"Nécessité économique" ou "geste pour la planète" : pourquoi le marché des biens d'occasion est en plein essor

Les brocantes et vide-greniers se portent bien et, porté par les sites spécialisés, le marché de l'occasion grignote des parts sur le neuf. En particulier dans le secteur de l'habillement.

Un stand de vêtements lors d\'une braderie dans la métropole lilloise, le 6 juin 2015.
Un stand de vêtements lors d'une braderie dans la métropole lilloise, le 6 juin 2015. (SEBASTIEN JARRY / MAXPPP)

Alors que commence la saison des brocantes et des vide-greniers, Pascale Hebel, directrice du pôle consommation et entreprise au Credoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie), décrypte sur franceinfo les tendances qui expliquent leur essor. Selon le secteur de l'habillement, le marché du vêtement d'occasion est estimé en France à un milliard d'euros.

franceinfo : Pourquoi les Français participent-ils à des brocantes et des vide- greniers aujourd'hui ?

Pascale Hebel : Ce qui s'est beaucoup développé, ce sont les achats d'occasion : près de la moitié des Français ont, dans l'année, déjà acheté un bien d'occasion. Et depuis une dizaine d'années, on à la fois de plus en plus de brocantes et l'aide de sites, le fait que les gens soient connectés. La brocante apporte du lien social et certains sites comme Le Bon coin vont aller dans ce sens et créer de la rencontre. Ce concept se développe parce qu'il y a, en premier lieu, un besoin d'objets moins chers, pour des objets qui surtout ont une vie très courte, notamment sur le marché des enfants, les habits, les jouets. Il y a donc une nécessité économique. Le deuxième facteur, c'est le lien au développement durable, à l'écologie. Donner une seconde vie aux objets et acheter des produits d'occasion, ça pèse moins sur la planète. Plus l'objet est gros, plus il y a un intérêt pour la planète, et cette conscience écologique s'est développée. Et puis la norme évolue : ce sont vraiment les plus jeunes qui ont envie de changer la façon de consommer. Dans le secteur de l'habillement, ça pèse sur les marchés du neuf [selon les enquêtes de l'Institut français de la mode, le pourcentage de Français qui déclarent avoir acheté des vêtements d'occasion a doublé entre 2010 et 2018, pour atteindre 30%].

Quand vous dites que les brocantes les vide-greniers se sont beaucoup développés, cela a plus que doublé en une dizaine d'années…

C'est énorme : la proportion de Français qui achète d'occasion est passée de 25% à 48% entre 2009 et 2018.

C'est une économie circulaire qui échappe à l'Etat ?

Oui, bien sûr, ça échappe. Un objet neuf est déjà soumis à une TVA. Quand il est revendu, faut-il repayer une TVA, faut-il redonner de l'argent à l'Etat ? Sur la voiture, qui est un bien qui existe en occasion depuis très longtemps, les taxes sont payées. Mais cela va toucher un marché plus grand, donc, en termes d'économie, c'est un chiffre d'affaires qui est plus important.

A-t-on une idée de l'ampleur des flux financiers ?

Il y a des estimations [le marché de l'habillement est évalué à un milliard d'euros en 2018, selon l'Institut français de la mode]. De plus en plus, chez les jeunes, on arrive à renouveler sa garde-robe en allant sur des brocantes ou sur des sites pour changer de vêtements. Une conscience écologique pousse à aller vers ça et une partie de la population, une certaine élite, va vers ces achats d'occasion non pas pour des raisons économiques mais pour se distinguer par un geste pour la planète.

C'est une façon de se donner bonne conscience ?

Tout à fait. Ce qu'on a pu montrer, c'est cette recherche de bonne conscience par rapport à d'autres gestes qu'on peut moins contrôler, comme prendre l'avion par exemple. Et, finalement, on fait ces petits gestes et on a l'impression d'être plus altruiste et de pouvoir compenser.