VIDEO. Binetou Sylla veut redéfinir certains mots pour parler de la condition noire

"Exotique", "race", "victimisation"… Redéfinir certains mots pour parler de la condition noire, c'est l'objectif de Binetou Sylla, co-autrice du livre "Le Dérangeur : petit lexique en voie de décolonisation".

BRUT

"Ça va de abolition à souk, en passant par quand on veut, on peut, à victimisation, Aya Nakamura, chlordécone, colère, émeute."

Redéfinir 40 mots de la langue française pour parler de la condition noire, c'est ce qu'a fait le collectif Piment dans "Le Dérangeur : Petit lexique en voie de décolonisation".

Exotique

"Quand on utilise le mot "exotique", c'est qu'on s'entend soi-même comme la norme. Et ce qui est intéressant justement, c'est de se dire que ce qui est exotique pour soi n'est pas exotique pour l'autre", explique Binetou Sylla. Dans son lexique, elle a voulu faire une liste non exhaustive "de ce que pour nous on pense être exotique", une façon pour la co-autrice de montrer la subjectivité derrière ce que l'on considère comme exotique. "Les mots portent en eux une vision du monde, un paradigme et ce qui est intéressant, c'est de sortir, en fait, de cette vision et d'aller dans une autre centralité", résume Binetou Sylla.

Race

"On s'est dit qu'on avait pas envie de définir un mot d'une certaine façon qui a été retiré de la Constitution française mais c'était aussi une façon de dire que ce n'est pas parce qu'on retire un mot de la Constitution française, ce n'est pas parce qu'on retire le mot "race" que le racisme va disparaître", souligne Binetou Sylla. Elle invite à "se poser, à prendre le temps, d'essayer de comprendre pourquoi évidemment les races biologiques n'existent pas". "Par contre la race comme concept historique, comme héritage historique a et laisse encore des traces dans la société française, que ce soit en France métropolitaine comme on dit ou dans les Caraïbes françaises, dans les Antilles, elle laisse une trace, elle construit, elle structure, en réalité", développe-t-elle.

Victimisation

"Alors pour le coup, s'il y a vraiment un mot qui est universel et qu'on utilise à toutes les sauces, c'est vraiment le mot "victimisation". C'est un mot qui est utilisé contre les femmes, contre les noirs, contre les arabes, contre les homosexuels, contre tous ceux qui sont dans des rapports de domination et qui sont dominés", explique Binetou Sylla. Elle y voit un mot qui est là pour "délégitimer la parole, l'expérience des personnes dominées" et qui coupe court à la réflexion : "C'est un mot qui est utilisé pour ne pas, justement, réfléchir en fait à : s'il y a des victimes, c'est qu'il y a aussi des personnes qui profitent de privilèges."

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