Grace Wales Bonner, créatrice londonienne portée par la grâce à la London Fashion Week

A 29 ans, Grace Wales Bonner est l'une des créatrices londoniennes les plus prometteuses, explorant dans sa marque éponyme l'identité masculine noire avec des looks qui ont tapé dans l'oeil de célébrités comme Meghan Markle.

Défilé Grace Wales Bonner ah 2020-21 à la London Fashion Week, le 5 janvier 2020
Défilé Grace Wales Bonner ah 2020-21 à la London Fashion Week, le 5 janvier 2020 (TABATHA FIREMAN/BFC / GETTY IMAGES EUROPE)

Avec sa collection automne-hiver 2020-21 présentée le 5 janvier dans le cadre de la London Fashion Week masculine, Grace Wales Bonner, fille d'un Jamaïcain et d'une Anglaise, a rendu hommage à ses origines, explorant la génération des Britanniques issue des Caraïbes vivant à Londres dans les années 1970.

"Je me suis intéressée à la façon dont les jeunes et les gens embrassent les traditions britanniques mais aussi construisent leurs identités et leurs liens avec les Caraïbes. C'est aussi une exploration du multiculturalisme au Royaume-Uni à cette époque", a expliqué la styliste à l'AFP.

Défilé Grace Wales Bonner ah 2020-21 à la London Fashion Week, le 5 janvier 2020
Défilé Grace Wales Bonner ah 2020-21 à la London Fashion Week, le 5 janvier 2020 (TABATHA FIREMAN/BFC / GETTY IMAGES EUROPE)

Une collection inspirée de la communauté afro-caribéenne britannique

Baptisée Lover's rock, du nom d'un style de reggae romantique né dans la capitale britannique à cette époque, la collection s'inspire d'un reportage du photographe John Goto sur la communauté afro-caribéenne britannique gravitant autour d'un centre communautaire de Lewisham dans le sud-est de Londres. Elle puise aussi dans l'histoire personnelle de la créatrice.

"C'était en quelque sorte une collection inévitable pour moi. C'est comme si je revenais à la maison", a expliqué Grace Wales Bonner, qui a grandi entre Stockwell et Dulwich, dans le sud de Londres.

Les coupes rappellent le Savile Row, prestigieuse rue des tailleurs londoniens synonyme du chic anglais, des années 1960. Les symboles caribéens comme ces boutons dorés sur un caban en sergé, sont exhibés avec fierté. Le métissage se loge aussi dans des bonnets aux couleurs de la Jamaïque faits à la main en laine Shetland, so british. Grace Wales Bonner explique s'être amusée à "bousculer un peu" des matières "très traditionnelles, très reconnaissables". La créatrice a aussi réinterprété les oeuvres de Frank Bowling, peintre abstrait britannique né en Guyana à qui le musée londonien de la Tate Modern a consacré une rétrospective l'été 2019. Les tableaux colorés Swan I et II deviennent des imprimés sur des chemises en soie, le cygne symbolisant le désir irrépressible de liberté.

Défilé Grace Wales Bonner ah 2020-21 à la London Fashion Week, le 5 janvier 2020
Défilé Grace Wales Bonner ah 2020-21 à la London Fashion Week, le 5 janvier 2020 (NIKLAS HALLE'N / AFP)

Porté par un sound system impressionant, le défilé évoque une fête de famille ou de quartier, le public, parmi lequel des membres jeunes et vieux de la communauté caribéenne prenant place autour de tables rondes en sirotant une boisson à l'hibiscus.

Prix LVMH du jeune créateur 2016

A peine diplômée de l'école londonienne Central Saint Martins, en 2014, Grace Wales Bonner s'est fait remarquer et sa collection de fin d'études, baptisée "Afrique", remporte le L'Oréal Professionnal Talent Awards. Sa première collection Automne-hiver 2015, "Ebonics", est acclamée par la critique.

Grace Wales Bonner créatrice de la marque Wales Bonner, le 5 janvier 2020 à Londres lors de la Fashion Week masculine 
Grace Wales Bonner créatrice de la marque Wales Bonner, le 5 janvier 2020 à Londres lors de la Fashion Week masculine  (NIKLAS HALLE'N / AFP)

Elle reçoit en 2015 le prix de meilleure jeune talent collections homme aux Fashion awards, récompenses de la mode britannique. En 2016, un jury de grands noms de la mode, dont Karl Lagerfeld, Marc Jacobs et Nicolas Ghesquière lui attribue le prix LVMH 2016 du jeune créateur, coup de pouce bienvenu pour développer sa marque. La jeune Anglaise avait présenté au jury une collection évoquant le couronnement en 1930 de l'empereur d'Éthiopie Haïlé Sélassié, avec des vêtements ornés de broderies ou dotés de détails au crochet.

Robe blanche de Meghan Markle

Autre coup de pub : en mai 2019, l'épouse du prince Harry, Meghan Markle, a choisi une de ses créations, une robe blanche sans manche façon trench, pour présenter leur nouveau-né, Archie, sous les objectifs des photographes. "Cela a clairement apporté plus de visibilité", a témoigné la styliste, saluant le geste généreux de la duchesse de Sussex. "Je trouve que c'est génial la façon dont elle utilise sa popularité pour soutenir d'autres gens, d'autres femmes. Elle a été très intelligente et ses intentions semblent très généreuses et sincères".

Passionnée par les questions d'identité et de représentations, piochant ses idées dans l'art, la littérature, la musique ou l'histoire de la culture noire, Grace Wales Bonner dit avoir trouvé dans la mode "le moyen le plus facile et le plus direct pour moi de communiquer". Admirative de Phoebe Philo et de Coco Chanel, elle explique "toujours rechercher une vision très belle, raffinée, de la masculinité".