ENTRETIEN. Comment un artiste pop réussit le tour de force de proposer des concerts classiques dans des arènes à Montmartre

Un "boeuf" version classique entre amis à Montmartre en plein mois d'août : le rendez-vous est donné en toute simplicité à partir du 5 août au Jardin des Arènes, que l'on soit amateur ou profane. Rencontre avec un organisateur de concert pas comme les autres.

Article rédigé par
Ariane Schwab - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Les Arènes lyriques, 20 août 2021 aux jardin des Arènes de Montmartre à Paris. (ARIANE SCHWAB / RADIO FRANCE)

De la musique classique version "bœuf" entre amis dans des "arènes romaines", qui datent de... 1941 ? C’est ce qui attend les Parisiens au mois d’août. Un concept créé par un Marseillais fier de l’être mais à l'accent très discret : "Je n'ai jamais le voulu masquer, je l'ai sur les jaunes, roses, délicieuses", s’amuse-t-il. Pierre Mollaret a 34 ans. Chanteur et musicien pop, il s’est improvisé producteur de concert classique en plein air en juin 2018. "Depuis longtemps, j'avais envie d'organiser des concerts, mais c'était dans un cadre plus modeste. Au départ, je voulais le faire à travers Airbnb Expérience." 

Pierre Mollaret, créateur et directeur artistique des Arènes lyriques, le 29 juin 2022 au jardin des Arènes-de-Montmartre à Paris. (ARIANE SCHWAB / RADIO FRANCE)

L’inspiration lui vient subitement en passant devant le Jardin des Arènes-de-Montmartre. "J'ai été complètement pris dans une passion, et c’est ce qui a fait que j’ai remué la terre entière. J'ai fait comme un grand", raconte tout simplement Pierre Mollaret. Ce lieu peu connu du grand public n'a d’arènes que l’apparence : elles ont été construites sur une pommeraie vers la moitié du 20e siècle pour servir de contreforts aux poids du Sacré-Cœur. Aujourd’hui, les pommiers ont été remplacés par des oliviers et le jardin n’est ouvert au public qu’à de rares occasions.

"Le charme de la musique apparaît alors d'une façon complètement différente"

Demande d’autorisation à la mairie, clip promotionnel, affiches dans le quartier, posts sur les réseaux sociaux, recrutement de musiciens pas certains d’être payés… "Je n’avais pas d’argent et ils m’ont suivi quand même", s’étonne encore le producteur improvisé. En deux mois, en 2018, tout est alors plié et la première représentation a lieu : "Un grand succès", intégralement financé par la vente des billets. "Et les artistes ont été payés !", tient-il fièrement à préciser. 

Il faut dire que le concept est assez magique : une soirée d’été à la tombée de la nuit, un verre de vin issu d’un château du sud de la France servi dans un bar improvisé dans le jardin, en attendant que le concert commence.

"Je voulais quelque chose d’extrêmement romantique, très chaleureux, où on joue de la musique mais dans un cadre un peu plus décontracté. C’est vraiment toute la mythologie des concerts d’été en Italie."

Pierre Mollaret, créateur des Arènes lyriques

à franceinfo

"Je suis musicien, j'ai des amis qui sont musiciens, je suis dans un milieu de musiciens et quand on fait des soirées entre nous, on joue de la musique et je trouve que le charme de la musique apparaît alors d'une façon complètement différente, confie-t-il. Elle est complètement incarnée, et ce sont souvent des moments vraiment extrêmement émouvants, comme quand on découvre la musique par hasard, par exemple, dans un couloir de métro. Et c'est ce que je veux faire dans ces concerts : m'inspirer du cadre privé avec tout ce que ça comporte d'imprévu mais en même temps, apporter un cadre technique, une grande exigence musicale, des musiciens de haut-niveau, qui vont venir sublimer tout ça."

Et le charme opère indéniablement. Les morceaux se succèdent, certains connus, d’autres non. Tout profane que l’on soit, on se surprend à trouver tel ou tel air familier. Et pour cause, certains habillent des films de cinéma ou publicitaires.  Choisir ces morceaux qui plairont à tout le monde relève d'un véritable travail de "DJ", selon Pierre Mollaret, qui dit s'inspirer de sa propre playlist. Il faut "savoir programmer des morceaux qui sont à la fois beaux en eux-mêmes, mais qui vont pouvoir mettre en valeur le morceau suivant. Si on ne fait se succéder que des morceaux sublimes, forcément, ils vont s'annuler entre euxDonc, il faut pouvoir alterner. Il y a aussi une trame implicite, ces soirées se déroulant au coucher de soleil. Ça commence pendant le jour et progressivement, on est immergé dans la nuit avec les guirlandes qui s'allument. Il y a clairement des morceaux qui sont plus adaptés au jour et d'autres à la nuit."

"Et c'est aussi et surtout l'occasion, parce qu'un concert ce n'est pas que de la musique, de rencontrer des personnages, des musiciens, des instruments."

Pierre Mollaret

à franceinfo

Et de fait, avant chaque morceau, le musicien ou les chanteurs l’introduisent par une petite présentation. Une proximité avec le public très inédite dans le milieu du classique et accueillie avec une joie non-dissimulée par les artistes. Il faut dire que les applaudissements qui résonnent aux premières notes du Clair de Lune de Debussy rompent avec le religieux silence qui accompagne, d’habitude, ce genre de prestations.

Cette simplicité inattendue n’est pas le seul cliché que démontent ces "Arènes lyriques". Organiser un évènement au mois d’août, "ça ne marchera jamais", a pu entendre Pierre Mollaret. Et pourtant, dès la première année, les arènes sont combles : 300 places à l’intérieur plus tous les spectateurs clandestins agglutinés aux grilles. Autre cliché déjoué : un public exigeant pour une musique élitiste. 10% du public des deux premières années avaient moins de 26 ans, indique Pierre Mollaret. Le reste avait 30-40 ans, un public très parisien et étonnamment jeune, composé essentiellement de couples et de groupes d’amis.

Pour cette troisième saison, 10 musiciens, une cantatrice et un ténor animeront huit nuits exceptionnelles, du 5 au 20 août. Au programme, le Concierto de Aranjuez – adagio de Joaquin entendu dans Les Virtuoses de Mark Herman, ou encore le Piano trio No.2 popularisé par le Barry Lindon de Stanley Kubrick en 1975.



L'intégralité du programme est à découvrir sur le site des Arènes lyriques.

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