Festival du Livre 2023 : l'engouement français pour la littérature italienne toujours intact

Pour cette nouvelle édition du Festival du Livre qui a lieu jusqu'à dimanche, l’Italie et ses 51 auteurs italiens sont célébrés au Grand Palais Ephémère. L’occasion de comprendre l’engouement français pour la littérature italienne.
Article rédigé par Yemcel Sadou
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 4 min
Une photo prise le 4 octobre 2016 montre des livres de l'écrivaine italienne Elena Ferrante dans une librairie à Rome. (GABRIEL BOUYS / AFP)

C’est dans le Pavillon italien du Grand Palais éphémère que le public pourra découvrir et rencontrer les 51 auteurs italiens invités au Festival du Livre 2023. Deux-tiers des livres présentés seront en français et un tiers en italien.

Cela fait la quatrième fois que l’Italie est le pays invité d’honneur du Festival du Livre (ancien Salon du Livre de Paris), d’abord en 1991, en 1994, puis en 2002. Jean-Baptiste Passé, directeur général du Festival du Livre de Paris, se réjouit de cette nouvelle présence de l’Italie dans son éditorial : "Nombreux sont ceux déjà sous le charme d’Elena Ferrante, rêveurs en suivant Hugo Pratt et mélancoliques en lisant Dino Buzzati, et cette nouvelle invitation permettra de réaffirmer l’intérêt de tous les lecteurs français pour les lettres italiennes."

La littérature italienne a une place à part en France. Et vice-versa. "La France est le deuxième marché pour la vente des droits d’œuvres italiennes à l’étranger, avec plus de 900 titres traduits chaque année", explique Ricardo Franco Levi, président de l’Association des Editeurs Italiens. L’amour des Italiens pour la littérature française est réciproque. En 2021, 1179 titres ont été cédés par les éditeurs français à leurs homologues italiens pour une traduction, selon le Syndicat national de l’édition.

L’amour franco-italien au rythme des tendances

Giuliano da Empoli, auteur italo-suisse, est la deuxième meilleure vente du marché français en 2022 avec Le mage du Kremlin publié aux éditions Gallimard. Nathalie Bauer est écrivaine et l’une des traductrices d’ouvrages italiens parmi les plus réputées. Elle a traduit notamment les œuvres de Michela Murgia, Mario Soldati, Marcello Fois, Giovanni Arpino, Federico De Roberto, Marco Balzano et Primo Levi. "Depuis les années 80 et la traduction du livre Le Nom de la rose d’Umberto Eco, il y a un intérêt pour les auteurs italiens qui n'existait pas avant. En France ça a été une locomotive. Lorsque des auteurs rencontrent un grand succès, cela entraîne des publications dans les années qui suivent."

Nathalie Bauer a remarqué un engouement autour de certains auteurs italiens phares : "Ce qui a très bien marché ces dernières années sont les livres d’Elena Ferrante. Ce sont surtout des phénomènes de mode. Certains auteurs italiens avec un succès en France peuvent en avoir bien moins en Italie. C’est le cas d’Erri De Luca qui n’a pas le même prestige en Italie."

Nathalie Bauer a récemment traduit Deux vies d’Emanuele Trevi qui a remporté le prix Strega 2021, l’équivalent du prix Goncourt en France. "En France, je ressens une forte empathie, peut-être due au fait que mes livres peuvent rappeler ceux d'Emmanuel Carrère et de Patrik Modiano, à bien des égards", explique Emanuele Trevi. Il a un profond amour et une estime pour la France et ses auteurs : "Je suis heureux d'être traduit dans des langues variées, mais pour moi la France est la patrie de la civilisation, du style, de l'ironie. Dans une autre vie, je veux naître français !".

La littérature italienne proche du public

La maison d’édition Liana Levi publie depuis 40 ans des auteurs italiens. Ils sont aujourd’hui plus d’une trentaine à être traduits dans la maison, dont Milena Augus et Primo Levi. La fondatrice de la maison qui porte son nom explique l’engouement pour les auteurs italiens depuis les années 2000 : "C‘est dans ces années que la littérature italienne a pris son essor auprès du public et des éditeurs, grâce à des phénomènes. Je pense à Maison de pierre de Milena Augus, aux livres d’Elena Ferrante, mais aussi Roberto Saviano."

Liana Levi publie des auteurs souvent inconnus à l’origine en Italie comme Silvia Avallone invitée au Festival du Livre, et qui connaissent un grand succès par la suite en France : "La force des auteurs italiens et de s’autoriser à raconter des histoires et de se mesurer à la réalité. Il s’agit d’une réalité propre à un pays, une réalité sociale ou liée à l'Histoire. En ce sens, ils sont assez proches de la littérature américaine qui connait aussi un succès important."

Pour Liana Levi, le succès des auteurs italiens en France n’est pas une surprise : "Certains auteurs italiens se sont mis à écrire de la littérature grand public avec des sagas notamment. Il y a eu une ouverture de l’éventail. Ce n’est plus seulement de la littérature de haut niveau, mais des fictions plus accessibles", ajoute-t-elle.

L’engouement autour de la littérature italienne en France reste à mesurer. Simple tendance ou véritable communauté de lecteurs, le directeur éditorial de la maison d’édition à son nom, Philippe Rey tranche : "Je ne pense pas qu'il y ait forcément des gens qui recherchent de la littérature italienne à tout prix. Je pense que les gens qui tombent sur un livre recommandé par un ami ou avec une bonne critique, l’achètent. Je ne crois pas qu’il existe un lectorat féru de littérature italienne contrairement à la littérature américaine qui a un lectorat fidèle. Les autres littératures européennes dépendent plus des tendances."

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