La chanteuse et activiste Mavis Staples de retour avec un album produit par Ben Harper

A presque 80 ans, la chanteuse des Staples Singers publie un album énergique et tendre fourmillant de "protest songs" modernes.

La chanteuse Mavis Staples le 15 mai 2019 au Ryman Auditorium de Nashville (Tennessee, USA).
La chanteuse Mavis Staples le 15 mai 2019 au Ryman Auditorium de Nashville (Tennessee, USA). (JASON KEMPIN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA/ AFP)

Légende américaine de la soul, du gospel et du blues, infatigable militante des droits civiques, Mavis Staples reprend à presque 80 ans son bâton de pèlerin, avec un album taillé sur mesure par Ben Harper. Après une première collaboration en 2016 avec la chanson Love And Trust, les deux artistes ont eu envie de poursuivre l'aventure avec un album complet, où ils s'offrent un seul duo, sur la chanson titre We Get By.

"L'amour et l'espoir, c'est ce que j'ai chanté toute ma vie", a expliqué la chanteuse à la voix rocailleuse, lors d'un passage à Paris. "Et Ben savait exactement ce que je voulais chanter", dit-elle à propos du Californien sur lequel elle ne tarit pas d'éloges: "ses chansons sont des petits bijoux, c'est un mec super et... il très beau".

Elle ouvrait en musique les meetings de Martin Luther King

Mavis Staples a débuté comme choriste à l'âge de 8 ans dans le groupe familial les Staple Singers, emmené par son père Roebuck Staples, dit Pops, et au répertoire d'abord gospel. Jusqu'à la rencontre avec Martin Luther King, qui marque un tournant au début des années 60. "Quand on l'a rencontré, mon père a dit j'aime le message de cet homme. S'il peut faire des prêches avec, on peut le chanter".

Les Staple Singers se lancent alors dans une nouvelle orientation avec la production de "freedom songs", pour soutenir la population noire dans son combat pour les droits civiques, et ouvrent les meetings du pasteur noir, assassiné en 1968. Ils deviennent à leur tour des icônes du mouvement, avant de pencher vers le funk dans les années 70 avec le tube I'll Take You There, puis pour Mavis d'entamer une activité solo.

Son nouvel album fourmille de protest songs

C'est un ton militant plein d'espoir que Ben Harper a voulu insuffler dans l'album We Get By, dont le premier titre appelle rien de moins qu'au changement (Change) dans l'Amérique de Trump où des Noirs sont victimes de violences policières. Mêlant blues, tonalités gospel et parfois rock, c'est un album porté par une énergie communicative, rempli de "protest songs" modernes, mais aussi de ballades tendres, comme Brothers and Sisters et Never Needed Anyone.

Preuve que collaborer sied bien à l'artiste soul, qui avait convoqué en 2016 une nuée d'auteurs, de Nick Cave à Bon Iver pour Livin' on a High Note. Elle pourrait poursuivre sur cette voie, si des artistes de la scène rap - Chance The Rapper ou Kendrick Lamar - la sollicitent. "S'ils viennent me demander, je le ferais assurément. Vous imaginez... Ça serait dingue", s'amuse-t-elle. 

Je suis reconnaissante d'être toujours là, je repense à tout ce que j'ai fait, j'ai eu une vie magnifique et je vis la meilleure période de ma vieMavis Stapleà l'AFP

Le jour de ses 80 ans, le 10 juillet 2019, Mavis Staple prévoit une grosse fête d'anniversaire en musique dans son fief de Chicago.

L'album "We Get By" de Mavis Staples (Anti-Records) est sorti le 24 mai et est à l'écoute ci-dessous
Mavis Staples débute fin juin
une tournée européenne d'une dizaine de dates qui passera notamment par Anvers (Belgique) le 28 juin, Paris (La Cigale) le 5 juillet et Lyon (Nuits de Fourvière) le 6 juillet.