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J'étais au concert de Doc Gyneco à l'Olympia : un ratage, oui, mais émouvant

Le rappeur a été conspué sur Twitter après son retour sur scène pour les 20 ans de l'album "Première consultation".

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France Télévisions
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Doc Gyneco, le 5 avril 2016 à Paris. (MARTIN BUREAU / AFP)

Entre Doc Gyneco et moi, c'est une affaire de famille. J'avais 8 ans quand mon père, pas particulièrement fan de rap, a acheté son album Première consultation, en 1996. Comme pour les 700 000 personnes qui s'étaient à l'époque ruées sur le CD, c'est sans doute l'alliance d'une orchestration groovy et d'une plume provocatrice et désinvolte qui l'avait séduit.

Nous écoutions le disque en famille, dans la voiture ou dans le salon, et je garde le souvenir de moments très gênants lorsque je demandais à ma mère de m'expliquer qui était ce Bérégovoy qui s'était fait "clic-clic boum", ou pourquoi le monsieur de la chanson avait "les dessous mouillés, mouillés" en pensant à Vanessa.

Les années ont passé, et Première consultation a continué à m'accompagner au fil de mes découvertes musicales, parfois très éloignées du rap. J'y retourne avec gourmandise quand les textes tellement 2016 de PNL me paraissent trop sombres ou que l'ironie d'un Vald finit par me lasser. C'est donc tout excité que je me suis rué début novembre sur le site de l'Olympia afin de réserver deux places pour le concert anniversaire des 20 ans de l'album.

Le public chantait souvent à sa place

Je me doutais bien que le Bruno Beausir qui allait monter sur scène six mois plus tard n'aurait plus grand-chose à voir avec l'éternel ado de 22 ans à l'esprit embrumé qui s'échappe régulièrement de mes enceintes. Comme une comète, Doc Gyneco a ébloui la scène rap française avant de s'éteindre pour devenir un punching-ball commode, sorte de campagne de prévention ambulante contre les dangers d'une consommation excessive de cannabis.

Mercredi 25 mai, dans la fosse de l'Olympia, j'avais pourtant le sentiment que tout le monde avait envie d'y croire. Inquiet au moment d'entrer dans la salle, je me suis mis à espérer que les "Bruno, Bruno" scandés par le public de trentenaires allaient galvaniser le Docteur. Qu'il retrouverait une seconde jeunesse et que son concert se transformerait en réconciliation géante. Que Passi, qui l'accompagne sur le morceau Est-ce que ça le fait, serait là. Et pourquoi pas, soyons fous, Bernard Tapie pour un C'est beau la vie dix-huit ans après.

Hélas, ça n'a pas été le cas. Entouré par un groupe et des choristes en grande forme, Doc Gyneco était, comme on pouvait le craindre, un peu ailleurs. Il s'est souvent reposé sur son compère Papillon, qui l'accompagnait au micro, et sur le public qui connaissait par cœur chacune des rimes de l'album. A trois reprises, pendant la petite heure et demie qu'a duré le concert, il s'est offert un bain de foule au milieu de la fosse. Dans ces moments-là, comme dans d'autres où il chantait à côté de son micro, on entendait davantage la voix de Papillon que la sienne.

Une madeleine de Proust

Mais je n'ai pour autant pas vu le fantôme ivre mort que certains spectateurs ont décrit dans des tweets assassins à la fin du concert.

Pendant des morceaux comme Nirvana ou Les filles du mouv, Bruno a même eu des fulgurances qui m'ont ramené sur la banquette arrière de la Citroën rouge de mon enfance. Bien loin du personnage à l'ouest resté dans la mémoire collective lorsqu'il se piquait de politique.

Je comprends qu'après avoir dépensé près de 40 euros pour une place de concert, on puisse être déçu de ne pas avoir assisté à un show efficace et sans accroc. Mais en sortant de l'Olympia, j'ai eu l'impression que la majeure partie des spectateurs était heureuse d'avoir retrouvé une madeleine de Proust, même si le goût en avait été un peu altéré par les années.

Bruno, "j'te pardonne, pour toute la vie", et je crois bien que je ne suis pas le seul.

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