La kora du musicien malien Ballaké Sissoko très endommagée au retour d'un vol New York-Paris : les Américains nient toute responsabilité

Alors que la photo du précieux instrument rendu complètement inutilisable a suscité colère et émoi sur les réseaux sociaux il y a quelques jours, le gouvernement malien et la sécurité aérienne américaine se sont exprimés ce week-end.

Ballaké Sissoko sur scène avec le violoncelliste Vincent Segal, le 9 septembre 2015 à Paris, au festival Jazz à la Villette
Ballaké Sissoko sur scène avec le violoncelliste Vincent Segal, le 9 septembre 2015 à Paris, au festival Jazz à la Villette (SADAKA EDMOND / SIPA)

Qu'est-il arrivé à la kora du merveilleux musicien malien Ballaké Sissoko ? Tout a commencé avec un communiqué de l'artiste sur Facebook, mercredi 5 février. Posté avec un avis d'inspection des bagages rédigé en espagnol par la sécurité des transports et une photo en pièces détachées de l'instrument, Sissoko annonçait que la veille, au retour d'une tournée de deux semaines aux États-Unis, il avait retrouvé sa kora "complètement détruite par la douane américaine, sans aucune justification". Le texte rageur, écrit en anglais par la productrice Lucy Durán, posait une question lapidaire : "Les douanes américaines auraient-elles osé démanteler un Stradivarius ?"


La kora, harpe-luth traditionnelle à 21 cordes de la tradition mandingue, s'est retrouvée "en morceaux", avec tout son système d'amplification démonté, entre autres dommages. "Ce type de kora fabriqué sur mesure est tout simplement impossible à remplacer", a déploré Lucy Durán dans le communiqué rédigé pour le musicien malien. Corinne Serres, la manageuse du musicien, a confié au Monde Afrique que Ballaké Sissoko avait ressenti un énorme "choc", à son arrivée en France en provenance de New York, en découvrant son instrument réduit en pièces détachées, et qu'il faudrait plusieurs semaines de travail avant d'espérer rendre à la kora sa résonance originelle. De fait, les dégâts sont irréversibles selon lui.

Au Mali, confusion dans les réactions gouvernementales

Dans un premier temps, en réaction à l'affaire, un communiqué du ministère malien de la Culture avait déploré samedi un "immense préjudice culturel" et avait déclaré l'intention de tout faire "pour obtenir réparation". "Si son caractère délibéré reste à établir, cet immense préjudice culturel nous interpelle et nous fera entreprendre tout ce qui est juridiquement et diplomatiquement possible pour obtenir réparation", lisait-on dans ce communiqué.

Mais dimanche, le ministère de la Culture a retiré ce communiqué de son site internet et en a publié un autre démentant que le premier provenait de ses services. La ministre malienne de la Culture N'Diaye Ramatoulaye Diallo a déclaré à l'AFP dimanche que le communiqué de samedi attribué à son ministère était "un faux".

De son côté, Ballaké Sissoko, dont le premier communiqué avait incriminé la douane, a confié dimanche auprès de l'AFP que la compagnie aérienne était peut-être responsable des dégâts causés à sa kora. "C'est pas que je suis en train d'utiliser les médias pour gagner de l'argent", a dit le musicien qui s'exprime habituellement auprès de la presse avec douceur et timidité. "Peut-être que le message était trop fort et que j'aurais dû le dire autrement."

La sécurité des transports se défend

L'administration américaine de la sécurité des transports (TSA), qui analyse les bagages pour rechercher d'éventuels explosifs, a regretté les dégâts subis par l'instrument, mais affirmé, dans un communiqué transmis dimanche à l'AFP, ne pas avoir ouvert l'étui.

"Après un examen approfondi de la réclamation, il a été établi que la TSA n'avait pas ouvert l'étui parce qu'il n'a pas déclenché d'alarme lorsqu'il est passé à la détection d'éventuels explosifs", selon le texte.