Retour de la Fashion Week féminine fin septembre à Paris : virtuel ou présentiel, les deux camps s'affrontent

Les Fashions Weeks parisiennes s'organisent : elles sont revenues en juillet, dans un premier temps, en mode virtuel. Pour la rentrée, la Fashion Week féminine printemps-été 2021 aura bien lieu du 28 septembre au 6 octobre mais la formule n'est pas encore définie.

Paris Fashion Week automne-hiver 2020-21, en mars 2020 : attente du show Givenchy
Paris Fashion Week automne-hiver 2020-21, en mars 2020 : attente du show Givenchy (PIXELFORMULA/SIPA)

La Paris Fashion Week féminine printemps-été 2021 se tiendra à Paris du 28 septembre au 6 octobre 2020 sous une forme qui se conformera aux recommandations officielles face à l'épidémie du coronavirus, a annoncé, en juin, la Fédération de la Haute Couture et de la Mode. Son organisation sera complétée par le dispositif déployé pour la Paris Fashion Week® online.

La Fashion Week masculine printemps-été 2021 ainsi que la haute couture automne-hiver 2020-21 se sont déroulées en juillet en ligne pour la première fois de leur histoire. Sous forme de films, elles ont été diffusés sur des plateformes dédiées en remplacement de la semaine du prêt-à-porter masculin (programmée du 23 au 28 juin) et de la semaine de la haute couture (prévue du 5 au 9 juillet), annulées en raison de la pandémie de Covid-19.

La crise sanitaire a poussé la mode à captiver autrement

Un exercice nouveau pour les designers visiblement bouleversés par les changements induits par l'épidémie. Une façon de raconter la mode, inédite, qui en a séduit certains tandis que d’autres rêvent du retour des shows sur les podiums.

Seule certitude pour l'instant: la maison Saint Laurent a pris la décision de repenser son approche au temps et d'instaurer son propre calendrier. "Consciente des changements radicaux induits par l'épidémie de coronavirus, la maison du luxe Saint Laurent se retire du calendrier des Fashions Weeks de 2020 et présentera les collections à son rythme", avait annoncé en avril son directeur artistique Anthony Vaccarello.

Sans défilé pour la première fois de son histoire mais avec de hautes ambitions artistiques, la semaine de la mode virtuelle a bravé avec créativité la dépression post-Covid-19. Elle a poussé les créateurs, privés de l'adrénaline des défilés, à captiver le public autrement.

Pour la haute couture, évènement exclusivement parisien qui promeut le fait main et les savoir-faire rares, chaque maison faisant partie du calendrier officiel de la Fédération de la Haute Couture et de la Mode a dévoilé sa collection via des films.

"Le confinement, c'était pour moi le moment d'une grande réflexion et de nettoyage du système mode où il se passe parfois trop de choses", avait confié le créateur Italien Maurizio Galante. Pour lui, la mode en ligne est "une grande opportunité pour faire passer des messages à un public qui sera concentré sur les images plutôt que de regarder qui est assis au premier rang", celui réservé aux célébrités, un élément glamour qui fait en grande partie le défilé. Si le couturier associe les défilés au théâtre, regarder les clips c'est comme aller au cinéma et être "plutôt détaché", deux arts avec "leurs langages complètement différents".

Pour la créatrice vietnamienne Xuan Thu Nguyen la "vidéo artistique" de sa marque Xuan, plutôt que de montrer toute la collection, offrait "un teasing" pour entraîner les spectateurs dans un univers. "Je peux vivre sans les défilés pendant un moment même si je pense que cela finira par me manquer", avait-t-elle expliqué.

La mode numérique permet d'avoir "une vision globale du marché"

La mode numérique n'est pas une "solution miracle" mais pour l'instant c'est "le seul moyen" de montrer le travail de création et faire rebondir le secteur, a estimé Gilles Lasbordes, directeur général de Première Vision, salon de l'amont de la filière de la mode. "Il faut que la machine reparte", a-t-il déclaré en rappelant que le processus est long. Il se passe un an entre la présentation de tissus et accessoires au salon et la vente de produits faits avec, et six mois entre le défilé et l'arrivée de vêtements en boutique. Pour lui, cette parenthèse imposée par l'épidémie pourrait être "intellectuellement intéressante pour des créateurs", qui trouveront de nouvelles formes pour valoriser leur travail d'autant plus que la consommation de la mode en ligne ne cesse d'augmenter.

Pour les petites marques, la Fashion Week en ligne peut présenter des avantages, a souligné Laurent Coulier, acheteur des collections homme des grands magasins français Galeries Lafayette et BHV Marais. "En terme de gain de temps, c'est extrêmement intéressant. Cela nous permet de voir des collections toutes les demi-heures et pouvoir les voir toutes. Avec les défilés, il est difficile d'avoir une vision globale du marché (...) Il y a des marques avec lesquelles on ne collabore pas et cela peut donner envie de les découvrir".

Pour les marques connues, c'est l'occasion de faire preuve d'originalité, selon cet acheteur, qui cite l'exemple de la présentation de Y/Project montrant comment porter le même vêtement "transformé" de manières différentes. "Ce qui est un peu perdu", concède-t-il, "c'est le ressenti personnel qu'on peut avoir quand on est invité dans un endroit en particulier" pour le défilé 

"Rendez-moi le podium" 

La mode a présenté le peu de tenues que les créateurs ont eu le temps de concevoir après le confinement dans des vidéos "créatives". Une bonne chose, selon les professionnels : elles sont accessibles à tous, au-delà du petit monde des privilégiés invités aux défilés. Mais les films n'ont pas convaincu les critiques nostalgiques de l'émotion du "vrai" défilé. On a vu des "courts métrages, clips musicaux, bandes annonces, publicités de parfums. Quelques vêtements, aussi", a ironisé Vanessa Friedman dans le New York Times. "Mais honnêtement, rendez-moi le podium. Même si je n'avais jamais pensé écrire une chose pareille", a souligné la critique de mode. 

"Cette semaine de la mode numérique rend le modèle du vrai show pertinent, voire essentiel". "Je suis entièrement numérique mais pour moi ce n'est pas bon", a déclaré la critique Diane Pernet qui dirige également le festival ASVOFF du film de mode. "C'est très important d'avoir un show, parce que le luxe, c'est de l'émotion, et rien n'apporte autant d'émotion qu'un défilé de mode en direct dans lequel on ressent l'électricité du moment créatif", a expliqué le PDG de Dior Pietro Beccari.

"Je suis un grand défenseur des défilés traditionnels. Tout ce qu'on peut apporter à travers des défilés me manque terriblement. Même si je suis très fier du documentaire qu'on a fait, cela ne remplace aucunement l'émotion", a indiqué Kris Van Assche, le directeur artistique de Berluti. 

"Les défilés doivent revenir : les vêtements, leur tombé, les tissus doivent être vus", a conclu Paul García, fondateur de la société espagnole de vêtements pour hommes Oteyza.