Michael Jackson : "Leaving Neverland", le documentaire "extrême" qui pourrait changer l'image du roi de la pop

Un nouveau documentaire sur Michael Jackson contenant de graves accusations de pédophilie ternit encore un peu plus la réputation du roi de la pop, présenté comme un prédateur sexuel. Des accusations réfutées par la famille du chanteur.

Michael Jackson, septembre 1993
Michael Jackson, septembre 1993 (STR / AFP)
"Leaving Neverland", un document de quatre heures réalisé par le Britannique Dan Reed, sera diffusé en deux parties, dimanche et lundi, aux Etats-Unis. Il est centré sur James Safechuck, aujourd'hui âgé de 41 ans, et Wade Robson, 36 ans, qui racontent comment le chanteur les aurait violés de façon répétée.

"Il m'a dit que s'ils découvraient ce que nous faisons, lui et moi irions en prison pour le restant de nos vies"

Ce n'est pas la première fois que Michael Jackson est accusé de pédophilie. Mais le format du documentaire, avec de longs témoignages précis en caméra, qui se corroborent l'un l'autre, éclaire l'artiste sous une lumière plus crue que jamais. "Nous avons essayé de le faire suffisamment descriptif pour qu'il ouvre les yeux des gens, qu'ils soient confrontés à ce que signifie, pour un jeune enfant, d'être séduit et violé par un adulte pédophile", a expliqué Dan Reed à l'AFP.
"Bien sûr que c'est choquant", reconnaît-il. "C'est un crime très grave. Et cela ne doit pas être minimisé." L'histoire se répète. De jeunes enfants sont invités par Jackson dans son domaine californien de Neverland à partager un peu de son existence prétendument féérique, avec salle de cinéma privée et train façon parc d'attraction. Le propriétaire des lieux gagne leur confiance et celles de leurs parents, abuse d'eux, puis les manipule pour les empêcher de révéler ce dont ils ont été victimes.

"C'est comme ça qu'on montre que nous nous aimons", expliquait Michael Jackson à Wade Robson, dit dans le documentaire celui qui a rencontré le roi de la pop à 5 ans. "Il m'a dit que s'ils découvraient ce que nous faisons", se rappelle-t-il, "lui et moi irions en prison pour le restant de nos vies." Il tient le même discours à James Safechuck, le prévenant que si le secret était levé, leurs vies "seraient finies".

Pour la famille : un assassinat posthume"

Les héritiers de Michael Jackson ont réfuté les allégations du documentaire et saisi la justice pour réclamer à HBO 100 millions de dollars au titre de ce qu'ils qualifient d'"assassinat posthume".

Certains s'étonnent de la polémique qu'a déjà déclenché le film avant même sa diffusion, dans la mesure où le chanteur, décédé en 2009, est accusé de pédophilie depuis plus de 25 ans. Dès 1993, un adolescent de 13 ans, Jordan Chandler, avait accusé l'interprète de "Billie Jean" et "Beat It" de l'avoir agressé sexuellement dans des conditions similaires à celles décrites par Wade Robson et James Safechuck.

Michael Jackson concluera un accord amiable avec la famille de Chandler, mais dix ans plus tard, de nouvelles accusations l'emmèneront jusqu'au procès pénal. Il sera finalement acquitté, le jury ayant été sensible à l'argumentation des avocats de Jackson, qui avaient accusé la famille de la victime présumée d'avoir monté une arnaque pour soutirer de l'argent à la star.

Wade Robson aura témoigné en faveur du chanteur en 1993 et 2003, avant de revenir sur sa version, il y a quelques années. Tout comme James Safechuck, il a attaqué en justice les héritiers de Jackson, mais les deux actions ont été rejetées, les faits étant prescrits. "Je l'aimais sur bien des aspects", explique James Safechuck dans "Leaving Neverland". "Et en même temps, je savais que Michael me faisait ces choses qui n'étaient pas saines."

"C'est très difficile de ressentir ces deux choses en même temps", dit-il. "Je me bats encore aujourd'hui avec ça."

"Un documentaire aussi extrême pourrait complètement changer son image posthume"

Professeur à l'université de Syracuse, Robert Thompson voit dans l'intensité des réactions au documentaire l'effet du #MeToo. "Le degré de conscience est plus élevé", dit-il.

Pour lui, "un documentaire aussi extrême pourrait complètement changer son image posthume". Pour autant, admet l'universitaire, "nous ne pouvons pas, rétroactivement, dire que non, Michael Jackson n'a pas changé l'histoire de la pop mondiale, parce que c'est le cas".

Et malgré l'accumulation des accusations, l'ancien leader des Jackson 5 conserve un noyau de fidèles que rien ne semble pouvoir atteindre. Pour Diane Dimond, qui a écrit un livre sur la star, "Jackson touche des gens au plus profond, même aujourd'hui". Ses fans, dit-elle, "croiront à jamais qu'il était comme Jésus".