Décès du batteur des Rolling Stones, Charlie Watts : "C’est un peu la fin d’un monde", a réagi le journaliste Bruno Juffin

"Les Stones ont toujours été un groupe stylé et c’était à Charlie qu’ils devaient ça", a déclaré le journaliste Bruno Juffin, auteur d'un ouvrage sur le groupe, après la mort ce mardi de Charlie Watts, le batteur des Rolling Stones, à l'âge de 80 ans. "C'est une perte assez difficile à accepter".

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"C’est un peu la fin d’un monde", réagit, ému, sur franceinfo ce mardi, Bruno Juffin (ENNIO LEANZA / KEYSTONE / EPA FILE)

Le batteur des Rolling Stones, Charlie Watts, est mort à 80 ans, a annoncé son agent mardi. "C’est un peu la fin d’un monde", réagit, ému, sur franceinfo ce mardi, Bruno Juffin. Ancien journaliste aux Inrocks, il confie que c’est "une perte assez difficile à accepter" et se souvient l’avoir interviewé un jour à Paris. Également auteur d’un ouvrage sur les Rolling Stones, intitulé "The Rolling Stones on Stage", paru en 2019, il assure que "les Stones ont toujours été un groupe stylé et c’était à Charlie qu’ils devaient ça." Il précise par ailleurs qu’il n’est pas "inenvisageable" que la tournée prévue du groupe en septembre soit maintenue, "parce qu’ils ont un batteur de remplacement".

Comment réagissez-vous à l’annonce de sa disparition ?

Bruno Juffin : Je suis touché, attristé, c’est un peu la fin d’un monde et l'un des plus beaux fleurons des années 1960, 1970, des années pendant lequel le rock était l’art au son duquel le monde sentait battre son cœur, le monde s'indignait, le monde se révoltait, le monde envisageait un avenir différent. Tout cela est en train de partir. Et Charlie, en était, d’une certaine façon le symbole, le symbole discret. Parce que c'était des Rolling Stones le moins exubérant et peut-être le plus élégant.

Je l’ai interviewé un jour. Il avait sorti un album solo qui s'appelait "Long ago and far away". Et il était à Paris avec son épouse, au George V. Elle faisait du shopping et lui était un petit peu désœuvré. Et nous avons passé une heure à parler de jazz, de blues. C’était un monsieur plutôt absolument charmant, très divers, contrairement à ce que l’on pouvait très souvent dire de lui. Il pouvait être bavard, prévenant et très précis dans ses réponses. C’est un souvenir auquel je suis attaché. Donc, oui, c'est une perte assez difficile à accepter.

Il a rejoint le groupe en 1963, un an après sa création. Qu'a-t-il apporté aux Stones ?

L'histoire des Stones est vieille. Elle remonte à Dartford [dans la banlieue sud de Londres] quand Mick Jagger avait un groupe qui s'appelait "Little boy blue and the blue boys". Quand les Stones ont démarché Charlie Watts, qui jouait déjà dans un autre groupe, il s'est un peu fait tirer l'oreille. Et puis finalement, il est allé jouer avec eux. C'est à ce moment-là que d'un seul coup le groupe, sur scène, est devenu une machine à swing absolument unique. Il n'y a pas eu d'autres groupes qui jouaient cette musique-là de cette façon-là, avec cette fougue, cette précision et encore une fois le mot élégance qui revient toujours quand on parle de Charlie Watts.

Il a vraiment été partie prenante dans la création de ce son avec cette frappe un peu minimaliste, un peu sèche, qui était très, très loin des fous furieux comme John Bonham de Led Zeppelin, les Stones ont toujours été un groupe stylé. Et c’était à Charlie qu’ils devaient ça. Donc pour les fans, c'était quelqu'un de vénéré et de sympathique à la fois. Ça fait beaucoup comme disparition, quelqu'un que l'on respecte et quelqu'un pour qui on a une forme d'amour. Donc oui, c'est une grosse perte.

"Les Stones ont toujours été un groupe stylé. Et c’était à Charlie qu’ils devaient ça"

Bruno Juffin

à franceinfo

C'était quelqu’un d’assez fataliste. Quand on lui demandait si les Stones allaient se séparer un jour, il disait lui-même qu'il avait eu envie plusieurs fois de quitter le groupe ?

Oui, je crois qu'ils en ont tous eu envie à moment une autre. Ils ont tous rêvé de carrières solos. Bill Wyman a fini par partir, Mick Jagger a tenté de partir et puis comme ça ne se vendait pas trop en solo, les Stones se sont reformés. Vous imaginez ? Ces gens-là sont ensemble depuis fin 1962, début 1963 pour Charlie Watts. Ils ont traversé des tempêtes, à la fois externes et internes au groupe. Ça les a un peu secoués. Et c'est vrai qu'il y avait de quoi avoir le mal de mer parfois.

Les Stones devaient repartir en tournée très prochainement, en septembre. Que va-t-il se passer ?

Aux dernières nouvelles, ce n’est pas inenvisageable, parce qu’ils ont un batteur de remplacement. Ils ont dû annuler la tournée précédente à cause du Covid-19 aux Etats-Unis, Et puis, il y a, j’imagine de très grosses sommes d’argent en jeu. Là, ils ont 12 ou 15 dates en septembre et octobre aux Etats-Unis. Il n'est pas exclu que ça ait lieu. Il n’est pas non plus exclu qu'au moment de présenter les musiciens, comme le fait toujours Mick Jagger, quand il en arrivera au batteur, il y ait des portraits géants de Charlie Watts, et que ce soit le moment d'émotion le plus intense du concert.

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