Cet article date de plus d'un an.

La saxophoniste Géraldine Laurent nous régale avec "Cooking", son nouvel album en quartet

Quatre ans après l'excellent "At Work", la jazzwoman en noir sort un nouvel album pimenté et crépitant, "Cooking", enregistré avec le même groupe. Rencontre avant son concert ce vendredi au New Morning à Paris et son passage à D'Jazz Nevers en novembre.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 5 min.
La saxophoniste Géraldine Laurent (2019) (Anthony Voisin)

Pour Cooking, son succulent cinquième album en tant que leader (ou co-leader) de projet musical, Géraldine Laurent, au saxophone alto, a fait appel à l'équipe qui avait officié sur le disque précédent At Work (2015) : le pianiste Paul Lay, le contrebassiste Yoni Zelnik, le batteur Donald Kontomanou et à la production, Laurent de Wilde, lui-même pianiste de jazz émérite.

Cooking, un titre en clin d'œil à un album de Miles Davis de 1956, est sorti le 18 octobre chez Gazebo / L'Autre Distribution. Quatre ans après At Work, on retrouve l'ardeur, l'énergie et la percussion qui font la griffe de Géraldine Laurent et de ses brillants complices, parmi lesquels le toujours ébouriffant Paul Lay. Le quartet s'exprime au travers de morceaux courts, propices à l'improvisation et hantés par quelques légendes du bebop... Des morceaux composés par la saxophoniste, à l'exception d'un seul standard revisité (contre trois dans At Work), You and the Night and the Music d'Arthur Schwartz et Howard Dietz.

Le répertoire de Cooking sera présenté ce vendredi soir au New Morning avec l'effectif du disque, puis le 14 novembre au festival D'Jazz Nevers avec le pianiste Baptiste Trotignon, en attendant de nouvelles dates.

Franceinfo Culture : Pourquoi avez-vous intitulé votre album Cooking, qui est par ailleurs le titre du morceau d'ouverture du disque ?
Géraldine Laurent : Hormis un clin d'œil à Miles Davis [ndlr : l'album Cookin' with the Miles Davis Quintet, 1956], j'étais dans la continuité de l'album At Work puisque l'on retrouve la même formation. At Work, c'était l'idée d'être "en travaux". Et Cooking, c'est "en cuisine". Il y a évidemment beaucoup de liens entre la musique et la cuisine. En cuisine, il y a ce rapport totalement éphémère comparable à ce que nous faisons en jazz, puisque l'on triture, on peaufine des choses et au moment du "coup de feu", on sert, on propose ce qu'on a cuisiné. C'est très métaphorique. Et bien sûr, j'aime tout ce qui touche à la cuisine et aux choses culinaires.

Dans At Work, il y avait trois standards sur neuf 
morceaux. Dans Cooking, il n'y en a plus qu'un sur onze. En 2016, vous nous aviez confié que vous n'aviez pas une grande confiance en vous et que vous ne vous voyiez pas comme une grande compositrice. Cette fois, vous avez composé presque tout l'album !
C'est des petits bouts de choses, des bouts d'histoires qui vont former des bases pour improviser, pour s'écouter au sein du groupe. Comme j'adore jouer avec mes collègues, c'était l'occasion de profiter de nos années de travail en commun, car on a eu la chance de jouer assez régulièrement ces dernières années. Le fait de pouvoir travailler sur le long terme avec eux contribue à m'aider à être moins stressée, à avoir plus confiance, même si je continue d'être dans le doute ! Quand je dis que je ne suis pas une grande compositrice, je dis simplement qu'il y a des grands compositeurs dans le jazz, des rois de la mélodie et des marches harmoniques, avec des écritures beaucoup plus complexes, très intéressantes. Ce que j'écris actuellement reste assez simple car ça pose des bases pour l'improvisation sur laquelle j'ai axé mon travail. J'utilise des systèmes d'écriture avec des structures assez classiques. J'essaie de trouver des petites matières, des formules qui donnent le choix de développer ou pas.

Tous les morceaux de l'album, hormis le standard, ont-ils été composés en prévision de ce disque ?
Oui. Il s'agit de compositions plus ou moins récentes. Il y en a une seule, Next, qu'on jouait déjà beaucoup avant l'enregistrement de Cooking. J'ai pensé qu'elle correspondait au passage entre les deux albums. Mais tous les autres morceaux ont été écrits un peu dans l'urgence l'année dernière, pour diverses raisons d'inspiration et autres ! C'est des bouts d'endroit où je me trouvais, des sensations...

Donald Kontomanou (batterie), Yoni Zelnik (contrebasse), Géraldine Laurent (saxophone, composition) et Paul Lay (piano) : le quartet de "Cooking" (Anthony Voisin)

Avez-vous le sentiment d'avoir créé au fil du temps une synergie, un vrai son de groupe avec ce quartet ?
J'aimerais bien ! Mais je préfère que ce soit d'autres personnes qui me le disent plutôt que moi-même ! C'est effectivement le but d'avoir, chacun, des repères fédérateurs : le swing, la danse, l'envie de développer et, surtout, d'être dans l'interplay, l'interaction. On s'écoute beaucoup et j'espère que tout cela donne un son de groupe, pas de quatre individus mais d'un seul. On aime tous l'acoustique, les choses un peu fragiles, à l'ancienne. On a ce langage en correspondance notamment sur le travail de l'improvisation autour des standards de jazz qu'on adore tous. Ça crée un lien quoi qu'il arrive. J'espère qu'il en ressort une certaine unité.

Est-ce que votre jeu a évolué auprès de ce groupe ?
Oui, j'ai appris beaucoup de choses. J'essaye de travailler le silence, même si ça ne s'entend pas ! Je tente en tout cas d'aérer les choses en utilisant les basses de thèmes, dans Cooking comme dans At Work, afin que chacun prenne des risques, que ça puisse éventuellement nous emmener quelque part, qu'on se mette au service les uns des autres... C'est très variable mais ça me permet d'expérimenter dans la façon de raconter des histoires.

Vous restez fidèle à un jazz imprégné de vos influences, notamment bebop, années 60. Est-ce strictement votre envie, ou pourrait-il aussi y avoir une forme d'affirmation de votre fidélité à une certaine tradition, face à d'autres disques très produits, pétris d'influences pop, électro, qui sortent ces dernières années ?
Je ne me positionne pas du tout par rapport à ça. Je fais mon chemin de manière très instinctive. Les formats acoustiques font partie des choses que j'ai écoutées le plus, même si j'ai aussi écouté pas mal de musiques des années 70 ! Je suis attachée au son acoustique, à cette fragilité. C'est peut-être aussi parce qu'au départ, je viens de la musique classique. C'est vers les musiques classiques et traditionnelles que je suis spontanément attirée. Cependant, l'album Looking for Parker [ndlr : sorti en 2013] que j'ai réalisé avec le guitariste Manu Codjia possède un format un peu plus électrique, avec de la guitare mais pas de basse. J'adore toutes ces explorations.


Géraldine Laurent "Cooking" en concert
Vendredi 25 octobre 2019 à Paris, New Morning (soirée Sunset hors les murs)
Jeudi 14 novembre 2019 à D'Jazz Nevers Festival, Théâtre municipal, avec Baptiste Trotignon au piano
> L'agenda-concert de Géraldine Laurent 
> La vidéo EPK complète de l'album Cooking

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.