"Revenir fils", de Christophe Perruchas : le retour impossible vers une mère amnésique et frappée du syndrome de Diogène

Le deuxième roman de Christophe Perruchas raconte le retour d'un fils vers sa mère, qui l'a autrefois "orpheliné de son vivant".

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le romancier Christophe Perruchas, 2021 (JULIE BALAGUE)

Après Sept gingembres (Le Rouergue, 2020) Christophe Perruchas, directeur artistique dans la pub, publie "Revenir fils", paru le 18 août aux éditions du Rouergue, une histoire filiale marquée par la folie d'une mère atteinte du syndrome de Diogène et frappée d'amnésie.

L'histoire : un adolescent se retrouve en tête à tête avec sa mère après la mort accidentelle de son père. Pour ajouter du malheur au malheur, la femme montre bientôt des signes de troubles mentaux. Elle est peu à peu gagnée par le syndrome de Diogène, qui pousse à accumuler des objets de toutes sortes, avec lesquels elle bâtit des murailles de plus en plus hautes et envahissantes dans la maison familiale.

Après un séjour à l'hôpital psychiatrique, elle oublie tout à coup l'existence de son fils, ne pensant plus qu'à un premier enfant, Jean, né avant la naissance du narrateur et décédé de mort subite du nourrisson.

"Pour l’instant, je sais juste que ma mère m’a orpheliné de son vivant, le reste n’a pas beaucoup d’importance."

"Revenir fils"

page 127

Pour se protéger, l'adolescent s'éloigne, d'abord dans le jardin, dans une caravane, puis loin de la maison et de sa mère, jusqu'au jour où, 20 ans plus tard, mari et père lui-même, il décide de revenir vers elle.

Partition en deux temps, à deux voix

Le livre est déployé à deux voix, celle du fils, et celle de la mère, et à deux temps, celui du passé, et celui du présent. 1987,  Nesquick, premiers émois, dimanches avec Jacques Martin, mort du père, mère qui dévisse. Vingt ans plus tard, le fils devenu père et mari essoufflé, poussé par cet affaissement au mitan de son existence, quitte femme et enfant pour aller retrouver sa mère.

A travers ces deux temps, ce sont aussi deux âges, l'adolescence et l'âge adulte, et deux époques, les années 80 et les années 2000, que scrute le romancier qui interroge le passage du temps, un temps qui s'attaque aux corps et à la vie de couple, autant qu'au vernis des quartiers pavillonnaires, laissant en revanche intacte, sans une ride, la folie.  

Comme dans son premier roman, Christophe Perruchas immisce le lecteur dans l'intimité de ses personnages avec une transcription littérale de leurs pensées, qu'il exprime ici dans des langues différentes : celle de la mère, encloisonnée, en boucle, qui parle d'elle-même avec des "on", vagabondant au gré de sa folie, et celle du fils, factuelle, à la première personne, consignant ses atermoiements, d'abord adolescent, puis quadragénaire, certes marqué par un traumatisme, mais aussi taraudé par des questionnements dus à son âge, et à sa condition d'homme.

Un deuxième roman réussi, même si l'on regrette un peu que ce double monologue sensible et convainquant s'achève sur une fin spectaculaire, mais expédiée.

Couverture de "Revenir, fils", de Christophe Perruchas, août 2021 (Le Rouergue)

"Revenir fils", de Christophe Perruchas  (Editions du Rouergue, 288 pages, 20 €)

Extrait :
"Il me faut quelques instants, je m’arrête, pour distinguer ce qui m’entoure, les masses de chaque côté, même ici, dans le vestibule.
Des empilements, des objets, les uns sur les autres, sans logique particulière, des journaux par centaines, un parapluie, des pierres ici, une casserole, là des livres, un pied de lampe et des cartons. Entassés jusqu’à hauteur d’épaule, défoncés, éventrés, qui révèlent la banalité de leur contenu par leurs boursouflures percées : des cahiers, des chaussures, d’homme comme de femme, dépareillées et vieillies, cuites et déformées, le cuir comme déshydraté, momies de chaussures, des sacs de supermarché, cumulonimbus de plastique, plus loin, des réveils, un début de collection, des ronds en fer-blanc, des petits, carrés, en bakélite, d’autres encore plus récents aux couleurs pétantes, un rempart de bouteilles d’eau et tout le long, mur après les murs, des caisses, des boîtes, un éboulis ici, avalanche de pelotes décoiffées. Tout est assourdi, le bruit de mes pas, dans ce couloir au milieu du couloir, les semelles qui collent, comme un bruit de chair et la résistance qu’on sent quand il faut arracher son pied pour le lancer plus loin. Avancer." ("Revenir fils" page 195)

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