Ivry Gitlis, violoniste flamboyant et virtuose, est mort à 98 ans

C'est sa famille qui a annoncé à l'AFP le décès de ce musicien israélien de légende, mondialement reconnu et installé en France.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le violoniste Ivry Gitlis à Marseille en 1993. (PATRICK BOX / GAMMA-RAPHO)

Ivry Gitlis, violoniste virtuose qui aimait partager sa passion avec le plus large public, s'est éteint jeudi matin, 24 décembre, à Paris à l'âge de 98 ans, a précisé à l'AFP l'un de ses quatre enfants, son fils David Gitlis.

Né le 28 août 1922 à Haïfa, en Israël, Ivry Gitlis avait joué dans les salles les plus prestigieuses et avec les plus grands orchestres de la planète. Ambassadeur de bonne volonté de l'Unesco, il avait une place à part dans le monde musical classique. Réputé pour ses interprétations, parfois atypiques, du répertoire, il était tout aussi à l'aise dans le jazz ou la musique tzigane.

Charismatique et farouche

Premier artiste israélien à se produire en URSS (en 1955), fondateur de nombreux festivals (à Vence, Menton, Saint-André-de-Cubzac...), il était aussi un ardent défenseur du processus de paix israélo-palestinien.

Cheveux blancs en broussaille et yeux bleus perçants, personnalité charismatique, fantasque, farouche et narcissique, Ivry Gitlis jouait généralement, immobile et les yeux fermés. Son violon : un Stradivarius de 1713 acquis en 1964. C'était un artiste populaire, volontiers présent à la télévision à la fin du XXe siècle. Il fut l'un des invités de prédilection de l'émission culte de Jacques Chancel Le Grand Échiquier et il apparut dans une grande diversité de programmes télévisés.

"Aujourd'hui, il m'arrive de rencontrer des gens qui me remercient d'avoir participé à toutes ces émissions. Je ne l'ai pas fait pour me faire mousser ou pour gagner de l'argent, mais pour le plaisir de partager la musique", disait-il à La Croix en 2010. Il assurait que "l'émotion" était le moteur de son art mais ajoutait qu'"au-delà de l'émotion, il était important de transmettre au public un tel héritage de beauté, en ces temps de manipulations idéologiques".

"Le violon fait partie de moi-même"

Ivry Gitlis est le fils d'un meunier. Ses deux parents ont quitté l'Ukraine pour la Palestine, alors sous mandat britannique. "Quand j'ai eu 5 ans, on s'est cotisé pour m'acheter un violon. Depuis, le violon fait partie de moi-même", a-t-il écrit dans son autobiographie L'âme et la corde. Le violoniste réputé Bronislaw Huberman entend jouer le petit prodige à 9 ans et organise une collecte de fonds pour le faire partir en Europe.

Ivry Gitlis entre à 11 ans au Conservatoire National de Musique de Paris et décroche le Premier prix deux ans plus tard. Il poursuit ses études avec Georges Enesco, Jacques Thibaud et Carl Flesch. Durant la guerre, il effectue des allers-retours entre Paris et Londres. Il cherche à rejoindre la Royal Air Force mais, recalé, finit par jouer dans les camps militaires, les hôpitaux ou les usines.

Sa carrière démarre véritablement en 1951, à la faveur d'un scandale lors du concours Long-Thibaud, le jury ne lui décernant que le 5e prix, contre l'avis du public. Il fait ses débuts aux États-Unis en 1955. Les tournées dans le monde entier s'enchaînent et il joue avec les plus prestigieuses formations : orchestres Philharmoniques de New York, Berlin, Vienne, Philadelphie, d'Israël etc, sous la direction de chefs comme Zubin Mehta, Charles Dutoit ou Eugène Ormandy.

L'art du contact avec le public

Partout où il passe, il sait créer le contact immédiat avec le public qui lui réserve de longues "standing ovations". Il s'illustre dans Paganini, Sibelius ou Tchaïkovski. Sa version de la sonate de Bela Bartok reste, avec le "Concerto à la mémoire d'un ange" d'Alban Berg, une référence absolue. Il enregistre en sonate avec la pianiste Martha Argerich, est également recherché comme interprète pour les créations de compositeurs contemporains, dont Bruno Maderna et Iannis Xenakis.

Ivry Gitlis continuait sur le tard à donner des concerts, et depuis les années 80, se rendait souvent au Japon où il était très apprécié. Décidément éclectique, il a aussi joué avec les Rolling Stones, son ami Léo Ferré, le jazzman Stéphane Grappelli et a travaillé pour le cinéma... comme acteur. On l'a vu dans L'histoire d'Adèle H (Truffaut), La Septième cible (Claude Pinoteau) ou Des gens qui s'embrassent (Danièle Thompson) ainsi que dans une enquête du commissaire Maigret où il joue le rôle d'un clochard... violoniste.

En 2008, Ivry Gitlis a co-fondé l'association "Inspiration(s)" pour rendre la musique classique accessible à tous les publics et donner l'opportunité à des musiciens talentueux de jouer pour ces publics lors de concerts rémunérés. Ce père de quatre enfants, dont trois avec la comédienne Sabine Glaser, vivait à Paris.

"Le dernier des Tsars du violon à avoir traversé le 20e siècle" : les hommages de trois virtuoses

Le violoniste Renaud Capuçon a salué sur les réseaux sociaux "un astre pour tous les violonistes" et "le dernier des Tsars du violon à avoir traversé le 20e siècle", comme il l'a écrit sur Facebook et Twitter.


Le violoncelliste Gautier Capuçon (frère de Renaud) a exprimé de son côté son "immense tristesse" après le décès de cette "légende du violon".


Le violoniste israélien Itzhak Perlman a rendu hommage à son compatriote sur Twitter : "Mon cher ami Ivry Gitlis s'en est allé. C'était une personnalité géante. J'étais heureux d'être son ami pendant plus de 50 ans. Tu vas me manquer, Ivry", a réagi le musicien virtuose. Sur la photo qui accompagne le tweet, lui et Ivry Gitlis, coiffé d'une chapka, ont leurs mains jointes.

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