De Bach à Schnittke, la musique de chambre à l'honneur dès samedi au "Festival de Pâques" de Deauville

Pendant trois week-ends à partir du 22 avril, Deauville se pare de musique classique avec un festival qui, tout en tournant le dos au "star système", s'entoure des plus grands et fait la part belle aux nouveaux talents.
Article rédigé par Lorenzo Ciavarini Azzi
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 4 min
Un concert dans la salle Elie de Brignac pendant le Festival de Pâques. (CLAUDE DOARE)

Quand on parle de Festival de Deauville, c'est au cinéma qu'on pense, à celui venu des Etats-Unis. Pourtant un autre festival fait des merveilles dans la ville normande depuis 26 ans et y creuse un sillon singulier en musique, le Festival de Pâques. Né en 1997 à l'initiative d'une poignée de musiciens à l'orée de leurs carrières (parmi eux un certain Renaud Capuçon et le pianiste Nicholas Angelich, récemment disparu) et d'Yves Petit de Voize, alors rédacteur en chef de Diapason, le festival propose cette année, à partir du 22 avril et jusqu'au 7 mai trois week-ends musicaux. 

Toutes les formations de musique de chambre

Au programme, huit concerts impliquant une cinquantaine d'artistes et treize compositeurs, de Bach à Schnittke, exclusivement de la musique de chambre, véritable ADN de ce festival depuis ses débuts. Quelques stars du classique sont certes au rendez-vous, comme Renaud Capuçon lui-même, la mezzo-soprano Stéphanie d'Oustrac ou le violoniste Julien Chauvin. Mais elles ne sont pas là pour des concertos ou des récitals. Le solo est proscrit. 

"Les musiciens laissent leur égo de soliste à la porte", nous a dit d'emblée Yves Petit de Voize, directeur artistique historique du festival, que nous avons rencontré lors d'une présentation de l'édition 2023 en février dernier. "Chez nous, c'est la musique de chambre dans toutes les formations, de 3 à 15 musiciens. Ce qui ne se fait jamais. En général, on invite des trios et des quatuors, point. Nous, ce sont donc des formations plus larges, et mixtes : voix, claviers, cordes, etc", a-t-il ajouté.

Le pianiste Théo Fouchenneret fait partie de la nouvelle programmation. Dans le cadre du Festival de Pâques, édition 2023, il interprétera le 28 avril avec le violoniste Augustin Dumay et le Quatuor Ebène un concert d'Ernest Chausson. Parmi les jeunes talents, à pas encore trente ans, il fait déjà figure de vétéran. "J'ai toujours trouvé les programmations du festival extrêmement inspirantes. Il y a une vraie volonté", nous explique-t-il. "Prenons l'exemple du programme Crumb que j'ai joué et enregistré aux Franciscaines l'année dernière, qui nécessitait énormément de percussions, deux pianos, une sonorisation. Je pense qu'il y a très peu de festivals en France qui vont pouvoir programmer cette pièce-là qui a été un choc pour le public"

Cooptés

Spécificité de taille du Festival de Pâques, celui-ci est estampillé jeunes talents. "Mais contrairement aux autres festivals de ce type, nous ne recrutons pas nos talents pour leur notoriété, par les concours internationaux ou pour les quelques disques qu'ils ont fait", lance fièrement Yves Petit de Voize. "Les musiciens sont recrutés par des musicien. Donc quand un musicien ne peut plus venir au festival, c'est lui qui recrute ses successeurs, le pianiste ou le violoniste qui va lui succéder".

Les pianistes Arthur Hinnewinkel et Gabriel Durliat en concert intimiste en quatre mains, à l'Hôtel Barrière Le Normandy le 16 février 2023 (DELPHINE BARRE)

Comme Théo Fouchenneret avant eux, les très jeunes pianistes Arthur Hinnewinkel et Gabriel Durliat ont été cooptés par leurs aînés. Les deux ont déjà passé la sélection pour être artistes résidents à la Fondation Polignac, grand mécène musical à Paris, et le Festival de Pâques puise parmi ses talents. "Cette cooptation a quelque chose d'extrêmement sain, parce qu'elle est naturelle : ce n'est pas du copinage, ce sont des rencontres qui se font naturellement via les professeurs, via les amitiés qui se nouent au conservatoire", dit Gabriel Durliat. "Les critères de sélection sont aussi axés sur l'humain", renchérit Arthur Hinnewinkel : "en fait c'est aussi une question d'entente à Deauville et c'est un peu comme ça que la musique de chambre fonctionne, c'est aussi sur critères-là que les gens se basent"

Evidence instinctive

L'entente entre les deux transparaît quand ils partagent dans un court concert donné à l'Hôtel Normandy de Deauville en ce fameux jour de présentation, un quatre mains de Ravel, Ma Mère l'Oye V. Le Jardin féerique. Une belle harmonie s'en dégage. Amis dans la vie, les deux pianistes ont étudié avec le même professeur, Hortense Cartier-Bresson. Mais "à vrai dire on n'a pas beaucoup joué ensemble", disent-ils. Pour Arthur Hinnewinkel, il y a "une sorte d'évidence instinctive" qui rend l'exercice agréable car "il n'y a pas beaucoup de travail d'adaptation à faire, en termes de mise en place et d'idée sonore, parce qu'on a un ressenti commun". Pour Gabriel Durliat, "il y a une manière de respirer, de jouer, qui fait qu'il y a quelque chose qui marche très rapidement" entre les deux. Leur complicité est à l'image de l'atmosphère que le Festival de Pâques veut faire régner entre les musiciens. 

Le 29 avril, Arthur Hinnewinkel jouera avec un quatuor à cordes des œuvres de Robert Schumann et de Schnittke. Mais il faudra attendre l'Août musical, prolongement estival du Festival de Pâques, pour que les deux pianistes jouent à nouveau ensemble. Au programme, du Tchaïkovski (des transcriptions de ballets, La Belle au bois dormant, Casse-Noisette, Le Lac des Cygnes) et la Sonate Grand Duo de Schubert. 

27e Festival de Pâques de Deauville, du 22 avril au 7 mai 2023 

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