Rencontre avec Mathilde Castello Branco, le nouveau souffle de la maison Weill

Pionnière du prêt-à-porter dans les années 1950, la maison Weill a pris un nouvel élan avec Mathilde Castello Branco. La griffe parisienne - fondée en 1892 - a même présenté sa collection automne-hiver 2019-20 lors du premier défilé de son histoire en janvier 2019 à Paris. Rencontre avec sa Directrice Artistique.

La créatrice de Weill, Mathilde Castello Branco
La créatrice de Weill, Mathilde Castello Branco (Julio Piatti)

Mathilde Castello Branco, la Directrice Artistique, est sensible à l’institution familiale qu’est Weill, à la richesse de l'histoire et des savoir-faire de cette maison fondée en 1892 par Albert Weill, confectionneur. Cette marque de mode française familiale - dont le logo "la calèche" et son slogan "Weill vous va" - devient vite indissociable de l’élégance et du chic parisiens : dans les années 60, deux femmes sur trois raffolent de ses petits manteaux élégants et de ses tailleurs au tombé impeccable. 

Depuis fin 2017, la créatrice franco-brésilienne donne un nouveau souffle au prêt-à-porter et modernise ses codes : "J’aime la surprise : le détail qu’on n’attend pas, la coupe réinventée de manière singulière, les mélanges imprévus qui créent l’étonnement et donnent du caractère à la silhouette". Le tout, avec subtilité "je revendique l’idée d’un style qui bouscule mais ne heurte pas."


Comment Weill s'adapte aux nouvelles attentes féminines ? 

"Weill est une marque qui a résisté au temps depuis 1892. Elle est restée 100% familiale et donc française. Pour moi elle est là la différence majeure. C’est ce qui la rend si moderne, elle est comme une Marianne, offrant une garde-robe  luxueuse mais plus abordable et offrant aux femmes du confort, de la qualité, et un twist chaque fois plus moderne" explique Mathilde Castello Branco.

Weill automne-hiver 2019-20 au Ritz à Paris, en janvier 2019
Weill automne-hiver 2019-20 au Ritz à Paris, en janvier 2019 (Courtesy of Weill)


Quelle est la pièce préférée de votre collection pour l'été 2019 ?

"Il y en a deux. Le trench entièrement dessiné à la main avec la thématique d’un homme et une femme de Lelouch : une ford Mustang dessinée sur le bas volet avec des phares en diamants. Des chaines rappelant le chrome de la voiture, des billets et des jetons de casino de Deauville débordant des poches.

Mais aussi la robe longue en coton, à rayures marinières, avec manchettes et boutons de manchettes, un casual chic assuré !"

Les 2 pièces préférées de Mathilde Castello-Branco pour le printemps-été 2019
Les 2 pièces préférées de Mathilde Castello-Branco pour le printemps-été 2019 (Courtesy of Weil)

Pourquoi faire défiler la collection automne-hiver 2019-20 ? 

La créatrice a imaginé cette collection comme une lettre d’amour au cinéma français des années 1960 et à la Nouvelle Vague en particulier, lors du premier défilé de l'histoire de la maison qui s'est tenu en janvier 2019 au Ritz à Paris. Un vestiaire pour lequel elle a souhaité "une rencontre entre Catherine Deneuve et Jean Seberg".

"Pour ce premier défilé qui met en lumière la collection automne-hiver 2019-20, nous voulions un écrin intime et chic pour la marque et ce défilé au Ritz dans le salon d’été nous a paru comme une évidence" indique Mathilde Castello Branco.

La trentaine de silhouettes s'intègrent dans le dressing d’une Parisienne contemporaine, offrant un équilibre entre élégance nonchalante et sophistication d’aujourd’hui.

Quel couturier vous a marqué au cours de votre carrière ?

Créatrice franco-brésilienne, Mathilde Castello Branco a suivi des études de mode à Paris avant de commencer sa carrière au sein du studio prêt-à-porter féminin d’Hermès, sous l’égide de Martin Margiela. Elle a ensuite passé dix ans chez Lanvin, aux côtés d’Alber Elbaz, avant de se voir confier la direction artistique de la marque Azzaro. Elle affectionne "Madame Grès pour la technique des plissés plus francs tellement uniques et Monsieur Yves Saint Laurent pour la perfection de sa coupe. Pour elle : "ce sont les deux créateurs qui ont marqué l'histoire de la mode".
Yves Saint Laurent en 1977
Yves Saint Laurent en 1977 (GettyImages)

Nouvel élan créatif, nouveau élan architectural

La restructuration du siège située à Montmartre débutée en 2014 est une illustration de l'ambition de cette maison d’être en phase avec son époque. Cette ancienne manufacture, ancrage parisien de Weill, a été construite par Albert et Robert Weill en 1922 au coeur du Marché Saint Pierre. Elle fut d’abord un immeuble industriel, l’un des plus grands ateliers de Paris. Elle a évolué en même temps que Weill en s’agrandissant de deux étages au fil des années. 

L’architecte Jacques Moussafir, en charge du projet de restructuration, a orchestré le travail de démolition et de reconstruction des deux derniers étages, ainsi que l’agrandissement de l’espace sur la cour intérieure grâce à une structure métallique vitrée. Il a joué avec les volumes et les échelles en explorant le rapport intérieur/extérieur avec des ouvertures créées de part et d’autre de l’immeuble pour offrir des vues sur les toits de Paris et le Sacré-Coeur. La contemporanéité de la nouvelle structure fait écho au travail du cabinet d'architecture Humbert & Poyet, déjà en charge des boutiques de la marque. Le cabinet de design a créé une atmosphère contemporaine en respectant les signes du temps. Le Hall d’entrée tout comme le showroom font écho à l’empreinte du décorateur Paul Dupré Lafon qui décora les lieux jadis. On y retouve les alliages subtils de travertin et de marbre noir et vert. C'est un mélange d’architecture 1930, de mobilier et luminaires 1950 (mobilier Knoll, design Guariche, des éclairages Gino Sarfati) et du goût d’aujourd’hui.
Siège parisien de Weill
Siège parisien de Weill (Herve Abbadie)