"Avec Charles, on perd le père de la chanson" : Serge Lama réagit à la mort de Charles Aznavour

"Il courait après une reconnaissance qu'il n'avait jamais eue, au fond", a réagi lundi sur franceinfo le chanteur Serge Lama, après la mort de Charles Aznavour, à l'âge de 94 ans.

Serge Lama et Charles Aznavour à la télévision, en 1979.
Serge Lama et Charles Aznavour à la télévision, en 1979. (PATRICE PICOT / GAMMA-RAPHO)

"Avec Charles, on perd le père de la chanson", a déclaré lundi 1er octobre sur franceinfo Serge Lama, après la mort de Charles Aznavour à 94 ans. Pour l'interprète français, "il courait après une reconnaissance qu'il n'avait jamais eue au fond."

franceinfo : Comment voyait-on Charles Aznavour ?

Serge Lama : Charles Aznavour est d'abord considéré comme un auteur, c'est ce qu'il voulait être, et il l'était. Il a été extrêmement humilié parce que c'était toujours Ferrat, Brassens. On ne parlait jamais d'Aznavour, qu'on voyait comme un chanteur qui chantait des chansons d'amour. Mais il a chanté des chefs-d'œuvre sur de multiples sujets. À mon sens, c'est le plus grand auteur des 50 ou des 60 dernières années. Avec Charles, on perd le père de la chanson.

D'où lui venait cette force ?

Alors que je lui disais "nous sommes des anciens pauvres", il m'avait dit "non, je suis toujours pauvre". Charles se vivait métaphysiquement, psychologiquement comme un pauvre. Toute sa vie, se vivant comme un pauvre, il s'est battu comme un pauvre. Tout le temps, il a voulu conquérir davantage parce que cette pauvreté, il l'avait en lui. Cette phrase explique beaucoup de choses. C'est un pauvre qui se bat pour nourrir sa famille et il a ça en lui d'une façon viscérale.

Charles Aznavour prévoyait-il tout à l'avance ?

Au départ, il devait travailler un peu dans sa tête, chez lui, et je pense que sur scène, il inventait la mise en scène petit à petit, au fil des jours en chantant la chanson. La façon de chanter Comme ils disent avec cette main qui est en haut, c'est absolument génial. Il n'y a pas d'ambiguïté à partir de ce moment-là, il y a juste des petits gestes de rien du tout. C'est merveilleux d'arriver à synthétiser comme ça, un état.

Quelle est votre chanson préférée de Charles Aznavour ?

On est toujours en extase devant la chanson Avec le temps, mais je trouve que ce que dit Charles dans Ma jeunesse est aussi important que ce qui dit Ferré dans Avec le temps. Donc, je mets à égalité ces deux chansons. Nougaro disait qu'il était écrivain de chansons. S'il y en a bien un qui est un écrivain de chansons c'est bien Aznavour. C'était le Dumas de la chanson française.

Il aurait dû être reconnu par l'Académie française ?

Il manque de toute façon un grand auteur-chanteur à l'Académie française, c'est une certitude. Je pense que si quelqu'un avait dû être élu, c'était bien Charles. Il aurait été tellement heureux. Cette reconnaissance-là, il courait après, même à l'âge qu'il avait. Il courait après une reconnaissance qu'il n'avait jamais eue au fond.