We Hate You Please Die : on a rencontré les quatre enfants terribles du rock "made in Rouen"

Sortis tout droit des caves de la capitale normande, ils ont marqué les esprits à Rock en Seine l'été dernier et achèvent leur première tournée à Paris le 5 février prochain. Rencontre avec ces jeunes inclassables de la scène rock française qui comptent bien faire entendre leur courroux en 2020. 

De gauche à droite, Raphaël, Joseph, Mathilde et Chloé, le groupe We hate you please die en 2018.
De gauche à droite, Raphaël, Joseph, Mathilde et Chloé, le groupe We hate you please die en 2018. (BLONDIEGRAPHY)

Ils nous ont tapé dans l'oeil au festival Rock en Seine en août dernier. Leur énergie débordante et leur colère sincère avaient conquis le public et leur avaient valu une ovation générale en fin de concert. Raphaël (chant, guitare), Chloé (basse), Mathilde (batterie) et Joseph (guitare), habités par la même rage face au contexte politique actuel, ont formé We Hate You Please Die (nom tiré d'un titre de la bande originale du film Scott Pilgrim vs. the world) en avril 2017. Depuis, ils ont sorti un album, Kids are Lofi, et ont tourné dans toute la France en 2018 et 2019. 

Le groupe We hate you please die le 2 novembre 2019.
Le groupe We hate you please die le 2 novembre 2019. (WE HATE PLEASE DIE)
Lorsqu'ils ont sorti deux excellents singles le 23 décembre dernier, Coca-collapse et Support your local liarsil nous a paru impératif de les rencontrer. Survoltés sur scène, avec un chanteur qui n'hésite pas à se lancer dans la foule et une batteuse qui s'attache à détruire sa batterie en fin de concert, les quatre membres du groupe se révèlent assez timides en interview. Unis, Joseph, Mathilde et Chloé laissent l'essentiel de la parole à Raphaël Balzary, incontestable figure charismatique et porte-parole du groupe.

WE HATE YOU PLEASE DIE

Franceinfo Culture : Vous définissez-vous comme "punk" ?

We Hate You Please Die : Ça dépend de la définition de "punk". On nest pas très fans du concept de "no-future" des Sex Pistols par exemple, c’est un truc d’hédoniste chiant, pour nous c’est une notion d'opposition, nous on cherche un "happy ending" ! Musicalement, c'est une sorte de digestion de plein d'influences, du garage rock californien à la scène grunge de Seattle : The Cramps, Fucked up, B52's, Bad brains, Nirvana, Ty Segall, chacun d'entre nous a des goûts musicaux qui finissent par s'y retrouver.

Qui sont les Kids are Lofi, titre de votre premier album ?

C'est toute cette génération d'enfants qui sont déprimés, parce qu'ils voient que le monde est pourri, qu'ils n'arrivent pas à s'intégrer, qu'ils ne savent même plus ce qu'ils veulent faire, souvent ça fait des adultes sous médication psy... C'est la merde, quoi ! On est tristes, et à part hurler, on essaye de faire ce qu'on peut à notre niveau et on espère que ça va gronder de plus en plus.

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L'année 2019 en résumé ?

Une belle aventure humaine [rires]. Plus sérieusement, on avait sorti notre premier album (Kids are Lofi, ndlr) fin 2018. On a ensuite enchaîné début 2019 sur les auditions pour le Printemps de Bourges, qui nous a sélectionné, et participé au tremplin pour jouer à Beauregard. Donc une année qui commençait bien, puisque ça nous a permis de nous faire connaître des tourneurs, notamment le nôtre, 3C, basé à Bordeaux. C'est à partir de là que ça a vraiment commencé, avec Rock en Seine en été et la tournée Kids are Lofi. On a eu la chance d'être entourés de gens très bienveillants qui nous ont beaucoup aidé. 

Votre meilleur concert de l'année ?

Ex-aequo, Rock en Seine et Bars en Trans. Rock en Seine surtout, vu que c'était la plus grande scène qu'on ait faite. C'est impressionnant d'avoir une si grande foule devant toi, qui fasse autant de bruit. Au Bars en Trans, c'était plus intime mais c'était tout aussi fun.

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Votre concert de rêve pour l'année 2020 ?

On aimerait bien jouer au Binic Festival. Et au Check-In Party, un nouveau festival sur un aérodrome dans la Creuse. On voudrait partir à l'international aussi, au Canada ou en Belgique pour essayer de se confronter à de nouveaux publics, puis essayer même d'aller en Angleterre ou au Mexique, et des pays où on ne parle pas la même langue.

Le fait de chanter en anglais, c'est un plus pour s'exporter à l'international...

Un plus, on ne sait pas... Même en anglais, on ne croit pas que les gens écoutent les paroles, et les anglophones se moqueraient sûrement de nous [rires]. On a choisi de chanter en anglais par goût, on trouve que ça rebondit vachement mieux phonétiquement. C'est aussi une question d'influences, la plupart des groupes qu'on écoute chantent en anglais. Et puis quand tu es énervé et que tu chantes en français, on a tout de suite l'impression d'entendre Trust [rires]. On essaye de mettre plus en avant la musicalité que les paroles.

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Vos meilleures découvertes musicales de cette année ?

Il y a Surfbort, un groupe qu'on ne connaissait pas du tout avant, mais on a joué avec eux au Havre en avril dernier et on ne peut plus s'en passer. Dewaere aussi nous a tous mis d'accord. Il y a un groupe qu'on a découvert de façon tragique, Her's, puisqu'ils sont morts dans un accident de voiture en début d'année. Leur musique est vraiment bien, beaucoup plus douce et chic, on recommande !

Vous avez créé votre propre label, Kids are Lofi records, commencez-vous à brasser de nouveaux groupes ?

Pour l'instant, pas vraiment. On a deux groupes de copains dont on aime la musique, Kumusta et Seasonal Affecive Disorder, mais qui sont dans des registres musicaux plutôt différents du notre. Notre objectif n'était pas de faire un gros label non plus, mais plutôt quelque chose de plus familial pour garder notre indépendance et lancer notre premier album. D'ailleurs on a prévu de rééditer l'album, vu que le stocks sont épuisés, d'ici notre concert à la Boule Noire.

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Cette date à la Boule Noire le 5 février, c'est un concert que vous attendez ?

Carrément, c'est le premier concert à Paris où on est en tête d'affiche [rires]. Pour l'instant on a vendu plus de la moitié des places, donc est on est super contents de savoir que les gens s'accrochent au projet. On reçoit plein de messages de gens qui sont venus nous voir pendant l'année et qui ont très envie de venir nous voir à Paris, et ça c'est vraiment cool. On espère que ça va suer ! 

Vous vous voyez où dans trois ans ?

C'est tellement dur aujourd'hui de prévoir, avec ce climat ambiant de merde... Je pense qu'on sera dans un camp de survivalistes [rires]. On a les miquettes !

Déjà, que peut-on attendre pour 2020 ?

On prépare un deuxième album qui devrait sortir fin 2020, vers l'automne. Ça risque de parler de l'effondrement [rires]. Il est déjà bien dégrossi au niveau des compositions, mais il y a encore beaucoup de choses à faire au niveau de l'arrangement, avec un enregistrement au printemps, puis mixage, mastering et promo !

We Hate You Please Die sera en concert à la Boule Noire à Paris le 5 février prochain.