Mac DeMarco sort le très très cool "Here Comes The Cowboy"

Pour son quatrième album studio, le musicien canadien adulé pour sa coolitude ralentit encore le tempo. Attendez vous à des hauts, des bas, de la mélancolie et même du funk.

Mac DeMarco chez lui dans son home studio de Los Angeles en 2019, photographié par sa compagne Kiera.
Mac DeMarco chez lui dans son home studio de Los Angeles en 2019, photographié par sa compagne Kiera. (Kiera McNally)

Here Comes The Cowboy : le titre du quatrième album studio de Mac DeMarco convoque un imaginaire de western. Mais rassurez-vous, le folk-rocker le plus cool de la planète n'a pas viré country. Ce titre n'est pas un coup de chapeau aux gardiens de troupeaux en stetson, plutôt une de ses douces provocations censée semer la confusion, à l'image des clips Nobody et On The Square (ci-dessous) qui suscitent un étrange malaise. Cowboy, avoue-t-il, c'est juste un mot d'argot affectueux qu'il utilise avec ses amis. Les vrais cowboys, Mac en a côtoyés enfant, dans sa ville natale d'Edmonton au Canada. Mais ils lui inspiraient plus de crainte (ils étaient du genre à vouloir lui botter le cul) et de mépris (ils passaient leur vie à se saouler au bar) que de respect.

Mac DeMarco interprète "All Of Our Yesterdays" fin avril chez Jimmy Fallon

Des compositions minimales et intimistes

Successeur du formidable This Old Dog paru en mai 2017, il y a tout juste deux ans, ce nouvel album est un disque à l'os, minimal, presque aussi dépouillé qu'une démo. Quelques notes de guitare ou de clavier, un vague rythme downtempo et sa voix de crooner au micro, mixée si en avant qu'on a l'impression que ses lèvres nous frôlent l'oreille : cela suffit à ce songwriter surdoué pour construire de petits bijoux intimistes.

Connu pour ses concerts fous où tout peut arriver (on l'a vu vider des bouteilles d'alcool, montrer ses fesses, chanter avec des fans grimpés sur ses épaules, jouer au milieu d'une bande d'amis attablés pour l'apéro sur scène ou répéter le même motif musical jusqu'à l'hystérie), Mac DeMarco montre sur ses albums, et cette fois plus que jamais, une face plus sage et apaisée.

Les hauts et les bas : on prend tout chez DeMarco

Sur ce disque, les chansons sont souvent adorables et parfois mélancoliques, en particulier On The Square, où il semble s'interroger sur sa vie et se révèle en jumeau de Damon Albarn, spleen compris. La simplicité des compositions touche au but sur les splendides Nobody et All of Our Yesterdays, moins en revanche sur le morceau-titre et d'ouverture, sur lequel il répète en boucle Here Comes The Cowboy durant trois minutes, conduisant l'auditeur à se dire que la simplicité a peut-être ses limites…

Mais on pardonne tout à Mac DeMarco. Et on prend tout : le bon comme le moins bon. Ses miaulements mi-clownesques mi-désespérés sur la délicate Skyless Moon et les cuicuis d'oiseaux sur Preoccupied comme la chanson d'amour cucul et longuette K adressée à sa compagne Kiera. Et puis on avoue avoir craqué malgré ses paroles réduites à leur plus simple expression pour Choo Choo, un funk à la Sly Stone qui nous a donné l'eau à la bouche (ça tombe bien, le titre caché en toute fin de disque, après Baby Bye Bye est une cinglerie dans la même veine).

Enregistré seul, dans son cocon à Los Angeles

Cet album au pouls ralenti, le musicien aux dents du bonheur dit l'avoir écrit très rapidement au mois de janvier. Comme le précédent, il a été créé en immersion dans son home studio, un capharnaüm d'instruments, d'appareils et de micros installés dans le garage de la maison de Los Angeles qu'il occupe depuis trois ans avec sa compagne et leur chat lorsqu'il n'est pas en tournée. Un environnement confortable et tranquille, loin de ses débuts dans une chambre miteuse de Rockaway (Queens, New York).

La vie de couple est-elle en train de ramollir Mac DeMarco ? Est-il rincé par les tournées et la notoriété soudaine qui lui est tombée dessus avec Salad Days en 2014 et ne l'a plus quittée depuis ? Le musicien conjure par avance ce genre de questions à son sujet. "Je crois que je suis actuellement dans une phase où les gens pensent : Oh il est dépassé. Il n'est plus cool. Ça me va", s'amuse-t-il dans le NME. Lui qui a fondé l'an passé son propre label Mac's Record Label pour échapper à la pression d'efficacité et de rentabilité qu'imposent les maisons de disques, semble juste heureux de faire ce qu'il veut et à son rythme, piano, piano. C'est sa rébellion à lui. Qui l'aime le suive.

L'album Here Comes The Cowboy (Mac's Record Label/Caroline) est sorti vendredi 10 mai