Créateur engagé, William Amor transforme la pollution plastique en fleurs poétiques à la Villa du Lavoir

William Amor est un ennoblisseur de matière délaissée, dont la source d’inspiration est la nature. Rencontre avec un artiste dont l'engagement dépasse l'environnement et découverte poétique de son herbier.

Le créateur William Amor dans son atelier parisien au milieu de ses créations florables réalisées à partir de déchets de plastique, le 23 octobre 2019
Le créateur William Amor dans son atelier parisien au milieu de ses créations florables réalisées à partir de déchets de plastique, le 23 octobre 2019 (CORINNE JEAMMET)

En résidence aux Ateliers de Paris de 2017 à 2019, désormais à la cité artisanale de la Villa du Lavoir depuis juillet, William Amor sensibilise au respect de l’environnement avec sa marque Créations Messagères. Spécialisé dans la valorisation des matières délaissées, il conçoit à la main des créations florales nées de la métamorphose de la pollution plastique et de ses dérivés synthétiques. Ses créations deviennent fleurs d’ornements pour la mode, le design ou composent des décors et installations artistiques poétiques. Engagé pour l'environnement, il l'est aussi humainement, puisqu'il forme des personnes handicapées à son métier. 

Petit, fasciné par l’esthétisme de la nature, William Amor voulait être botaniste et cultivait des plantes rares dans son jardin. A son arrivée à Paris, il a été paysagiste, a travaillé en agence de communication, dans la pub, puis fait des relations presse. Mais son addiction florale l’a poursuivi : après les fleurs en papier, il est passé au plastique avec la naissance des Créations Messagères en 2015. "J’ai toujours rêvé de réaliser mes propres fleurs. Mes Créations Messagères sont des fleurs rares, des pièces d’art uniques. Chaque matière a une identité. J’ai poussé plus loin la démarche de l’upcycling en imaginant un métier d’art. Pour moi ces matériaux issus de ressources non renouvelables sont nobles. Ils sont aussi précieux que l’or. On peut les ennoblir".

Ornementation plis coeur de rose réalisée par le créateur William Amor
Ornementation plis coeur de rose réalisée par le créateur William Amor (WILLIAM AMOR)

Franceinfo Culture : Qu’avez-vous fait depuis fin 2017 date de notre rencontre lors de votre résidence aux Ateliers de Paris ?
William Amor : Pendant ces deux années, les événements se sont enchaînés. Parmi les plus marquants, il y a eu en juin-juillet 2018, le projet A Year of New au Mall Landmark à Hong Kong. Je suis resté trois semaines sur place pour cette installation monumentale qui a nécessité 3 500 heures de travail. Une quinzaine de variétés de fleurs, lianes et pétales ont été installées en suspension (à 13 mètres de hauteur) au-dessus d’un bassin de 25 mètres de circonférence sur lequel j’ai posé des îles représentant plusieurs continents, réalisées à partir de déchets. Au démontage, une vente solidaire de ces fleurs a permis de donner des fonds à l’association qui avait ramassé les bouteilles de plastique.

Installation monumentale Mall Landmark à Hong Kong réalisée par William Amor, en 2018
Installation monumentale Mall Landmark à Hong Kong réalisée par William Amor, en 2018 (WILLIAM AMOR)

En septembre 2018, lors de la Paris Design Week, j’ai collaboré avec la designer Marine Peyre. Nous avons créé un décor à partir d’une photo de mes fleurs qui a été utilisée pour habiller du mobilier à l’hôtel Renaissance Arc de Triomphe à Paris. Cette installation artistique intitulée Jardin d’hiver était pour moi une nouveauté : voir qu’avec l’impression je peux créer des décors en immersion. Cela a changé l’atmosphère du lieu en deux secondes. J’aime faire mes propres photos de mes fleurs et aussi faire des décors. Depuis Marine Peyre propose à ses clients notre collaboration.

Collaboration entre William Amor et Marine Peyre lors de la Paris Design Week, en septembre 2018
Collaboration entre William Amor et Marine Peyre lors de la Paris Design Week, en septembre 2018 (WILLIAM AMOR)

En avril 2019, sélectionné par la galériste Italienne, Rossana Orlandi, j’ai réalisé Railway Flowers : des coquelicots et des bleuets en déchets plastiques ont été installés sur les rails de chemin de fer du Musée Léonard de Vinci à Milan.

Le projet \"Railway Flowers\" : des coquelicots et des bleuets en déchets plastiques réalisés par William Amor ont été installés sur les rails de chemin de fer du Musée Léonard de Vinci à Milan.
Le projet "Railway Flowers" : des coquelicots et des bleuets en déchets plastiques réalisés par William Amor ont été installés sur les rails de chemin de fer du Musée Léonard de Vinci à Milan. (WILLIAM AMOR)

En mai 2019, il y a eu le salon Révélation au Grand Palais à Paris pour lequel j’ai réalisé une "Envolée Poétique" suspendue sur le stand des Ateliers de Paris. L’idée était de montrer que ces déchets qui virevoltent dans la nature pouvaient aussi être jolis dans une installation.

Suspension florale réalisée par William Amor pour le stand des Ateliers de Paris dans le cadre du salon Révélations à Paris en mai 2019
Suspension florale réalisée par William Amor pour le stand des Ateliers de Paris dans le cadre du salon Révélations à Paris en mai 2019 (WILLIAM AMOR)

Enfin, il y a eu l’exposition à la Maison du Docteur Gachet à Auvers-sur-Oise de mars à septembre 2019. J’y ai présenté trois oeuvres inspirées de l’histoire du Docteur Gachet et du peintre Vincent Van Gogh : du lierre, une digitale et des pinceaux marguerite.

Pour fin 2019, vous réinterprétez le coquelicot pour Kenzo Parfums, quel est ce projet solidaire ?
Désireux de mener mon objectif de créer du sens et d’imaginer un métier d’art vertueux, je m’associe à des entreprises pour générer des projets solidaires. J’ai ainsi réalisé une installation poétique et éphémère d’un champ de 250 coquelicots pour Flower by Kenzo qui s’est tenue au Palais Brongniart à Paris en avril 2019. C’est ainsi qu’est né le coquelicot messager Kenzo Parfums x William Amor. Cette fleur est porteuse d’un ruban de papier sur lequel un vœu pour un monde plus beau a été inscrit (par le public présent à cet événement, ndlr). Ce coquelicot, issu de la pollution plastique, peut devenir ce qu’il y a de plus beau et sensuel sur terre : une jolie fleur fragile et gracile ! Du 25 novembre au 31 janvier est organisée une vente solidaire de ces coquelicots qui sont signés et numérotés. 50% du prix de chaque coquelicot (80 euros) sera versé au programme "Orange Blossom pour un monde plus beau" qui œuvre pour le sourcing responsable de la fleur d’oranger et "l’empowerment" des femmes au Maroc.

Le coquelicot messager Kenzo Parfums x William Amor. 2019
Le coquelicot messager Kenzo Parfums x William Amor. 2019 (BENJAMIN SSCMUCK POUR KENZO)

Et pour 2020 ?
En 2020, je prépare le développement de sequins et d’éléments d’ornements issus de ses chutes de PET de bouteilles plastiques ou de films plastique que j’utilise au quotidien. Ces derniers seront destinés à des projets pour la haute couture ou des ateliers de broderie d’art. Je suis fasciné par les métiers d’art, les broderies, ce travail d’ornement m’inspire pour faire des sequins et de l’ornement brodé sur du textile.

A votre démarche artistique s’ajoute une dimension sociale. Qui sont "Les petites mains d’or" avec qui vous travaillez ? 

Depuis janvier 2018, je m’entoure pour réaliser mes créations de personnes handicapées à qui je transmets mes gestes. L’installation monumentale Mall Landmark à Hong Kong en Chine a été le déclencheur à ce projet d’avoir une équipe. Je voulais m’entourer de personnes qui n’avaient pas accès à nos métiers, surtout ceux qui souffrent de handicaps invisibles. Cela a été possible suite à une rencontre avec la directrice des ateliers du moulin de la Fondation Franco Britannique de SilleryCarole Nossent a tout de suite vu que cela pouvait donner à ces personnes une bulle d’air. Les petites mains d’or a donc été mis en place en collaboration avec cet ESAT (organisme faisant travailler des personnes handicapées, ndlr). 

Les filets de pêche et cordage, matières premières pour les créations de William Amor dans son atelier parisien, 2019 
Les filets de pêche et cordage, matières premières pour les créations de William Amor dans son atelier parisien, 2019  (WILLIAM AMOR)

Depuis septembre, tous les mardis, je forme 5 à 6 personnes, qui sont rémunérées par l’ESAT. C’est un travail long et minutieux de transmettre mes propres gestes : il faut prendre son temps pour que chacun d’entre eux montre ce qui lui est accessible. Ce qui est intéressant, c’est aussi de les rassurer sur leur capacité.

Dans l\'atelier parisien de William Amor à la Villa du Lavoir, 2019
Dans l'atelier parisien de William Amor à la Villa du Lavoir, 2019 (WILLIAM AMOR)

Humainement, c’est génial : ils ont un côté émerveillé et enthousiaste, comme des enfants avec des papillons dans les yeux. Au départ, ils avaient des craintes dans l’usage des outils (l’utilisation de la flamme pour réaliser le plissé des pétales par exemple) mais au fil du temps, j'ai vu des sensibilités créatives se révéler. C’est génial de voir ce changement : on a eu des retours, ce travail les aide à sortir de leur cloisonnement et il y a un système d’entre aide entre eux, ce qui n’est pas forcément habituel entre les personnes handicapées. Ce sont des moments authentiques, de bien-être ensemble. Je dois déléguer mais je ne dois pas les mettre en situation d’échec. Il faut s’adapter aux handicaps, proposer des taches variées pour que cela ne soit pas chiant.

L\'art de fabriquer un pétale de fleur en plastique avec une flamme dans l\'atelier de William Amor, 2019
L'art de fabriquer un pétale de fleur en plastique avec une flamme dans l'atelier de William Amor, 2019 (WILLIAM AMOR)

Une éducatrice art thérapeute est présente lors des ateliers mais la seule formation dont on a besoin c’est l’empathie. Leur différence est une force car ils ont eu à s’adapter à notre monde ! C’est un challenge que je me suis lancé. Ces ateliers sont proches de l’art thérapie mais je les forme à un vrai travail. L’idée à terme c’est qu’ils deviennent mes petites mains officielles.

Le créateur William Amor dans son atelier parisien en train de réaliser le plissé d\'un pétale de fleurs à l\'aide de la flamme, 2019
Le créateur William Amor dans son atelier parisien en train de réaliser le plissé d'un pétale de fleurs à l'aide de la flamme, 2019 (WILLIAM AMOR)

Vous proposez aussi des ateliers créatifs. En quoi consistent-ils ?
Je propose des ateliers créatifs, pour le moment uniquement aux entreprises. J’en ai mis en place aussi pour le public dans le cadre d'événements précis : par exemple pour les Journées européennes du patrimoine. C’était plutôt des démos participatives.

Après les Ateliers de Paris, votre avez rejoint la Villa du Lavoir. Que vous apporte cette nouvelle résidence ?
L’incubateur des Ateliers de Paris m’a soutenu et m’a accompagné pour construire mon métier, pour que j’en vive. Depuis septembre 2019, je suis à la Villa du Lavoir : j’ai pu créér ma société Créations Messagères. Ici, je suis en location avec un bail de neuf ans. C’est chez nous, c’est le grand bain. J’ai pu réaliser cela grâce à la Fondation Banque Populaire dont j’ai été lauréat cette année. Tu gagnes une bourse mais pas que, il y a un soutien : je peux leur demander des conseils, ils accompagnent… Par ailleurs la Fondation EY, dont je suis lauréat également cette année, m’aide : ils m’ont accompagné pour mes statuts, dans ma recherche d'un comptable…

L\'atelier parisien du créateur William Amor à la Villa du Lavoir à Paris, 2019
L'atelier parisien du créateur William Amor à la Villa du Lavoir à Paris, 2019 (WILLIAM AMOR)

Construite dans le 10e arrondissement sur un ancien lavoir, la Villa était originellement une sous-station électrique chargée d’alimenter les théâtres environnants. Aménagé par la Régie Immobilière de la Ville de Paris, l’édifice accueille désormais des logements et une cité artisanale dédiée à la création et à l’artisanat d’art. Treize artisans s’y sont installés à la rentrée 2019 : outre les Créations Messagères de William Amor, elle accueille d’autres créateurs mode (Archipel Paris, Aurélia Leblanc et Jenna Kaes, Max Mazlo, Madeleine Ably et Mathias Abiker pour Sixsœurs).