Qui est Barrie Kosky, coqueluche internationale de la mise en scène, qui présente "Le Prince Igor" à l'Opéra Bastille?

Cet Australien âgé de 52 ans, ouvertement gay, dont les productions tournent partout dans le monde, lutte contre l'idée d'un opéra élitiste.

Le metteur en scène de théâtre et d\'opéra australien Barrie Kosky pose à l\'Opéra Bastille de Paris le 19 novembre 2019.
Le metteur en scène de théâtre et d'opéra australien Barrie Kosky pose à l'Opéra Bastille de Paris le 19 novembre 2019. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Il a revisité La Flûte enchantée de Mozart en version film d'animation, ressuscité des opérettes oubliées et passe aisément du burlesque à Wagner. Barrie Kosky, qui fait ses débuts à l'Opéra de Paris, est un metteur en scène aux mille et un visages.

La presse internationale semble être tombée d'accord cette année pour sacrer comme roi de la mise en scène d'opéra l'Australien de 52 ans qui présente à partir de jeudi à l'Opéra Bastille sa version de l'opéra russe Le Prince Igor, d'Alexandre Borodine (jusqu'au 26 décembre).

Un "caméleon" auto-proclamé

Fort d'une carrière de 30 ans, le natif de Melbourne est décrit par le New York Times comme "le metteur en scène le plus intéressant de la dernière décennie". A la tête de l'Opéra comique de Berlin depuis 2012, l'artiste ouvertement gay a remis au goût du jour des opérettes-jazz berlinoises de l'époque de Weimar. En 2017, il devient le premier metteur en scène d'origine juive à monter une production au festival de Bayreuth, le sacro-saint rendez-vous des amoureux du compositeur allemand Richard Wagner connu pour son antisémitisme virulent. 

Pourfendeur de l'idée que l'opéra est élitiste, il monte des productions qui tournent partout dans le monde, de Los Angeles à Sydney en passant par Londres. "Chacun de mes opéras est différent. J'aime être un caméléon", affirme-t-il dans un entretien avec l'AFP. "Je fais parfois des choses très simples, d'autres fois très spectaculaires, je n'ai pas un seul style".

En France, où il est encore relativement peu connu, l'artiste à la culture lyrique quasi-encyclopédique a monté Rameau (Castor et Pollux et Les Boréades pour l'Opéra de Dijon) et Debussy (Pelléas et Mélisande à l'Opéra du Rhin). Il présentera bientôt la comédie musicale Un violon sur le toit à Strasbourg et Mulhouse, le Saül de Haendel au Théâtre du Châtelet, et est attendu au festival d'Aix-en-Provence l'été prochain.

Quel est son parti pris pour "Le Prince Igor" ?

Pour Le Prince Igor, opéra non achevé en 1887 et célèbre pour sa musique des "danses polovtsiennes", l'Australien à la tenue invariablement décontractée a choisi d'accentuer le message politique de l'histoire d'un prince qui part en campagne contre le peuple des Polovtsiens, est capturé par eux avant de s'échapper et de retrouver sa ville dévastée. Au lieu de la Russie, "j'ai situé l'opéra dans le monde occidental du XXIe siècle. L'oeuvre parle d'échec : le prince Igor est un anti-héros", explique Barrie Kosky. "Le peuple, lui, pense que le seul moyen de résoudre ses problèmes, c'est de se dire que cette personne-là peut les sauver".

Cet opéra, estime-t-il, est révélateur du besoin d'un "messie" encore actuel: "Que ce soit Jésus, Moïse, Charles Ier, Louis XIV, Staline, Hitler, Macron ou Trump, cette idée du patriarche qui va venir nous sauver est ancrée dans notre ADN". Mais "il a été prouvé que lorsque vous mettez toute votre foi dans une seule personne, ça va toujours mal se terminer"...

Grand défenseur de la popularité de l'art lyrique

Si Kosky comme d'autres metteurs en scène actualisent souvent le répertoire pour le rendre pertinent aux yeux du public d'aujourd'hui, l'Australien croit dur comme fer en la popularité de l'art lyrique.

"Il y a plus de gens qui vont à l'opéra qu'avant !" assure-t-il. "La grande erreur c'est de croire que l'opéra va concurrencer (le divertissement). L'opéra n'aura jamais le niveau d'audience d'un blockbuster, de la télévision ou d'un concert de Lady Gaga", précise-t-il. Il concède que c'est "une forme d'art chère" et qu'il "n'est pas naturel de chanter pendant 10 minutes pendant que vous agonisez".

Mais "il ne faut pas se dire que pour concurrencer une série Netflix, ça doit ressembler à une série Netflix." "Je sais que des maisons d'opéra sont menacées mais il ne faut pas être apocalyptique", estime l'Australien, pour qui, "dans un monde dominé par les réseaux sociaux et la technologie, l'opéra est un des rares lieux ritualistes où les gens peuvent ressentir de l'émotion".