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Inédits d'Hendrix : pourquoi est-ce dans les vieux morceaux qu'on fait les meilleures ventes?

Des inédits (qui n'en sont pas toujours), des albums remixés, des best of et des coffrets. Pourquoi l'industrie du disque nous inonde-t-elle de vieilleries ? 

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Jimi Hendrix, photographié en studio à Hilversum (Pays-Bas), le 1er janvier 1967.  (KIPPA / ANP / AFP)

Best of, rééditions commémoratives, remixes, etc. Les bacs des disquaires ont parfois des airs de cimetière. Les artistes morts (ou à la retraite) continuent de maintenir à flot les maisons de disques, quelque peu éprouvées par plus d'une décennie de combat désespéré contre le téléchargement illégal. 

Mais pourquoi les rock-stars d'antan nous poursuivent-elles ? A l'occasion de la sortie évènement, lundi 4 mars, de l'album People, Hell & Angels de Jimi Hendrix, surdoué de la guitare disparu en 1970 (il y a donc quarante-trois ans, ont calculé les plus vifs), francetv info décrypte pourquoi l'industrie du disque nous abreuve de ces cartons d'outre-tombe.

Parce qu'ils trouvent leur public

Pour une maison de disques, rien n'est plus confort qu'un artiste mort : d'abord, les albums posthumes, plus ou moins bons, trouvent souvent leur public. Enfin, quand une mort récente ne booste pas les ventes de certains albums tombés dans les abîmes du ringard, ces artistes disposent dans le pire des cas d'un fidèle réservoir de fans. La longévité de leur carrière post-mortem dépend alors de l'étendue de leur production pendant leur (relativement) court passage sur Terre. Et de ce côté-là, Hendrix a plutôt été généreux. 

"Longtemps, la demi-sœur d'Hendrix [qui gère le catalogue du guitar hero] et ses producteurs Eddie Kramer et John McDermott ont dit qu'ils avaient assez de bandes pour publier un album par mois pendant dix ans", note Yazid Manou, spécialiste français d'Hendrix. Pour cet album majoritairement composé de titres déjà connus dans des versions inédites, "l'argument de poids [pour séduire les potentiels acheteurs] est qu'il s'agit du dernier album studio, explique-t-il. Tant qu'il y a du matériel dans lequel puiser, on peut considérer ces sorties comme si elles venaient d'artistes vivants."

Car elles font vivre à peu de frais la mémoire de l'artiste. La qualité des sorties posthumes s'apprécie à la discrétion des ayants droit. Souvent frileux sur les remixes (les ayants droit d'Elvis Presley n'ont accordé qu'en 2002 le droit de remixer un morceau du King, convaincus par les arguments de Nike), les héritiers ont en revanche tendance à se lâcher sur les best of. Il suffit d'aller faire un tour sur la page Wikipédia de Dalida (si, si, ça détend) pour prendre conscience de l'effort dont a fait preuve son producteur de frère, Orlando, pour maintenir la diva dans les rayons : au choix, les compil' 10 ans déjà, 15 ans déjà et 20 ans déjà (en 2012). Vivement 2017.

Parce qu'ils rapportent beaucoup 

Les vieilleries et leur recyclage constituent un business extrêment juteux. D'après le magazine américain Forbes (en anglais), Elvis Presley a rapporté à ses héritiers 55 millions de dollars en droits d'auteur provenant de la vente de ses titres sur l'année 2012. Toujours selon Forbes, Bob Marley à quant à lui vendu 75 millions d'albums ces vingt dernières années, tandis que Michael Jackson est resté sur le trône de l'artiste mort le plus rentable, selon le magazine (145 millions de dollars amassés en un an, tous revenus confondus).

"Peu d'artistes bénéficient d'une telle aura sur le long terme", concède Yazid Manou, rappelant que le précédent Hendrix, Valleys of Neptune (2010), s'est vendu à 40 000 exemplaires en France et à plus de 400 000 dans le monde, "ce qui prouve bien qu'il existe un public pour ces sorties au-delà des fans inconditionnels et collectionneurs". Surtout, "après ce genre de sorties, les gens se précipitent sur les vieux albums : l'enjeu, c'est aussi de conquérir des jeunes générations". D'ailleurs, note-t-il, "Hendrix est beaucoup plus à la mode aujourd'hui qu'il ne l'était il y a vingt ans. C'est simple, si ça ne marchait pas, Sony n'organiserait pas de lancement en grande pompe, les médias n'en parleraient pas, et il n'y aurait pas de biopic en préparation."

Parce que ces diamants-là ne sont pas éternels

Et puis il faut faire vite. Si les albums culte n'ont pas de date de péremption, l'exclusivité de la distribution d'une œuvre, elle, est limitée dans le temps. A partir de 2014 et en vertu d'une directive européenne votée en septembre 2011, la durée de protection des droits des artistes-interprètes et des producteurs de disques passera de 50 à 70 ans. Sont concernés tous les enregistrements sortis après 1963 (1963 + 50 ans = 2013).

L'idée, particulièrement défendue par l'industrie musicale britannique, était de s'aligner sur le droit américain, selon lequel les œuvres sont protégées pendant 95 ans depuis une loi de 1998, promue par feu Sonny Bono (ex de Cher devenu député).

Pour nos voisins d'outre-Manche, il s'agissait surtout de ne pas laisser les albums culte des Beatles et autres Rolling Stones, lesquels ont fêté leur cinquantenaire en 2012, basculer dans le domaine public. Il aurait été dommage de ne pas profiter de ces anniversaires très lucratifs (les Stones, c'est quatorze sorties sur les dix dernières années, dont aucun nouvel album, rappelait francetv info en février 2012).

Pour l'anecdote, Love Me Do, des Beatles, est semble-t-il tombé dans ce "vortex" juridique, rapporte le site CMU (lien en anglais). Comprendre : les ayants droit de John Lennon et Sir Paul McCartney détiennent toujours les droits du morceau, mais EMI et Universal ne sont plus les seuls à pouvoir distribuer les enregistrements originaux de ce classique pop.

 Parce que les maisons de disques sont pragmatiques

Outre les aspects économiques et purement artistiques, les maisons de disques peuvent également sortir des objets quasi-archéologiques de manière ostensiblement opportuniste. C'est ce qui est arrivé en janvier au bien vivant Bob Dylan, pape de la folk et auteur en 2012 d'un nouvel album, Tempest, sorti en septembre. 

En janvier, sa maison de disques, Sony, a décidé de mettre en vente en Europe une floppée de titres datant de 1963, sous le nom The Copyright Extension Collection vol.1. Publié à une centaine d'exemplaires, le coffret n'avait d'autre intention que d'étendre la durée des droits détenus par la maison de disques sur ces œuvres, jusqu'alors restées dans les cartons. En publiant ces morceaux précipitamment alors qu'ils s'apprêtaient à tomber dans le domaine public, Sony s'est assuré d'en garder les droits, et ce pendant les vingt prochaines années, rapporte L'Express. Un coup de stress doublé d'un coup marketing. Et un coup dans le porte-monnaie des fans. 

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