Le rappeur superstar 6ix9ine échappe à de longues années de prison en témoignant contre son propre gang

Le rappeur américain 6ix9ine devait son ascension à un redoutable gang, il a fini par se retourner contre lui lors d'un procès très médiatisé qui s'est achevé mercredi par une sentence plutôt clémente : il devrait être libre dès l'an prochain. 

Le rappeur Tekashi 6ix9ine le 1er septembre 2018 à Philadelphie (Etats-Unis).
Le rappeur Tekashi 6ix9ine le 1er septembre 2018 à Philadelphie (Etats-Unis). (SHAREIF ZIYADAT / WIREIMAGE / GETTY IMAGES)

Il a profité de l'aura d'un gang de rue pour devenir une superstar, avant de se retourner contre ses anciens comparses en témoignant contre eux en justice : le rappeur new-yorkais Tekashi 6ix9ine (prononcer "six-nine"), 23 ans, a été condamné mercredi à deux ans de prison aux Etats-Unis pour sa participation à cette bande organisée.

Il y a deux ans, en octobre 2017, Daniel Hernandez alias Tekashi 6ix9ine sort un clip choc et controversé baptisé Gummo (en hommage au premier long-métrage d'Harmony Korine) qui fait instantanément décoller sa notoriété et contribuera plus tard à sa chute.

Adossé à un gang pour se faire un nom

On l'y voit rapper et danser devant un petit immeuble du quartier de Bedford Stuyvesant, à Brooklyn, entouré de membres du gang des Nine Trey Gangsta Bloods, parés de leur traditionnel foulard rouge.

Selon son avocat Lance Lazzaro, le gamin de Brooklyn, qui avait abandonné l'école à 15 ans, voulait se construire "un personnage de gangster pour vendre plus de disques". 


Depuis que les rappeurs de Los Angeles ont mis en scène l'imagerie des gangs (Bloods contre Crips, rouges contre bleus) au tournant des années 90, l'association à ces bandes offre encore régulièrement une crédibilité inégalée aux artistes émergents.

Gummo a rapidement dépassé les 100 millions de visionnages sur YouTube. La carrière de Tekashi 6ix9ine était lancée, alimentée par son "look", cheveux longs arc-en-ciel, fausses dents multicolores et centaines de tatouages, jusque sur le visage. 

Qui s'est servi de qui ?

Mais Daniel Hernandez a fait beaucoup plus que jouer au dur, a rappelé mercredi le juge fédéral Paul Engelmayer, devenant "une figure centrale d'un gang brutal et vicieux", le gang et le rappeur profitant l'un de l'autre à part égale.

Le rappeur a notamment utilisé le gang Nine Trey pour intimider, attaquer ou braquer ceux qu'il considérait comme ses rivaux du rap. Mais plusieurs des chefs du gang en ont aussi profité pour bénéficier financièrement du succès de leur nouveau membre, et lui soutirer plusieurs centaines de milliers de dollars.

Se sentant manipulé par le gang, puis inculpé par la justice en novembre 2018 avec d'autres membres pour vols et kidnapping, Tekashi 6ix9ine a décidé de collaborer avec le procureur fédéral de Manhattan contre ses anciens comparses lors d'un procès très médiatisé outre-Atlantique.

Tekashi 6ix9ine sur scène le 1er septembre 2018 à Philadelphie (Etats-Unis).
Tekashi 6ix9ine sur scène le 1er septembre 2018 à Philadelphie (Etats-Unis). (SHAREIF ZIYADAT / WIREIMAGE / GETTY IMAGES)

Clémence du juge

Critiquée publiquement par de nombreux rappeurs, cette collaboration lui a valu une réduction de peine. En larmes devant le juge, le rappeur n'a pas tenté mercredi de se disculper et a même offert de payer les soins d'une de ses victimes, blessée par balle au pied, rapporte Rolling Stone (en anglais). Dans une lettre au juge, il avait déjà exprimé ses remords pour ses actions passées au sein du gang des Nine Trey Gangsta Bloods, dont il a contribué à faire tomber deux leaders, Anthony Ellison et Aljermiah Mack.

Sensible à l'attitude du jeune rappeur, le juge Engelmayer a fait preuve de clémence : "Je ne doute pas que le processus de collaboration a été cathartique pour vous" et "pour toutes ces raisons vous méritez une substantielle réduction de peine", a-t-il déclaré mercredi. Il l'a finalement condamné à deux ans de prison plus cinq ans de probation sous surveillance, alors qu'il risquait 37 ans de prison.

Bientôt libre, le rappeur est désormais "une cible"

Ayant déjà passé 13 mois en prison, Daniel Hernandez sortira donc courant 2020, mais ne sera pas pour autant tiré d'affaire. "C'est une cible", a résumé à l'audience son avocat, car il a maintenant l'image d'un mouchard, ce qui pourrait lui valoir des représailles du gang auquel il appartenait ou d'un autre.

L'intéressé n'en a pas pour autant l'intention de se cacher et vient même de signer un nouveau contrat avec le label 10K Projects en vue de réaliser deux albums : un en anglais et un en espagnol.