"Mon rap offre nombre de clés" : Rockin' Squat de retour avec "432", un album accordé au diapason de Verdi

Mathias Cassel alias Rockin' Squat, rappeur du groupe pionnier Assassin, publie "432", un disque accordé en 432 hertz. Dans cet entretien, il raconte la réalisation de cet album fertile et nous éclaire sur cette fréquence apaisante.

Le rappeur français Mathias Cassel alias Rockin\' Squat, précurseur du hip-hop en France avec son groupe \"Assassin\".
Le rappeur français Mathias Cassel alias Rockin' Squat, précurseur du hip-hop en France avec son groupe "Assassin". (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Quelques mois après la publication d'un livre de photos retraçant sa carrière artistique, Mathias Cassel alias Rockin' Squat du groupe de rap pionnier Assassin, revient avec 432, un album enregistré à New York avec des musiciens et entièrement accordé en 432 hertz, une fréquence apaisante abandonnée par l'industrie en 1956. 

Un album d'artisan musicalement varié qu'on a aussi hâte que lui de voir sur scène, dans lequel il aborde de nombreux thèmes comme la vacuité de la célébrité, la place assignée aux artistes, les privilèges des nantis ou le sens de la vie. L'occasion de reparler à ce grand passeur,  bien plus sensible que sa posture d'éternel rebelle a pu le laisser croire aux oreilles distraites.

Parlez-nous de cette fameuse fréquence 432 hertz qui serait une clé du bien être.
Rockin Squat : J’ai décidé d’enregistrer mon album sur cette fréquence parce que je suis revenu au diapason de Verdi, en 432Hz, une fréquence naturelle, celle de la Terre, qui permet d’être en harmonie avec le son. Une note accordée en 432Hz a douze harmoniques, c’est son spectre. En 440, elle n’en a plus que huit et forcément, elle est plus rétractée, elle touche moins. Concrètement, je trouve que l’enregistrement en 432 s’est déroulé dans un climat beaucoup plus apaisé que d’habitude. La vie est fréquence, qu'on le veuille ou non, et j’ai l’impression que celle-ci a une vraie incidence sur la chimie de nos corps.

Vous espèrez que les auditeurs vont se sentir mieux en l’écoutant ?
Avant toute chose, j’ai essayé de faire un bon disque. Sincèrement, je crois m’être vraiment renouvelé cette fois, c’est un disque très frais et j’ai pris beaucoup de plaisir à le faire. Et puis le son est super. Avec Stéphane Green, un ami de plus de 20 ans qui a entièrement produit l’album avec moi, on est très fiers de ce travail, très heureux de le partager, on a mis presque trois ans à le faire. Aujourd’hui, c’est rare que des artistes prennent leur temps. Plus que les retours sur la fréquence, c’est surtout les retours sur l’album qui m’intéressent, et ils sont très bons.

Rockin\' Squat en studio avec Stéphane Green, qui a entièrement co-produit l\'album \"432\" de RCKNSQT.
Rockin' Squat en studio avec Stéphane Green, qui a entièrement co-produit l'album "432" de RCKNSQT. (TOUS DROITS RÉSERVÉS)
"432" est un disque très organique. Dans quelles conditions a-t-il été enregistré ?
J’ai toujours mélangé samples et instruments mais là c’est la première fois que je sors un album cent pour cent joué. Avec mon acolyte nous l’avons composé sur différents instruments, puis avec nos partitions nous sommes allés chercher à New York les excellents musiciens dont nous avions besoin, des gens qui ont l’habitude de travailler avec des pointures comme Kendrick Lamar, Erykah Badu ou Alicia Keys. Ils ont tous été emballés par le projet.

Dans les paroles, vous faites preuve d’une sagesse assez rare dans le rap français. Vous transmettez beaucoup de ce que vous avez appris, mais j’ai l’impression que par pudeur vous ne dites pas tout. Comme si votre sensibilité risquait de passer pour de la faiblesse…
Beaucoup trop de gens pensent encore que l’ouverture, la sensibilité, la souplesse, la douceur sont des faiblesses. Or regardez autour de vous, qu’est-ce qui est vraiment vivant ? C’est la faiblesse et la fragilité : c’est l’enfant. Je ne sais pas si c’est une forme de pudeur mais c’est sûr que je ne partage que ce que j’ai envie de partager, ce qui est déjà beaucoup. Dans mes recherches, je cherche d’abord à me faire du bien à moi-même et ensuite quand ça marche, je décide de partager. Il y a nombre de clés pour ouvrir des portes dans mes raps. Après, les gens en font ce qu’ils veulent. C’est comme la lecture d’un bouquin : ça ne fera ni chaud ni froid à certains, alors que ça va changer la vie des autres.

Sur "Mieux vivre", qu'il faudrait faire tourner dans les écoles, vous donnez des conseils de médecine préventive. Faites-vous attention à votre santé ?
J’ai longtemps fait n’importe quoi comme tous les gosses des mégapoles mais ça fait un bon bout de temps que j’essaye de rectifier le tir et de rester en bonne santé. Il faut surtout éviter de tomber dans les abus. Je cherche dans ce sens là et je fais mes essais. Les recommandations de cette chanson je me les applique à moi, je me les écris pour ne pas les oublier. Comme les vertus des myrtilles, ce sont toutes des infos vérifiées.
Rockin Squat, en T-shirt vert au centre, entouré des musiciens avec lesquels il a réalisé à New York son album \"432\" accordé en 432 Hertz.
Rockin Squat, en T-shirt vert au centre, entouré des musiciens avec lesquels il a réalisé à New York son album "432" accordé en 432 Hertz. (TOUS DROITS RESERVES)
"Bidonville" raconte l’histoire d’un gars de cité bon en maths qui tombe amoureux et devient un as de la chimie moléculaire. C’est une histoire vraie ou une métaphore ?
J’ai voulu raconter une histoire qui part du ghetto et qui ne se termine pas comme Scarface. Une histoire qui finit bien, et grâce à l’amour. L’amour change une destinée. L’amour peut sauver tout le monde.

De quoi parle l'irrésistible samba "A Lingerie O Cabernet" ?
C’est le seul morceau que nous avons enregistré au Brésil, à Rio. Il a été écrit par Mosquitos et Inacio Rios, les deux meilleurs sambistes de la nouvelle génération brésilienne, deux artistes cariocas qui sont des amis et m’ont fait l’honneur d’être sur mon album. C’est une super belle samba écrite lorsqu’ils sont venus en France et dans laquelle ils se sont amusés à mélanger des mots français et brésiliens. Ça donne une alchimie incroyable.

Sur le très beau "Clown", vous rimez "T’es comme Beyoncé, Omar Sy, Mbappé ou Neymar / Un pantin qu'on anime, pour faire vendre un avoir". C’est un peu rude. Que voulez-vous dire ?
C’est un morceau dur qui parle du rôle de l’artiste, mais je m’inclus dedans. On est le bouffon du roi. Toujours. On est là pour divertir, mais dans des rails bien définis : reste à la place que l’on t’a assignée, sinon on ne te donne plus l’occasion de pouvoir t’exprimer, tout simplement. C’est la triste réalité de la vie d’artiste qui fait pourtant rêver, l’envers des strass et paillettes. Je viens d’une famille d’artistes, j’en suis un et je vois la difficulté à ne pas aller dans le sens du poil. Si je me suis permis d’écrire ça c’est parce que je suis rarement allé dans le sens du poil et que j’ai eu beaucoup de difficultés à exister.

On ne parle pas trop de concerts encore, mais y a-t-il des morceaux que vous avez particulièrement envie de jouer en concert ?
Sincèrement ? Tout l’album ! C’est un album live. J’ai trop hâte d’aller jouer cet album sur scène. En plus, les musiciens qui m’ont accompagné sur ce disque, américains comme brésiliens, sont tous prêts à venir. C’est le but, de défendre cet album sur scène avec eux. Il est encore impossible de savoir quand on pourra faire des dates mais j’essaye de monter une tournée pour novembre-décembre 2020. Il y a des morceaux comme Fondation, avec ses gros cuivres, sur scène ça va être la folie. Dès qu’on a l’occasion de pouvoir le faire, je donne rendez-vous à mon public pour la tournée 432.

L'album 432 de RCKNSQT est disponible sur toutes les plateformes et en physique (vinyls et cassettes audio) exclusivement sur le site univers432.com