"Il ne s'est jamais caché d'être arménien" : comment Charles Aznavour restait lié au pays d'origine de ses parents

Né en France de parents d'origine arménienne, le chanteur a chanté les blessures du peuple de ses ancêtres, du génocide arménien au tremblement de terre de 1988.

Charles Aznavour, le 4 février 1989, sur les lieux du tremblement de terre de décembre 1988 en Arménie.
Charles Aznavour, le 4 février 1989, sur les lieux du tremblement de terre de décembre 1988 en Arménie. (ASLAN / SIPA)

Il était l'un des chanteurs français les plus aimés dans le monde entier. Mais aussi, "un fils exceptionnel du peuple arménien", des mots du Premier ministre de l'Arménie Nikol Pachinian. Charles Aznavour, qui avait francisé son nom d'Aznavourian et avait été renommé par une sage-femme Charles plutôt que Shahnourh, est mort lundi 1er octobre à 94 ans. Il avait vu le jour à Paris, mais sa mère avait perdu presque toute sa famille dans le génocide arménien, et son père aussi était arménien, bien que vivant en Géorgie.

La diaspora arménienne perd sa plus grande célébrité, et un grand ambassadeur. Le secrétaire en Ile-de-France du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF), Sevag Sarikaya, explique à franceinfo ce que le chanteur de Pour toi Arménie représentait pour les Arméniens.

franceinfo : Charles Aznavour appartenait-il à la communauté arménienne ?

Sevag Sarikaya : Oui, indéniablement. Il ne s'est jamais caché d'être arménien. Certes, il a changé son nom, mais c'était pour s'intégrer, pas pour se cacher. A l'époque, on était très incités à changer de nom et de prénom, c'était la règle du jeu. Mais qui ne sait pas, aujourd'hui, qu'il s'appelait Aznavourian ? Il l'a tellement dit et répété.

Il ne voulait pas parler directement de politique, et il ne voulait pas qu'on le qualifie d'Arménien, il voulait être le Français d'origine arménienne. Il y a deux ans, il était venu assister au dîner annuel du CCAF. L'expression qu'il répétait sur le sujet, c'était : "Je suis un café au lait. On ne peut pas séparer le lait du café".

Etait-il très proche de son pays d'origine ? Il ne s'y est rendu pour la première fois qu'à l'approche de ses 40 ans.

Ce que je sais, c'est qu'il a beaucoup aimé l'Arménie quand il y est allé, et qu'il s'y rendait régulièrement. Il a aidé financièrement, il a créé des fondations. En 1988, [quand un séisme a frappé l'Arménie, tuant plus de 25 000 personnes], il a écrit une chanson caritative, Pour toi Arménie. Il a montré à l'Arménie qu'il y avait un vrai soutien de la part de la France et une proximité entre les deux peuples. En 2015, quand un sondage a demandé en Arménie quel était le peuple le plus ami du pays, ce n'est pas la Russie mais la France qui l'a emporté, c'était une vraie surprise.

Et il a très souvent chanté sur l'Arménie. Sa chanson Ils sont tombés évoque le génocide arménien. Elle nous parle à tous, et elle passe tous les 24 avril, la date à laquelle on commémore ce génocide. 

Pensez-vous que sa célébrité a aidé les immigrés arméniens à être acceptés en France ?

Il leur a apporté de la respectabilité. Aujourd'hui, quand on dit "Je suis arménien", les gens le voient d'un bon œil, et on nous répond souvent "Ah, comme Aznavour". On voit les Arméniens comme des gens qui s'intègrent bien, et il a été le porte-étendard de ça. Le Français le plus connu dans le monde entier dans la musique est un Arménien, c'est incroyable !

Quand des gens comme Emmanuel Macron ou François Hollande venaient au dîner du CCEF, la présence de Charles Aznavour faisait qu'ils s'y retrouvaient, ils voyaient une personne qu'ils connaissaient. On perd un immense ambassadeur, tout comme la France. Aujourd'hui, certains disent en rigolant que notre dernière ambassadrice dans le monde, c'est Kim Kardashian.