Marie Laforêt était "une artiste absolument hallucinante, une grande, grande diva", salue Laurent Ruquier

Laurent Ruquier avait produit Marie Laforêt lors de son retour sur scène en 2005.

Marie Laforêt le 12 septembre 2005 au théâtre des Bouffes Parisiens, Paris. 
Marie Laforêt le 12 septembre 2005 au théâtre des Bouffes Parisiens, Paris.  (JOEL ROBINE / AFP)

Après le décès de la chanteuse et actrice Marie Laforêt à l'âge de 80 ans, son ami et ancien producteur Laurent Ruquier a réagi dimanche 3 novembre sur franceinfo, évoquant le souvenir d'une "artiste absolument hallucinante". Pour le producteur de télévision, Marie Laforêt était une "grande, grande diva" mais aussi une "artiste jusqu'au bout des ongles". Celle qui a joué Maria Callas au théâtre entretenait un rapport compliqué avec sa propre carrière, tout en gardant un "humour" et une "fantaisie absolument incroyable".


Vous étiez très proche de Marie Laforêt, qui était une grande amie pour vous. C'est une grande émotion aujourd'hui ?

Laurent Ruquier : Évidemment, je suis très triste, même si je savais que les jours de Marie étaient comptés. C'est une grande artiste qui part, hélas une grande artiste pas toujours si bien connue que cela. On connaît quelques uns de ses tubes parce que dans les années 1970 on faisait enregistrer beaucoup de 45 tours aux artistes, mais il y a toutes ses chansons plus méconnues, qu'elle, elle aimait. D'ailleurs, elle ne voulait pas chanter ses tubes sur scène, voilà pourquoi pendant plus de trente ans elle n'est pas montée sur scène. J'ai eu la chance de la produire lors de son grand retour, il a fallu lui imposer ses tubes, parce que les gens veulent des tubes sur scène. Il n'y en a qu'un qu'elle ne voulait absolument pas chanter, c'était Viens sur la montagne. Il n'y avait rien à faire, elle ne voulait pas chanter Viens sur la montagne. Mais le reste, il y a des chansons magnifiques. Elle a un très, très large répertoire. On parle toujours d'Hugues Aufray mais ça a été une des premières à chanter Bob Dylan, Blowin' in the wind. Bref, il faut réécouter Marie Laforêt dans son intégralité parce que ce sont des pépites.

Elle a eu une carrière incroyable de six décennies. Pourquoi avait-elle un tel retrait par rapport à ses chansons ?

Elle avait un retrait par rapport à tout, de toute façon. C'est un métier, à la fois qu'elle aimait, et qu'elle détestait. C'était compliqué. Quand on est revenus sur scène, on aurait pu prolonger pendant des semaines et des semaines, faire une tournée triomphale, parce que c'était "sold out" [complet]. Mais elle était à la fois heureuse et malheureuse. C'est quelque chose qui est difficilement explicable. Même pour moi, qui étais proche d'elle, jusque ces dernières semaines. Marie Laforêt c'était une autre, pour elle, en fait. Ce n'était pas elle. Ce qui est fou c'est que c'est une artiste jusqu'au bout des ongles. Il fallait la voir répéter quand elle montait sur scène, c'était absolument incroyable. Elle s'y connaissait aussi bien sur la musique, sur le jeu, sur l'affiche. C'était une artiste absolument hallucinante. Une grande, grande diva. Il faut l'avoir vue sur scène, au théâtre, jouer, parce que ce n'était pas que la chanteuse. Dans les grands rôles qu'elle a pu jouer au théâtre dans les années 1990-2000, ça a été la Callas, Master Class. C'est Fanny Ardant qui avait créé le rôle mais c'est elle qui l'a marqué, le rôle. Elle l'a joué pendant des années et des années. Elle était incroyable, incroyable.

Elle a d'ailleurs commencé sa carrière comme actrice, avec le film "La Fille aux yeux d'or". C'est vrai qu'elle avait des yeux exceptionnels, un visage, et une voix à la fois. Marie Laforêt, c'était un tout ?

Une des dernières images que j'aurai d'elle, c'est elle sur le balcon de la clinique où elle était, où elle fumait une cigarette parce qu'on l'avait autorisée à fumer jusqu'au dernier moment, elle disait "ça ne changera rien maintenant". Et elle fumait sa cigarette... Et elle avait un humour ! Plus que tout, elle était drôle. Elle avait une fantaisie absolument incroyable. C'est quelqu'un qui avait une telle fantaisie, une telle répartie.