Foals invite les maux du monde sur son nouvel album "Everything not saved will be lost"

Près de quatre ans après "What went down", Foals met les bouchées doubles : le groupe d'Oxford est de retour avec un 5e album, "Everything not saved will be lost", scindé en deux parties et dont la première est sortie vendredi. Un album intense, où les synthétiseurs le disputent aux guitares et dont les thèmes politiques et sociétaux font écho à la fureur du monde. Ecoutez-le ci-dessous.

Le leader du groupe britannique Foals, sur scène à New York en 2016.
Le leader du groupe britannique Foals, sur scène à New York en 2016. (Abel Fermin/Shutterstock/SIPA)

Cet album ouvre un nouveau chapitre pour Foals

Le leader charismatique de Foals, Yannis Philippakis, a voulu ce cinquième album comme un nouveau départ. Après être allé à l'issue de la tournée précédente se ressourcer en Grèce, dont son père est originaire, il a travaillé avec acharnement, passant plus d'un an, "jour après jour", dans un studio de Londres (où le groupe d'Oxford est désormais basé) pour réaliser "Everything not saved will be lost".

Peu avant la conception de ce disque, le départ imprévu et sans animosité de leur bassiste Walter Gervers, épuisé par le rythme infernal des tournées, a forcé le groupe à s'adapter et à sortir de sa zone de confort. Un sursaut sans doute salutaire alors que le précédent disque "What went down", paru en 2015, avait donné pour la toute première fois des signes d'usure et de manque d'inspiration chez ces têtes chercheuses obsédées par la réinvention.

Désormais resserré à quatre personnes, Foals a poussé cette réorganisation à son comble, se passant pour la première fois de producteur extérieur, Yannis Philippakis se retrouvant à peu près seul aux commandes. "C'est la première fois que nous avons été seuls du début à la fin, sans aucune interférence. Je crois qu'on en avait assez d'avoir quelqu'un qui se balade dans nos chansons, d'avoir à rendre des comptes", résume-t-il dans l'entretien qu'il nous a accordé.

Quand le monde et ses maux frappent à la porte

Il y a néanmoins un paradoxe. Car cet album conçu de façon réclusive à Londres (et non plus à Oxford, pour casser la routine), résolument loin de tout regard extérieur, fait entrer plus que jamais chez Foals le bruit et la fureur du monde. "Pour ce disque, j'ai eu l'impression que le monde extérieur frappait à la porte et que je devais le laisser entrer", se souvient Philippakis.

Effondrement de la biodiversité, catastrophes naturelles, incommunicabilité, pièges technologiques et sentiment de fin du monde hantent les textes poétiques de cet album où renards et chevaux abondent… Mais s'il exprime sa tristesse, ses doutes et ses frustrations, Yannis Philippakis affirme n'être pas désespéré pour autant.

S'il s'est autant lâché sur la déprime, dit-il, c'est parce que la musique était suffisamment "engageante, rythmée et dansante", pour équilibrer. "J'ai voulu un album stimulant, que les gens auront envie d'écouter", souligne-t-il. "Je ne voulais pas leur donner l'impression de s'attaquer à un roman de Dickens de 500 pages".

De fait, si Foals atteint de nouveaux sommets sur cet album, les dix titres de cet intense premier volet sont exigeants et ne s'apprivoisent pas en un clin d'oeil. D'où l'idée sans doute de scinder cet album en deux parties afin de donner au public le temps de digérer la première. 

Le moral dans les chaussettes mais les bras en l'air sur le dance-floor

Avec "Everything not saved will be lost", le groupe parvient encore à surprendre tout en restant lui-même. Les démonstrations de puissance y sont toujours habilement tempérées d'instants de grâce et les déchaînements cathartiques y restent ponctués de plages de douceur, marque de fabrique de Foals.

Mais la présence des synthétiseurs est cette fois plus marquée (alors que les guitares domineront la seconde partie, seule chose que Philippakis accepte d'en dévoiler) au service soit de climats oniriques soit d'une énergie dansante qui compense effectivement le stress diffus des paroles. Quant aux mélodies, elle sont principalement portées par la voix de Yannis Philippakis. 

Le trépidant "In degrees" sur l'incommunicabilité promet de faire un malheur sur le dance-floor, tout comme les deux premiers singles "Exits" et "On the Luna", des hymnes à danser pour tromper l'apocalypse à venir. La dévastatrice "White Onions" annonce pour sa part des pics de pogos aux concerts - "en la jouant en studio je me souviens avoir dit aux autres, sur scène celle-là elle va déchirer !", nous confie Yannis.

La délicate "Cafe d'Athens" et ses échos africains, seule vraie chanson d'amour (un peu Radiohead par ailleurs) de cet album, introduit les deux titres bouleversants qui referment le disque : "Sunday", une méditation sur la fin du monde et la dualité de l'humanité, et "I'm done with the world (& it's done with me)", une lettre écrite par Philippakis un matin d'automne, après avoir trouvé un renard blessé dans son jardin, à la fille qu'il aimerait avoir un jour.

Gageons que les concerts toujours flamboyants de Foals prévus au printemps et en été se chargeront de nous rouvrir l'appétit pour le volet numéro deux prévu cet automne.

"Everything not saved will be lost Part 1" (Transgressive Records / Warner) est sorti vendredi 8 mars (à l'écoute ci-dessous)
Foals est en concert le 13 mai au Bataclan (complet), le 23 août au festival Check In Party à Guéret et le 25 août à Paris au festival Rock en Seine. A noter que Foals est également en concert sur France Inter mardi 12 mars à suivre en direct à partir de 20h.