Les Stones, Bowie, James Brown : le photographe Claude Gassian nous commente 5 de ses clichés à l'occasion d'une vente chez Sotheby's

Depuis la fin des années 60, le photographe Claude Gassian a tiré le portrait des plus grands musiciens de la planète, des Rolling Stones à Prince, Dylan ou Bowie. A l'occasion de la vente début mars chez Sotheby's d'une trentaine de tirages, il nous commente cinq de ses célèbres clichés.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Keith Richards et Ron Wood des Rolling Stones dans les coulisses du Stade de France (Saint-Denis, Paris) en 1998. (CLAUDE GASSIAN)

Claude Gassian est l’un des photographes les plus connus dans le monde de la musique. Les Rolling Stones, David Bowie, Patti Smith, Prince, Iggy Pop, James Brown mais aussi Kraftwerk, Nick Cave et Daft Punk : ils sont tous passés devant son objectif, sur et hors scène. Sa double passion, d’abord pour la musique puis pour la photo, a démarré très jeune - "à dix ans j’étais déjà à l’Olympia aux premiers concerts de Johnny Hallyday", se souvient-il. Mais il a surtout connu l’époque bénie où des stars comme les Rolling Stones se laissaient encore approcher.

A l’occasion de ses cinquante ans de carrière, Sotheby’s Paris propose aux enchères jusqu'au 11 mars une trentaine de ses tirages numérotés et signés. L’occasion de revenir sur son riche parcours et de faire remonter ses souvenirs concernant cinq de ses clichés mis en vente.

"Au milieu des années soixante, je suis tombé amoureux du rock des Who, Stones, Beatles", raconte Claude Gassian. "J’étais rivé aux journaux anglais dont je découpais les photos – j’ai encore les classeurs. Dès que j’ai eu un appareil photo entre les mains, un Kodak que m’avait offert mon père, j’ai voulu faire mes propres photos. Il fallait que je photographie ces gens que j’écoutais à longueur de journée. En 1967 j’ai pris les Stones sur scène à l’Olympia. Puis sont arrivés les festivals en Angleterre, ceux de Bath et de l’île de Wight, avec Led Zeppelin, Pink Floyd et Santana, et je suis rentré avec quarante pellicules. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me sentir photographe."

Au départ, encore ignorant de la technique, il s’attache à la photo de scène, "qui permet d’attraper des attitudes, des expressions". Mais l’envie le démange rapidement de faire ses "propres photos" et de tirer le portrait intime de tous les jeunes artistes de la scène punk et new wave, ces Clash, Iggy, Blondie et Patti dont il était "dingue".

Qu’est-ce qu’une bonne photo d’artiste pour le maître Claude Gassian ? Un regard personnel, un instant décisif, qui permet d’aller au-delà de la posture, de l’apparence. "Face aux artistes très connus, il faut prendre du recul. Sinon la photo n’existe pas, seul existe leur personnage. A partir du moment où vous avez Paul McCartney dans le cadre, on a tendance à dire que la photo est bonne. Pas moi. J’ai besoin de créer ma propre photo en faisant oublier à l’artiste qu’il est en train de poser. Sur scène, je peux saisir la flamboyance d’un demi-dieu. Hors scène, je m’attache à saisir l’humain."

Mick Jagger. Pavillon de Paris, 1976.

"Faire des photos de scène avec les Stones, c’est facile : il suffit d’attraper une des fameuses attitudes de Mick ou un regard de Keith. Ce qui fait la différence, c’est l’amour que l’on porte au sujet que l’on photographie. Non seulement j’étais super attentif mais je connaissais les titres par cœur, je les avais déjà vus sur la tournée américaine et je savais à quel moment il pouvait se passer quelque chose. Or, à la fin du titre Jumpin’ Jack Flash, Mick vidait systématiquement trois seaux d’eau sur la foule, puis un quatrième lui était destiné. Ce soir-là, j’étais au bon endroit pour faire la photo, mais j’en avais photographié beaucoup avant, des seaux d’eau ! "

Mick Jagger sur scène lors d'un concert des Rolling Stones au Pavillon de Paris en 1976. (CLAUDE GASSIAN)

Keith Richards et Ron Wood. Stade de France, Paris 1998.

Embarqué sur deux longs pans de tournée avec les Rolling Stones en tant que photographe officiel dans les années 90, Claude Gassian a beaucoup de souvenirs avec le plus grand groupe de rock du monde. S’il ne doit en garder qu’un c’est le choc de "la première date, quand je suis allé les rejoindre à Lisbonne. Ayant accès partout, je les ai accompagnés sur scène et j’ai entendu en même temps qu’eux monter cette clameur de 60.000 personnes. C’était très impressionnant. Cette photo a été prise plus tard, alors qu’ils m’avaient invité pour un soir au Stade de France. Nous sommes dans les coulisses, environ une heure trente avant le début du concert. A ce moment, tout le monde devient un peu plus concentré. Mick commence sa gymnastique pendant que Keith et Ronnie, comme chaque soir, s’échauffent en jouant du blues et du boogie-woogie. Oui, je crois que ces deux-là s’aiment beaucoup, ils sont très complices. "

Keith Richards et Ron Wood des Rolling Stones dans les coulisses du Stade de France (Saint-Denis, Paris) en 1998. (CLAUDE GASSIAN)

David Bowie. Earl’s Court, Londres, 1973.

"C’était pendant la fameuse tournée 1973, au mois d’avril ou mai, quelques mois avant que Bowie n’annonce la fin de Ziggy Stardust. J’étais allé un peu au flan à ce concert, je n’avais pas de laisser-passer mais je voulais absolument y aller. Ce show, c’était une folie. D’abord il y avait l’hystérie collective dans la salle, même si le son n’était pas très bon dans cette affreuse grande salle. Mais Ziggy c’était quelque chose qu’on n’avait jamais vu. Tous les musiciens étaient très maquillés, très habillés. Bowie a changé de tenues, ces incroyables costumes de Yamamoto, sept ou huit fois pendant le concert. Avec sa façon de bouger, presque comme un reptile, il avait un côté extra-terrestre, un peu Orange Mécanique, 2001 l’Odyssée de l’Espace."

David Bowie sur la tournée Ziggy Stardust de 1973, à Earl's Court (Londres). (CLAUDE GASSIAN)

Daft Punk. Paris, 2007.

"C’était une commande pour un magazine. J’avais vraiment adoré leur premier album Homework, je trouvais ça sauvage, punk et rock à la fois. Mais je ne les avais encore jamais rencontrés et je craignais qu’ils ne soient très directifs. En fait non, ils ont été très simples, silencieux, attentifs et coopératifs. Comme c’était une séance en studio, j’ai cherché à inventer quelque chose afin d’éviter la banalité ou le côté photo officielle. J’ai donc joué sur les couleurs, la perspective. Et puisqu’il ne pouvait pas y avoir d’expressions du visage – je me demandais s’ils me regardaient ou pas (rires) - j’ai pris le parti de les prendre comme des sculptures plus que comme des humains. C’est la raison de cette lumière froide dans les bleu-verts, qui leur convenait bien. "

Daft Punk à Paris en 2007. (CLAUDE GASSIAN)

James Brown. Royal Monceau, Paris, 1986.

"J’avais été autorisé à suivre James Brown pendant toute sa journée de promo mais on m’avait dit qu’il n’y aurait pas de temps pour une séance de pose. Je l’ai donc suivi de studios radio en plateaux télé, prenant des photos sans grand intérêt faute de lumière intéressante. Puis on se retrouve au Royal Monceau en fin d’après-midi pour une interview presse et là le cadre est déjà mieux. Je m’approche, je fais des portraits, et puis tout à coup, au moment où je commence à cadrer James dans ce fauteuil de profil, l’inattendu arrive avec deux femmes de ménage qui passent leur visage par la porte pour voir ce qui se passe. Là j’étais sauvé, j’avais "ma" photo. On ne sait pas bien où on est, ni ce qui se passe, si c’est une scène de film. J’aime quand la photo interroge un peu, quand elle garde son mystère."

James Brown à l'hôtel Royal Monceau, Paris, en 1986. (CLAUDE GASSIAN)

Une trentaine de tirages photo numérotés et signés de Claude Gassian (estimés entre 1000 et 6000 euros) sont mis en vente exclusivement en ligne chez Sotheby's du 4 au 11 mars dans le cadre de la vente NOW! de design et d'art contemporain dont le photographe est le commissaire cette année. Ses photos sont exposées avec une sélection d'oeuvres entrant en résonnance les 5, 6 et 8 mars à la galerie Sotheby's 76 rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris.

Une exposition de Claude Gassian est par ailleurs prévue en septembre 2021 à la Villa Tamaris de La Seyne-sur-Mer.

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