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Pourquoi parle-t-on du "plagiat" de Gotye mais des "samples" de Daft Punk ?

L'un reconnaît la copie, tandis que les autres utilisent des "échantillons" de titres d'artistes depuis vingt ans. Quelle différence ?

Article rédigé par Camille Caldini
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Le chanteur Gotye pose avec ses Grammy Awards, à Los Angeles (Etats-Unis), le 10 février 2013. (ROBYN BECK / AFP)

A Gotye, le "plagiat", aux Daft Punk, le génie ? Le chanteur du tube planétaire Somebody That I Used To Know a reconnu avoir copié quelques secondes d'un morceau de Luiz Bonfá, révèle Metro, jeudi 16 mai. Le même petit riff de guitare entame en effet les deux morceaux. Ces quelques secondes pourraient coûter plus d'un million de dollars à Gotye, qui s'est engagé à verser des royalties à la famille du chanteur brésilien.

Pourtant, en musique, l'emprunt est courant. Avant son dernier album, Random Access Memories, qui ne compte que deux samples, le duo français Daft Punk, a nourri sa musique de dizaines d'échantillons, sans pour autant verser des millions d'euros de royalties.

Une autorisation préalable nécessaire

D'après le dictionnaire, plagier, c'est "copier un auteur en s'attribuant indûment des passages de son œuvre". En revanche, le sample est un "échantillon musical qui peut être retravaillé sur ordinateur pour être intégré dans une nouvelle composition".

Le chanteur australo-belge a bien reconnu que "le sample de Luiz Bonfá [lui] avait soufflé la première phrase du texte", dans un entretien à Billboard (en anglais) en avril 2012, quand Somebody That I Used To Know est devenu un tube. L'artiste avait déjà conclu un accord avec la famille du musicien brésilien, mort en 2001, pour ajouter le nom de Luiz Bonfá aux crédits et leur reverser 45% des royalties, mais trop tard. L'étiquette de plagiaire lui colle désormais à la peau.

Gotye aurait dû s'en douter. C'est universel, les droits d'auteurs sont une branche essentielle de la propriété intellectuelle. Même une star comme Madonna est obligée de demander l'autorisation pour emprunter des extraits musicaux. Avant d'utiliser un bout de Gimme ! Gimme ! Gimme !, du groupe Abba, dans sa chanson Hung Up, la chanteuse admet avoir "supplié" ses auteurs dans une longue lettre et promis de leur verser des royalties, c'est-à-dire un pourcentage des gains réalisés.

Les Daft Punk n'ont jamais évoqué cette question dans leurs rares interviews. Pourtant, ils y parlent d'"emprunts", de "samples" et d'"échantillons", comme dans un récent entretien au magazine Télérama. Sur les pochettes de leurs albums, ils se contentent de créditer certains artistes. Mais les détracteurs du groupe ne manquent jamais de les accuser de plagiat. Le site d'information parodique Le Gorafi s'en amuse, dans un article intitulé "Les fans des Daft Punk impatients de découvrir les morceaux que le groupe a plagiés pour son dernier album".

Une tolérance dans l'électro et le rap ?

Le sampling fait partie intégrante de la musique électronique, comme du rap. Dès le début des années 70, des DJ ont composé et interprété des morceaux à partir d'extraits pris à d'autres artistes, qui ont fini par s'y habituer. C'est ce qui a permis au Rapper's Delight du groupe Sugarhill Gang, qui empruntait des bouts de Good Times, de Chic, d'être le premier titre de rap à entrer au Top 40 américain, en 1979. Un bref différend a opposé les rappeurs à Nile Rodgers, le compositeur de Good Times, qui n'était pas crédité sur la pochette du 45 tours. Mais les deux groupes ne sont pas restés fâchés, comme on peut le voir sur cette vidéo, où ils interprètent ensemble les deux chansons.

Daft Punk aussi a repris, presque tels quels, des extraits musicaux, tout juste "édités", modernisés. Ces emprunts, très présents sur leurs trois premiers albums, Homework, Discovery et Human After All, n'ont pas échappé à leurs fans. Au total, le site Whosampled.com, qui répertorie les emprunts musicaux, dénombre, dans l'œuvre du duo électro, 54 samples, dont les auteurs ne sont pas systématiquement crédités sur les pochettes d'albums. Pourtant, Guy-Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter n'ont jamais eu d'ennuis connus avec la justice.

Le monde du rock semble moins tolérant. Ainsi, le groupe The Verve a dû verser l'intégralité des royalties du tube Bitter Sweet Symphony (1997) aux Rolling Stones, pour leur avoir emprunté l'air de The Last Time (1965). Et Coldplay a dû trouver un arrangement financier avec le guitariste Joe Satriani, à cause de ressemblances troublantes entre leur succès Viva La Vida (2008) et son titre If I Could Fly (2004).

Le fair use à la rescousse 

Le riff emprunté par Gotye est au cœur de son single. S'il n'avait été qu'une virgule dans sa chanson, il aurait peut-être bénéficié du fair use, qui existe en droit anglo-saxon. Ce principe, que l'on peut traduire par "usage loyal", autorise un artiste à copier raisonnablement le travail d'un autre. Cette liberté, le DJ américain Girl Talk en joue à l'extrême, en sortant des albums intégralement composés de samples. Sur son dernier album, All Day (2010), certains titres comportent plus de 20 samples. Le DJ, dont le label porte le nom provocateur d'Illegal Art, n'a pourtant jamais été poursuivi.

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