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"Elle témoigne de l’âge d’or de la Dolce Vita romaine" : la vente exceptionnelle de la garde-robe de Claudia Cardinale

La vente "Claudia Cardinale, L’étoffe d’une diva" chez Sotheby's (vente online jusqu'au 9 juillet) rend hommage à la mode à l’italienne des années 1950 aux années 1980. Paris n’avait plus le monopole du style et les couturiers italiens commençaient à s’affirmer.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Temps de lecture : 5 min.
Modèles Nina Ricci (de gauche à droite) : robe de cocktail noire, robe longue haute couture automne-hiver 1963-64, manteau en soie haute couture automne-hiver 1964-65, et robe longue blanche (SOTHEBY'S/ART DIGITAL STUDIO)

Sotheby’s propose à la vente la garde-robe de Claudia Cardinale. Icône glamour des années 1960 et actrice internationale, on la connaît moins comme amatrice de mode. Cette vente est un hommage à la mode à l’italienne de la fin des années 1950 au début des années 1980, époque pendant laquelle Paris n’a plus le monopole du style et où les couturiers italiens commencent à s’affirmer.

Elle propose 130 modèles haute couture ou prêt-à-porter dessinés par les plus grands créateurs italiens - Emilio Schuberth, Roberto Capucci, Irene Galitzine, Barocco et Balestra - mais aussi par la maison parisienne Nina Ricci qui habilla l’actrice régulièrement durant les années 1960.

"Nous avons pris conscience que ces robes montrent un chapitre d'histoire, non pas la mienne mais celle de la femme. On sent, je crois, cette libération, des femmes de ma génération", a expliqué Claudia Cardinale à l'AFP.

L'actrice Claudia Cardinale en 1964 à Berlin (Allemagne) (ULLSTEIN BILD BY HEINZ KOSTER)

Des modèles portés dans les films 

"Je suis fier en tant qu’Italien de mettre en vente la collection d’une si grande star italienne. Cette vente sera ainsi l’occasion d’acquérir les modèles portés par l’actrice dans sa vie quotidienne, pour certains de ses grands rôles ou lors d’évènements cinématographiques internationaux : Academy Awards de Los Angeles, Mostra de Venise, Festival de Cannes et Berlinale… ", a indiqué Mario Tavella, Président-directeur général Sotheby’s France et Chairman Sotheby’s Europe.

Les pièces les plus emblématiques : un fourreau recouvert de sequins noirs et bordé de fleurs brodées roses et bleues Nina Ricci (haute couture automne-hiver 1963-1964) que l’actrice revêt lors des 37th Academy Awards à Los Angeles en 1965. D’autres pièces font revivre les grands rôles de Claudia Cardinale, à l’époque où elle connaît une renommée internationale : Le Cocu Magnifique d’Antonio Pietrangeli (1964) pour lequel elle est habillée d’une robe de cocktail bordée de pétales noirs griffée Nina Ricci ; Un couple pas ordinaire de Francesco Maselli (1968), où l’actrice vêtue d’un manteau en cuir fermé par des brides, partage l’affiche avec Rock Hudson ; et Les Centurions de Mark Robson (1965) dans lequel Claudia Cardinale en maillot de bain noir griffé Cole of California, retrouve son partenaire du Guépard, Alain Delon.

Roberto Capucci haute couture : manteau à petit col montant, jaune paille, entièrement brodé de rayures de perles tubulaires argentées. Estimation : 4 000-6 000 euros pour la vente Sotheby's de juin 2019. (SOTHEBY'S/ART DIGITAL STUDIO)

La spécialiste mode de Sotheby's explique l'importance de cette vente

Julia Guillon, consultante pour Sotheby’s et spécialiste en mode, nous explique l’importance de cette vente.

Pourquoi cette vente est-elle exceptionnelle ?
Julia Guillon : Cette vente est exceptionnelle par la provenance des pièces qu’elle comprend à laquelle s’ajoutent la personnalité et la carrière de Claudia Cardinale. Elle témoigne à la fois de l’âge d’or de la Dolce Vita romaine et du cinéma italien à l’ère de Cinecittà. Elle illustre les liens entre la mode et le cinéma, par les vêtements portés par l’actrice dans ses films ou à l’occasion de grands festivals tels que le Festival de Cannes, la Mostra de Venise, les Oscars à Hollywood ou la Berlinale. Mais cette vente est aussi représentative de la vie d’une diva et propose en parallèle de ces pièces glamour celles portées dans sa vie privée. Ces dernières reflètent une manière de s’habiller plus libre et plus moderne, emblématique des années 1960 et 1970 : ensembles-pantalons, kimonos, robes d’intérieur et pièces chinées à travers le monde… La brillante carrière de Claudia Cardinale, sa photogénie exceptionnelle et la riche iconographie dont elle fait l’objet, permettent en outre de documenter toutes ces pièces et de les resituer dans la carrière et la vie de l’actrice, et de mettre en lumière leur valeur patrimoniale.

Livia haute couture, robe longue en organza fuchsia foncé entièrement brodé de motifs floraux en fil de coton ton sur ton. Estimation : 3 000-4 000 €. Claudia Cardinale a porté cette robe au Festival de Cannes en mai 1961 pour la projection du film "La ragazza con la valigia" de Valerio Zurlini. (SOTHEBY'S/ART DIGITAL STUDIO)

Quelles sont les pièces les plus étonnantes ? 
Cette vente est véritablement un hommage aux couturiers italiens auprès de qui l’actrice choisissait majoritairement ses modèles. Un certain nombre d’entre eux ont d’ailleurs été créés spécialement pour elle, comme la robe en guipure de style "Intagli", créée en version couture par Germana Marucelli au printemps 1961, ou certains griffés Roberto Capucci. On connaît ce couturier pour ses pièces en volume, colorées à dimension architecturale. Dans cette garde-robe, nous puisons aux origines du style Capucci avec des modèles sobres et épurés, aux teintes plutôt neutres mais aussi des pièces richement brodées…Les pièces griffées Irene Galitzine, Emilio Schuberth ou encore Lancetti viennent également compléter ce riche ensemble et affirment l’importance de la couture italienne dans l’histoire de la mode. Cette garde-robe propose aussi un bel ensemble de pièces Nina Ricci, datées des années 1960, à l’époque où l’actrice avait eu un coup de foudre pour cette maison, en particulier des modèles de grand soir pour participer aux festivals de cinéma. La surprise dans cette garde-robe est la gamme chromatique vive et variée, sublimée par la beauté méditerranéenne de Claudia Cardinale.

Irène Galitzine haute couture pour ce palazzo pyjama en shantung de soie ivoire constitué d'une blouse au col brodé de strass, cabochons et franges de perles argentées, et d'un pantalon droit. Estimation : 3 500-5 000 €. Claudia Cardinale porte un Palazzo pyjama dans le film La Panthère Rose de Blake Edwards (1963). Le modèle présenté ici provient probablement de la garde-robe du film prévue pour l'actrice. (SOTHEBY'S/ART DIGITAL STUDIO)

Les ventes de vêtements occupent-elles la même place que celles de sacs, désormais très cotés ?
Notre spécialité chez Sotheby’s dans ce domaine se concentre sur les collections de mode prestigieuses. D’un point de vue plus général, le marché des ventes mode et celui des ventes de sacs vintage sont distincts : les sacs, destinés à être portés, s’adressent souvent à une clientèle privée tandis que nos ventes de collections de mode s’adressent surtout à des musées et des collectionneurs internationaux, et dans une moindre mesure à des clientes privées. Il existe d’ailleurs différents segments sur ce marché, haute couture ou de prêt-à-porter, intérêt historique et valeur des pièces qui peuvent aller de quelques dizaines d’euros à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Sotheby’s a vocation de présenter des collections de mode haut de gamme, en accordant le même soin aux pièces de mode qu’aux autres œuvres d’art. Cette expertise et le rayonnement international de la maison sont de véritables atouts pour valoriser leur dimension patrimoniale. Et la place de Paris s’impose comme une évidence au regard de son statut historique comme capitale de la mode.

Emilio Schuberth haute couture printemps-été 1959. Robe du soir courte en satin ivoire avec application de motifs floraux rebrodés de sequins roses et verts. Estimation : 4 000-6 000 €  (WESTIMAGE - ART DIGITAL STUDIO)

En quoi cette vente Claudia Cardinale se distingue des autres ?
La vente de la garde-robe de Claudia Cardinale est un projet fantastique car elle nous donne l’opportunité de présenter à Paris la garde-robe d’une actrice comprenant de pièces créées majoritairement par des couturiers italiens dans les années 1960-1970. Évènement inédit à Paris compte tenu de la prééminence historique française sur la scène internationale de la haute couture, cette vente permet de présenter des pièces de l’âge d’or de la couture italienne, à l’époque où les couturiers italiens s’affranchissent des modèles parisiens et œuvrent à un style plus spécifiquement italien.

Nina Ricci par Gérard Pipart haute couture automne-hiver 1964-1965. Manteau ajusté en broché de soie turquoise bordé de fourrure noire et fermé par une large boucle bijou ornée de cabochons turquoise. Estimation : 5 000-7 000 €. Claudia Cardinale porte ce manteau en couverture du magazine italien Noi Donne du 9 décembre 1967. (SOTHEBY'S/ART DIGITAL STUDIO)

"Claudia Cardinale. L’étoffe d’une diva". Vente online jusqu'au 9 juillet. Exposition de la vente Sotheby’s Paris du 2 au 4 juillet au 76 faubourg Saint-Honoré.

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