Afghanistan : après l'avoir détruit en 2001, les talibans veillent désormais sur le site des Bouddhas de Bamiyan

Les autorités talibanes insistent aujourd'hui sur leur volonté de protéger l'exceptionnel patrimoine archéologique du pays.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Une des alcoves vides creusées dans la roche qui abritaient autrefois les Bouddhas de Bamiyan (Afghanistan) pulvérisés à l'explosif par les talibans en 2001. Photo prise le 17 juin 2009. (RAHMAT GUL/AP/SIPA / AP / SIPA)

A Bamiyan, vallée mythique du centre de l'Afghanistan, deux fameux Bouddhas géants avaient été pulvérisés à l'explosif par les talibans en 2001, provoquant un émoi international. Aujourd'hui, les talibans revenus au pouvoir s'engagent à protéger ce précieux patrimoine historique.

"Les Bouddhas ont été détruits par les autorités talibanes en 2001" mentionne une plaque de bronze gravée, scellée dans la pierre. Le drapeau du mouvement radical sunnite est planté sur une guérite dans laquelle deux jeunes hommes armés semblent périr d'ennui, à deux mètres de là.

La vallée de Bamiyan recèle un extraordinaire patrimoine archéologique

Pourtant, le mollah Mohammad Hassan Akhund, nommé le mois dernier Premier ministre du gouvernement taliban, est "l'un des architectes de la destruction des Bouddhas" en 2001, assure l'historien spécialiste du Moyen-Orient Ali A.Olomi.

Interrogé par l'AFP, Saifurrahman Mohammadi, le jeune talib récemment nommé à la direction des Affaires culturelles de la province de Bamiyan assure : "désormais nous nous engageons à protéger le patrimoine historique de notre pays. C'est notre responsabilité." Il s'est récemment entretenu à ce sujet, via Skype, avec des responsables de l'Unesco repliés au Pakistan et auxquels il a demandé de revenir en Afghanistan, garantissant leur sécurité.

La splendide vallée de Bamiyan, nichée à 2.500 mètres d'altitude au coeur du massif de l'Hindou Kouch, est le point le plus occidental atteint par le bouddhisme qui en avait fait un important lieu de pèlerinage. Au fil des siècles, les influences indienne, perse, turque, chinoise, moghole et hellénique s'y sont croisées, formant un carrefour de civilisations unique au monde et laissant derrière elles, dans de nombreux sites dont plusieurs restent inexplorés, un extraordinaire patrimoine archéologique.

Un des colossaux Bouddhas de Bamiyan (Afghanistan) creusé dans la roche que les talibans ont détruit en 2001. (LEEMAGE VIA AFP)

Des pièces inestimables volées ou détruites en août dernier

Des responsables locaux et d'anciens employés de l'Unesco à Bamiyan, réfugiés à l'étranger ou entrés en clandestinité, ont assuré à l'AFP qu'un millier de pièces inestimables, qui étaient stockées dans trois entrepôts à Bamiyan, ont été volées ou détruites, à la faveur de la prise de pouvoir des talibans à la mi-août, qui dans la province s'est effectuée pratiquement sans violence.

"Je confirme que des pillages ont bien eu lieu, mais c'était avant notre arrivée, à la faveur du vide qu'ont laissé les anciennes autorités en s'enfuyant", déclare le responsable taliban Saifurrahman Mohammadi. "Nous menons l'enquête et tentons de les récupérer. Nous avons des plans pour cela. Et les travaux du centre culturel de l'Unesco continuent".

En effet, les deux bâtiments monumentaux qui surplombent Bamiyan sont presque terminés, ont constaté des journalistes de l'AFP. Le projet (quelque vingt millions de dollars, financés par l'Unesco et la Corée du Sud) devait être inauguré en grande pompe début octobre.

La vallée de Bamiyan (Afghanistan), nichée à 2.500 mètres d'altitude au coeur du massif de l'Hindou Kouch, recèle un incroyable patrimoine archéologique. Photo prise en juin 2004. (DAVID BATHGATE / CORBIS HISTORICAL / GETTY IMAGES)

Pourquoi un tel revirement de la part des talibans ?

Dans leurs déclarations depuis leur prise de pouvoir, les autorités talibanes insistent sur leur volonté de protéger l'exceptionnel patrimoine archéologique du pays, en dépit du traumatisme mondial créé par les images des Bouddhas disparaissant dans le fracas et les nuages de poussière.

"Nous sentons qu'il y a chez eux une volonté de dire que les choses se passent bien et que le patrimoine ça nous intéresse", indique à l'AFP Philippe Marquis, directeur de la délégation archéologique française en Afghanistan (Dafa), actuellement en France.

"Ils se sont rendu compte que les activités de protection du patrimoine, ça donne du travail et des revenus réguliers", alors que la situation économique du pays est désastreuse, ajoute-t-il. "Je pense que ce sont des gens assez pragmatiques, qui se disent : il faut qu'on fasse tourner notre pays. Qu'est-ce qui marche?".

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