Plutôt Stones ou Beatles ? Les livres de photos de Jo Wood et de Linda McCartney posent un regard intime dans le rétroviseur

Par un heureux hasard, deux ex-épouses et compagnes de route des Rolling Stones et des Beatles ouvrent leur album de famille dans deux ouvrages distincts qui viennent de paraître.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Montage avec une photo de Mick Jagger et Jo Wood extraite de son livre de souvenirs "The Rolling Stones inédits, 30 ans d'archives" et une photo de Paul McCartney par son épouse Linda extraite de son livre de photos "The Polaroid Diaries". (JO WOOD 2019, LINDA McCARTNEY)

C’est avec un synchronisme troublant que sortent ces jours-ci deux livres de photos autour des Rolling Stones et des Beatles (et de Paul McCartney en particulier) signées de compagnes des membres de ces formations : The Rolling Stones inédit, 30 ans d’archives de Jo Wood (Glénat) et The Polaroid Diaries de Linda McCartney (Taschen).

D’un côté, Linda McCartney, épouse de Paul McCartney disparue en 1998, photographe de profession et musicienne, offre un regard artistique intime sur son époux et leurs enfants, pris au polaroid. De l’autre, Jo Wood, mannequin et compagne durant trente ans de Ron Wood, le second guitariste des Stones dont elle a divorcé en 2009, livre un regard plus documentaire et varié sur la vie en tournée avec le plus grand groupe de rock du monde. Les deux ouvrages, très différents, sont chacun à leur manière réjouissants.

Ron Wood et Mick Jagger des Rolling Stones en studio avec le batteur Jim Keltner, dans le salon de la villades Wood à Mandeville Canyon, Los Angeles (Etats-Unis). (JOSEPHINE WOOD 2019)

Un Instagram avant l'heure pour Jo Wood

Jo Wood a, dit-elle, toujours aimé prendre des photos. Elle ne quittait jamais son appareil, au point que Ron Wood l’avait surnommée "Shutterbug" (la photographe). Des clichés, elle en a pris des milliers de sa famille (deux enfants de Ron Wood et un troisième d’un précédent lit, adopté par le Stone) et de ses amis en tournée, d’abord au polaroid puis avec "un appareil digne de ce nom" offert par son époux.

Ces photos constituent pour elle une sorte d’Instagram personnel de l’époque où le réseau social n’existait pas, celle des folles années 70, 80 et 90.

Jo Wood et Mick Jagger en 1978 lors de la fête d'anniversaire punk de Jo, qui souffle ses 23 bougies.  (JOSEPHINE WOOD 2019)
Les Stones et leurs amis, parmi lesquels pas mal de stars comme Bobby Womack ou John Belushi, y apparaissent au naturel, souriants, faisant les clowns sans l’ombre d’une pause et souvent mal éclairés, comme sur de banales photos de vacances.

On les voit en studio, en coulisses et sur scène mais aussi en déplacement à Nassau ou en Jamaïque, à bord de jets ou dans des chambres d’hôtel. En contrepoint, Jo Wood raconte avec simplicité le climat débridé, l’organisation des loges ou des enregistrements, les tournées avec tous les enfants à bord et la complicité des inséparables Keith Richards et Ron Wood.

Ron Wood et sa coiffure en pétard, qu'il maintenait grâce à du jus de citron et au séchoir. (JOSEPHINE WOOD 2019)
Ces souvenirs, qui comprennent également des petits mots doux et des dessins échangés entre les membres du groupe, dormaient dans des boîtes au trésor depuis quelques décennies. Le but, en exhumant les plus sages d’entre eux, est de "vous révéler un visage des Stones que vous ne connaissez pas" et de vous faire découvrir que la grosse machine des Stones était avant tout "une grande famille".

CMS-ContentHasMedias_4167693

Une acuité de regard très personnelle pour Linda McCartney

Linda McCartney c’est une tout autre qualité de regard. Il s’agit d’abord d’une photographe accomplie dont l’objectif était une extension de l’oeil. Mais dans cette collection de photos prises au polaroid entre le début des années 70 et le milieu des années 1990, elle se penche surtout sur sa famille nucléaire, celle qu’elle formait avec le Beatles Paul McCartney et leurs trois enfants Stella, Mary et James, plus sa fille Heather née d’un premier mariage et adoptée par Paul. Il y a donc déjà beaucoup de tendresse dans ses portraits intimes.

Une double page extraite de The Polaroid Diaries de Linda McCartney édité chez Taschen dans laquelle on voit deux photos prises dans le Sussex (Grande-Bretagne) dans les années 80. (LINDA McCARTNEY / TASCHEN)

Linda McCartney saisit sur le vif des instantanés où tout semble à la fois incroyablement vivant et parfait dans la composition et les couleurs, avec ce petit côté pop vintage si à la mode aujourd’hui. Ses clichés, qui comprennent aussi des natures mortes et des paysages bucoliques ou des animaux en lumière naturelle, dégagent une poésie particulière.

Paul disait d’elle. "Elle voyait les choses. Il faut savoir reconnaître quand une bonne photo se présente à vous. Et il faut la saisir exactement au bon moment… Elle le faisait si souvent que cela m’impressionnait toujours. Puis elle posait son appareil, comme si elle ne voulait plus interférer. Elle savait qu’elle l’avait eue." 
CMS-ContentHasMedias_4167751
Le livre s’ouvre sur une photo datée de 1973. Paul tient sa fillette Mary sur ses épaules, dans la cuisine d’une ferme en Ecosse où ils aimaient se réfugier. Paul, en kilt et pull rouge, lève le bras sur un léger déhanché : il est visiblement en train de danser après le dîner. Beauté fragile du quotidien. Où comment un souvenir intime atteint l’universel de la parentalité. L’aspect documentaire, témoignage de la vie d’une star (celle de son Beatles d’époux) est ici accessoire. Il s’agit avant tout d’une œuvre artistique, magnifique vecteur d'émotion.
CMS-ContentHasMedias_4167819
De même pour ces clichés de Paul dévorant un maïs jaune vif, Paul au téléphone tenant son bébé James de l’autre bras, Paul faisant le pitre sous un casque de bobby ou une enveloppe kraft dressée en haut de forme. Les enfants jouent, souvent masqués, et offrent quelques photos saisissantes, en particulier celle au masque de E.T., celle au visage couvert de mousse de bain et celle de la petite fille aux bottes rouges. La dimension d'étrangeté y rejoint le familier, c'est eux mais c'est aussi l'enfant en nous dont il est question.
CMS-ContentHasMedias_4167833

Le même regard doux, empathique et bienveillant de Linda McCartney est posé sur les animaux, ânes, chevaux, chats, chiens, poussins ou petite souris. Comme le souligne Chrissie Hynde des Pretenders dans l’avant-propos, "autour d’elle, tout le monde était toujours décontracté et à l’aise. Je crois que ses images en sont le reflet."

The Rolling Stones Inédit, 30 ans d’archives de Jo Wood (Glénat - 24 cm x 19 cm, 255 pages - 35 euros)
The Polaroid Diaries de Linda McCartney (Taschen - 26 cm x 26 cm, 232 pages - 40 euros)

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.