Il dynamite les codes, popularise le mannequin atypique, métamorphose les stars : Jean Paul Gaultier, agitateur de mode

Cinquante ans après ses débuts chez Pierre Cardin, Jean Paul Gaultier annonce pour son dernier défilé haute couture printemps-été 2020, un spectacle magistral. Ce sera le 22 janvier au Théâtre du Châtelet. Retour sur la carrière de cet anticonformiste.

Jean Paul Gaultier présente sa collection automne-hiver 2016-2017 haute couture à Paris en 2016. 
Jean Paul Gaultier présente sa collection automne-hiver 2016-2017 haute couture à Paris en 2016.  (BERTRAND GUAY / AFP)

Le maestro de la mode s'apprête à tirer sa révérence. Jean Paul Gaultier l'a annoncé sur les réseaux sociaux : son défilé haute couture du 22 janvier sera son dernier. Mais attention, ça ne veut pas dire que le couturier prend sa retraite ! 

"Il est toujours dans l'action", affirme Sophie de Champsavin, rédactrice en chef de Paris Modes à France Télévisions. "Quand il a arrêté le prêt-à-porter, il a continué des collaborations. Il s'est toujours intéressé à plein de choses et il a continué à créer." Cela reste un adieu que fait le couturier aux podiums haute couture, un univers qu'il n'a cessé de bousculer en cinquante ans de carrière. 

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Son premier mannequin : un nounours 

Né en 1952 à Arcueil (Val-de-Marne) dans un milieu modeste, il a une relation privilégiée avec sa grand-mère, qui l'incite à exprimer sa créativité. "Le premier corset que j'ai vu de ma vie, c'était chez elle et c'est devenu obsessionnel", confie-t-il. Enfant, Jean Paul Gaultier s'amuse à habiller et maquiller son ours en peluche, Nana, qu'il affublera même de seins coniques.

Nana, le nounours de Jean Paul Gaultier présenté au Grand Palais en 2015. 
Nana, le nounours de Jean Paul Gaultier présenté au Grand Palais en 2015.  (MICHEL EULER/AP/SIPA / AP)

Marqué par les spectacles des Folies Bergère, le petit Jean Paul dessine sur ses cahiers d'écolier des femmes costumées de plumes. "Pour le punir, la maîtresse a décidé de lui épingler son dessin dans le dos et de le faire marcher dans le couloir devant toutes les classes. Lui, je me rappelle, il n'était pas honteux, mais fier. Ça a été sans doute son premier défilé de mode", se remémore l'écrivain Jean Teulé, un ami d'enfance.

Son premier maître : Pierre Cardin

En 1970, à seulement 18 ans, Jean Paul Gaultier fait ses premiers pas chez Pierre Cardin, sans avoir fait d'école de mode. Le grand couturier l'a remarqué pour ses dessins aux couleurs éclatantes. Après un passage chez Jacques Esterel et Jean Patou, Jean Paul Gaultier lance sa première collection de prêt-à-porter en 1976, avec un défilé au Palais de la Découverte, mais ne rencontre pas le succès escompté. Le jeune couturier hésite alors à tout abandonner. Mais la maison Kashiyama lui commande une ligne de vêtements. Une opportunité qui va lancer la carrière du créateur.

Un des premiers à faire défiler des mannequins atypiques

Dans les années 1980, Jean Paul Gaultier devient incontournable. En 1983, il présente sur les podiums sa marinière, une pièce qui devient un classique de sa garde-robe et qu'il ne cessera de réinventer. Deux ans plus tard, il crée l'événement en faisant défiler des hommes en jupe pour "montrer des hommes sensibles, des hommes fragiles", explique-t-il. Son mantra : "les vêtements n'ont pas de sexe". Il poursuit cette réflexion tout au long de sa carrière, cherchant à effacer les frontières entre les genres.

Pour sa collection haute couture automne-hiver 2018-2019, il présente des hommes et des femmes, torses et seins apparents. "Les hommes ont le droit d'être torse nu, pourquoi les femmes n'en auraient-elles pas le droit ?", questionne-t-il. Réfutant le qualificatif de "provocateur", Jean Paul Gaultier se définit comme un "contestataire". Il fait de son anticonformiste une marque de fabrique. Sur les podiums, ses mannequins sont brunes quand la mode est aux blondes, il fait défiler des femmes âgées quand la jeunesse est une norme et des rondes alors que l'industrie ne jure que par la minceur. Il passe même une petite annonce dans Libération : "Créateur non conforme cherche mannequins atypiques. Gueule cassées ne pas s'abstenir". Le créateur révolutionne la haute couture avec ses défilés spectaculaires.

Le premier à métamorphoser Madonna, Mylène Farmer, Lady Gaga

Son coup de maître : le corset aux seins coniques, devenu iconique porté par Madonna lors de sa tournée Blond Ambition de 1990. Jean Paul Gaultier fonde sa maison de haute couture en 1997 et continue d'habiller des stars, comme Mylène Farmer et Lady Gaga. Arielle Dombasle, qui a porté les seins pointus pendant ses concerts, se souvient : "habillée par Jean Paul, j'avais l'impression d'étinceler". "Il bouillonnait d'idées, c'est incroyable de le voir créer", raconte Anggun, qui a porté du Jean Paul Gaultier lors de sa participation à l'Eurovision.

Jean Paul Gaultier lors de la rétrospective au Grand Palais en 2015. 
Jean Paul Gaultier lors de la rétrospective au Grand Palais en 2015.  (MICHEL EULER/AP/SIPA / AP)

Touche à tout, il se lance dans le parfum, la maroquinerie et même les vêtements pour bébés. Le couturier collabore avec des marques grand public comme La Redoute, la chaîne américaine Target et plus récemment, il signe une collection avec la marque de streetwear Supreme. Il crée également des costumes pour le théâtre et de films comme Le Cinquième élément de Luc Besson et La Mauvaise éducation de Pedro Almodovar. Jean Paul Gaultier est honoré en 2015 par le Grand Palais, qui lui organise une rétrospective. Une consécration pour le créateur, devenu un symbole de la culture française.