Fini le décalage, plusieurs créateurs de mode étrangers s'engagent à présenter des vêtements de saison

Dans une industrie de la mode dont le moteur est la nouveauté, attendre des mois pour se procurer les collections présentées lors des Fashion Weeks s'avère une frustration. Plusieurs maisons de prêt-à-porter étrangères s'engagent à présenter désormais des vêtements de saison dans leurs collections. 

Défilé Saint Laurent printemps-été 2020 le 24 septembre 2019 à Paris 
Défilé Saint Laurent printemps-été 2020 le 24 septembre 2019 à Paris  (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Plusieurs maisons de prêt-à-porter, telles Tory Burch, Thom Browne, Proenza Schouler ou Dries Van Noten se sont engagées à présenter désormais des vêtements de saison dans leurs collections et renoncer ainsi au décalage traditionnel de six mois.

L'engagement, formalisé dans une lettre ouverte publiée le 12 mai, vise à adopter une démarche plus respectueuse de l'environnement mais aussi alignée avec les besoins des clients. "L'environnement actuel, bien que difficile, est l'occasion d'un changement fondamental et bienvenu", ont indiqué les auteurs de cette lettre ouverte où les signataires se sont engagés à réduire leurs stocks ainsi que les quantités de matières non utilisées. 

Une réflexion est en cours pour revoir le fonctionnement et l'organisation des défilés.

Un décalage de saison déjà enclenché en 2016

Historiquement, le décalage de six mois entre la présentation d'une collection et la saison considérée était lié aux délais de fabrication. Le concept a déjà été bousculé ces dernières années, principalement avec l'arrivée du phénomène "See now buy now" (voir et acheter), qui consiste pour les designers à mettre en vente les vêtements directement après le défilé pour satisfaire les consommateurs exigeants. 

En 2016, sur les podiums londoniens, Topshop et Burberry avaient déjà sauté le pas. Ce mode de présentation a été décliné également par Tommy Hilfiger, Ralph Lauren, Tom Ford, entre autres. 

Lors de la Fashion Week de Milan en février 2016, Giorgio Armani était allé dans ce sens. "Je pense qu'une révision des calendriers est en quelque sorte souhaitable : les temps, et non seulement la révolution numérique, l'exigent. Cependant, je pense qu'il est trop tôt pour être emporté par l'enthousiasme du see-now-buy-now : pour que cette révolution soit efficace et permanente, il sera nécessaire d'intervenir à chaque étape du développement afin de créer un mécanisme opérationnel, et pas une simple et énième opération de communication". 

Mais Paris voyait les choses autrement. En mars 2016 à quelques jours de la PFW, des grands noms de la couture française avaient dit non à une éventuelle modification du calendrier des défilés parisiens. Même si certains estimaient alors que la refonte du système permettrait de couper court aux copies des enseignes de fast fashion, pour d'autres "faire des produits plus difficiles à imiter, créer un design à valeur ajoutée" était la solution.

lnterrogé, en avril dernier, Maurizio Galante qui présente ses collections de haute couture à Paris évoquant l'après-confinement avait déclaré "Après cette expérience de Covid-19, je pense que nous allons retourner à seulement quatre collections de prêt-à-porter et deux présentations de haute couture chaque année. Cela va permettre de balayer toutes les collections croisières, les troisièmes lignes, les quatrièmes lignes, les cinquièmes lignes… On a compris que la mode, comme l'art, a besoin de temps et de plaisir pour créer : il y aura une vraie révolution de créativité et d'idée dans l'univers de la mode, pas un copier/coller comme ce qu'on a connu durant ces dernières années. On analysera de manière plus attentive la fabrication et la provenance des produits, il y aura une vraie recherche de produits nationaux et de qualité".