Visite en avant-première de l'Hôtel de La Marine, un joyau sur la Place de la Concorde

Fermé au public depuis la Révolution, L’Hôtel de la Marine sera accessible, dès que les conditions sanitaires le permettront. Visite en avant-première.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
L'hotel de la Marine depuis la place de la Concorde (Eric Cornet)

Quatre ans de travaux ont été nécessaires pour rendre à une partie du bâtiment son cachet du XVIIIe siècle, lorsqu’il abritait le Garde-Meuble royal, avant que la Marine nationale n’investisse les lieux de 1789 jusqu’en 2015. Visite en avant-première.

Patrimoine : visite privée de l'hôtel de la Marine à Paris
FRANCE 3
Il a beau trôner fièrement sur la place de la Concorde, tout près de son jumeau (qui abrite notamment l’Hôtel Crillon), l’Hôtel de la Marine est un bâtiment inconnu des parisiens et des touristes. C’est donc un privilège qui nous est offert. D’emblée, monter les marches de l’escalier de marbre qui mène au 1er étage, c’est sentir le poids de l’histoire. Car même si de nombreuses "petites mains" s’affairent encore, entre échafaudages et bâches plastiques, sur les corniches, les plinthes ou les cheminées, pour les dernières finitions, le décor est déjà somptueux.

Derniers préparatifs à l'Hotel de la Marine  (Eric Cornet)

Aussi majestueux que Versailles 

On se croirait même à Versailles, lorsqu’on entre dans le salon des apparats, où trônent, entre les dorures, les portraits des grandes gloires de la Marine nationale. Au bout de ce salon, une pièce plus petite : le salon diplomatique. Lorsque l’immense lustre, décroché ce jour-là pour être bichonné, aura été hissé au plafond, la pièce retrouvera toute sa majesté. Car il s’en est passé des choses ici...

Entre autres, la signature du décret d’abolition de l’esclavage, le 27 avril 1848. Détail insolite : on découvre, au fond de la pièce, une cachette exiguë, dans laquelle on pouvait se glisser (claustrophobe, s’abstenir !) pour écouter discrètement ce qui pouvait se raconter dans ce salon où des secrets d’Etat ont, sans aucun doute, circulé. Le volet d’une des fenêtres porte, elle aussi, un morceau de l’Histoire de France : la trace encore parfaitement visible de l’effraction qui permis le vol des Joyaux de la Couronne en 1792. Les marins sont conservateurs. Non seulement ils n’ont jamais remplacé ce volet mais durant les 200 ans de leur présence, ils n’ont jamais abîmé les décors d'origine. 

Dernieres restaurations à l'Hotel de la Marine  (Eric Cornet)

Une restauration respectant l'Histoire 

"Les marins ont travaillé exactement comme dans les bateaux, explique Delphine Christophe, en charge du chantier pour le Centre des monuments nationaux. C’est-à-dire qu’ils ont toujours repeint par-dessus les décors existants, sans jamais rien détruire. Ce qui nous a permis de retrouver toutes les peintures d’origine". Ainsi, sous la cuisine en inox aménagée par la Marine, on a redécouvert le "Salon doré". Avec ses deux cheminées et sa corniche dorée en partie intacte. C’est sans doute ce qui a incité les décorateurs à prendre le parti de restaurer ce qui devait l’être mais sans remettre à neuf.

Et ainsi redonner à une partie du bâtiment l’aspect qu’il avait avant 1789, lorsqu’il était encore occupé par le Garde-Meuble royal (l’ancêtre du Mobilier national). Joseph Achkar et Michel Charrière, les deux décorateurs en charge du chantier, ont par exemple retrouvé des tissus du XVIIIe siècle, pour les chaises de la salle-à- manger. Au mur, des soies peintes, entièrement recréés à partir du descriptif de l’inventaire. Sur du tissu neuf, un artiste a peint des motifs (oiseaux, fleurs, feuillages…) à la façon XVIIIe.

Puis le tissu décoré a été patiné. On y a même ajouté de fausses taches de thé, pour lui donner cet aspect "vécu". "Une personne qui a vécu, cela se voit sur les rides de son visage, à la couleur de ses cheveux, explique Joseph  Achkar. C’est pareil pour le bâtiment. Il a 250 ans, il fallait que cela se voit". 

Vue sur Paris depuis l'Hotel de la Marine  (Eric Cornet)

Une collection "comme au XVIIIe Siècle" 

Pour compléter ce réaménagement "comme au XVIIIe siècle", quelques 250 meubles et objets ont été récupérés. Soit achetés, soit prêtés par diverses institutions comme le Louvre, le château de Fontainebleau, ou le Musée des Arts décoratifs. Même l’Elysée a apporté sa contribution. En autorisant le retour au bercail d’un imposant buffet, sur lequel Valery Giscard d’Estaing avait flashé pendant son septennat, et qui trônait au "Palais" depuis un demi-siècle ! A noter que sur les 132 millions d’euros nécessaires à ces travaux, seuls 10 sont des crédits publiques. Le reste provient du mécénat, de la location d’espaces publicitaires sur les bâches pendant les travaux, et d’un emprunt de 80 millions remboursés par la location de bureaux (dans des étages sans intérêt patrimonial). Ne reste plus qu’à attendre la levée des restrictions sanitaires, pour que le public puisse, enfin, découvrir ce trésor de l’Histoire de France.             

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.