans le sud de la France, en août 1944.
Les Alliés débarquent à Saint Tropez, dans le sud de la France, en août 1944. (AFP)

Il n'avait que 21 ans le jour du débarquement en Normandie. Fraîchement sorti de l'école navale, Jean-Paul Turc était à Omaha Beach le 6 juin 1944, embarqué sur le croiseur "Georges Leygues", l'un des deux seuls bateaux français participant à l'opération"Alors que nous étions en train de tirer sur la plage comme des fous, les premières personnes qui ont débarqué n'avaient pas de blindés et n'étaient pas équipés correctement, se souvient-il, pendant toute la matinée, cela a été quasiment un massacre sur la plage." Jusqu'à ce jour, il n'avait jamais vu de cadavre. Jean-Paul Turc raconte avoir dû "passer par dessus au moins 1 500 morts".

Le "Georges Leygues" a ensuite mis le cap au sud, direction la mer Méditerranée. Le 15 août au matin, c'est le débarquement de Provence. Sur la plage de la Nartelle, à Sainte-Maxime, la riposte allemande est faible. "Il n'y a pas eu de riposte, probablement parce que les gens étaient beaucoup moins armés. Et puis, les Allemands ne se sont pas trouvés dans une situation aussi favorable qu'en Normandie. En Normandie, les premières troupes qui ont débarqué se sont trouvées avec leur fusil, les soldats étaient quasiment tout nus sur la plage. Ils étaient des proies assez faciles ", explique l'amiral Turc.  

Un dernier combat à Toulon

Pour Jean-Paul, l'épisode marquant de ce deuxième débarquement intervient quelques jours plus tard, près de Toulon, lorsque les Alliés tentent de chasser plusieurs milliers de soldats allemands réfugiés dans l'arsenal. "Malheureusement, les Allemands avaient réarmé la batterie de Saint-Elme, ils nous ont encadré tout de suite, nous ont arraché des morceaux de super-structure et un bout de cheminée, raconte-t-il, ils nous avaient mis le feu à la soute à munitions de 40. Heureusement, il y avait un petit gars qui était canonnier sur l'arrière, qui a réussi à éteindre le feu. Mais il s'est brûlé très sérieusement, et il est mort. Cela a été la fin de notre action devant Toulon."

Après la guerre, l'amiral Turc a poursuivit sa carrière dans la marine. Plus loin du front, il s'est occupé de la formation. Il a aussi présidé le mémorial du débarquement de Provence. En ce 15 août 2019, alors que la France commémore le 75e anniversaire de l'opération, Jean-Paul n'a pas prévu d'assister à la cérémonie qui se déroulera en présence d'Emmanuel Macron et d'autres vétérans. À 96 ans, il préfère rester au calme, chez lui, à Toulon.

Le reportage franceinfo de Sarah Tuchscherer
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