Juliette Gréco, "l'éternelle jeunesse" pour Olivia Ruiz, "la fin d'une époque" pour le directeur musical des antennes de Radio France

La chanteuse Olivia Ruiz et le directeur musical des antennes de Radio France ont rendu hommage à Juliette Gréco, morte mercredi 23 septembre à 93 ans. Tous deux se souviennent d'un personnage haut en couleurs "jamais tiède".

Juliette Gréco salue le public à la fin d\'un concert à l\'auditorium du Louvre (Paris), le 5 février 2016.
Juliette Gréco salue le public à la fin d'un concert à l'auditorium du Louvre (Paris), le 5 février 2016. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

"Juliette, c'était l'éternelle jeunesse", réagit sur France Inter la chanteuse Olivia Ruiz après le décès de Juliette Gréco mercredi 23 septembre à 93 ans. Pour Didier Varrod, directeur musical des antennes de Radio France, cette disparition marque "la fin d'une époque".

La "jolie môme" s'est éteinte chez elle, dans sa propriété de Ramatuelle dans le Var. "On est à la fois triste et à la fois serein", a confié Didier Varrod, "parce que j'ai pu voir Juliette jusqu'au bout, je suis allé la voir à Ramatuelle il y a encore quelques mois, et on sentait que sa vie était ailleurs... à rejoindre justement tous ces géants de la poésie des mots qu'elle a fréquentés, qu'elle a aimés charnellement". Emu, Didier Varrod veut croire que "ce matin, de là où elle est, elle doit tous les réveiller ces proseurs".

Olivia Ruiz avait écrit deux titres pour l'icône de la chanson française, Dans ma chambre de dame, et L'Ombre du vent (2009). Elle dépeint, jeudi 24 septembre sur France Inter, une femme "jamais tiède", curieuse de "l'être humain en général".

"Quand je l'ai connue elle avait 80 ans et elle avait une coquinerie au fond de l'oeil, complètement enfantine, et une énergie sans borne. C'est vrai que l'on avait l'impression qu'elle serait toujours là", explique la chanteuse, qui raconte sa première rencontre, "comme une évidence". "Je suis allée présenter mes petites chansons à sa maison, je suis restée déjeuner, et puis la boule au ventre je lui ai fait lire ces textes. Elle a été délicate, intelligente, elle m'a changé peut-être deux virgules mais a pris la précaution de me demander si j'étais d'accord. En repartant, je me suis dit, "on a 53 ans d'écart, et j'ai l'impression d'avoir passé la journée avec une copine de mon âge."

"Elle n'avait pas d'âge"

Juliette Gréco, une femme résolument d'aujourd'hui, aussi, estime Olivia Ruiz, en raison "d'abord" d'"une curiosité, une curiosité folle de l'être humain en général, et des artistes. Je crois que c'est aussi sa générosité, elle aimait transmettre, elle aimait partager son histoire. Et ça, c'est quelque chose de résolument moderne aussi". Enfin, "la pudeur et la timidité face aux grands événements de l'Histoire, que l'on a vécu par sa petite histoire. C'est quelque chose qui appartient à une autre génération, la sienne".

"C'est quelqu'un qui n'était jamais tiède. Elle aimait ou elle n'aimait pas. Elle n'aimait pas "un peu", elle n'aimait pas "bien", par exemple. Elle était intransigeante aussi, je crois. Elle n'avait pas peur d'avoir des opinions hyper affirmées. Même si c'était une femme d'un certain âge, elle n'avait pas d'âge, et pour elle non plus [une opinion] n'avait pas d'âge. Elle avait quelque chose de maternel, mais elle ne s'adressait pas aux personnes plus jeunes qu'elle comme quelqu'un qui avait une leçon à donner", conclut Olivia Ruiz.

Le directeur musical des antennes de Radio France se souvient que Juliette Gréco "est devenue une muse sans le vouloir. Elle n'a pas dit un jour "ah tiens, je vais hanter Saint-Germain-des-Prés et je vais être la muse de tous ces poètes et de l'existentialisme"". Et Didier Varrod de conclure que Juliette Gréco, "par son attitude, sa sauvagerie, sa spontanéité, elle a incarné tout de suite un personnage qui n'était pas neutre".