Frédéric Dard, auteur prolifique aux 400 romans : un succès impossible aujourd'hui

Décédé en 2000, Frédéric Dard aurait fêté ses 100 ans cette année. Retour sur le succès de cet écrivain, boulimique d'écriture.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Frédéric Dard, auteur du célèbre "San-Antonio", en 1965. (STAFF / AFP)

Un total de 175 romans a lié à jamais le nom de Frédéric Dard à celui de son personnage, le policier San-Antonio. Et ce n'est même pas la moitié de l'oeuvre surabondante de cet écrivain qui aurait eu 100 ans.

Plus de 400 romans

Il est né le 29 juin 1921 dans une famille modeste de Bourgoin-Jallieu (Isère). Et il a fini, dans les années 1970, par abandonner son propre nom sur la couverture, pour signer "San-Antonio", y compris pour un livre émouvant où il évoque l'enlèvement de sa fille, Faut-il tuer les petits garçons qui ont les mains sur les hanches ? (1984).

Ce pseudonyme archicélèbre garantissait le succès en librairie à une époque. Quitte à inonder le marché : Dard meurt en 2000 avec plus de 400 romans au catalogue.Interrogé en 1978 alors qu'il approchait les 100 millions d'exemplaires vendus, il répondait à la radio publique suisse: "C'est fabuleux, et j'en remercie le ciel d'ailleurs !"

"J'ai eu des débuts très difficiles, j'ai crevé de faim (...) J'ai une espèce d'inquiétude : je me dis que c'est pas possible qu'une chose pareille arrive à un homme, et puis que ça continue toujours ! Ça va fatalement cesser", avouait-il.

Vendus dans "le moindre bar-tabac"

Les ventes dépassent à présent 250 millions d'exemplaires vendus, selon un comptage invérifiable. Ce succès impossible aujourd'hui est le fruit d'une boulimie d'écriture, mais également d'une exigence de son éditeur, qui lui assurait des droits d'auteur confortables... à la condition expresse qu'il tienne la cadence de plusieurs livraisons par an.

"Pour Frédéric Dard c'était une drogue. Les témoignages de ses proches concordent : vous le laissiez deux ou trois jours sans écrire et il devenait invivable", raconte à l'AFP Maxime Gillio, vice-président de l'Association des amis de San-Antonio.  "La stratégie marketing de son éditeur, Armand de Caro, est aussi un phénomène complètement inimaginable de nos jours. Le moindre bar-tabac au fin fond du Cantal devait avoir un présentoir avec des San-Antonio. Et il n'y avait pas de retours possibles pour les invendus !", ajoute-t-il.

Quantité et qualité

Aucun auteur à succès, quelle que soit sa productivité, n'accepterait ce type de conditions. Amélie Nothomb révélait ainsi début juin à ActuaLitté être "en train d'écrire [son] 102e manuscrit", mais n'en donne qu'un par an à Albin Michel. Quant aux grandes maisons d'édition, elles détesteraient qu'on les accuse de sacrifier la qualité à la quantité.

"Il y a de petits éditeurs en difficulté qui publient au kilomètre, en espérant qu'un titre sortira du lot. Ce n'est pas la solution. C'est comme quand on se noie et qu'on se raccroche à n'importe quoi, parce qu'on panique", affirmait à l'AFP le président du Syndicat national des éditeurs, Vincent Montagne, à l'occasion du bilan annuel du secteur.

Originaux à prix d'or 

Si Frédéric Dard est toujours publié, c'est de manière bien plus raisonnée. Son éditeur historique, Fleuve, a sorti le 24 juin Des nouvelles de moi, recueil de 222 fictions brèves écrites entre 1940 et 1985. Les réunir fut un travail de fourmi. L'auteur lui-même avait oublié certains des pseudonymes ou des intrigues datant des époques où il tirait le diable par la queue.

Loin d'être dévaluée, "la plus grande partie de ces contes et nouvelles n'est connue que des collectionneurs, et leurs publications d'origine se vend à prix d'or", souligne dans la préface Alexandre Clément, qui a coordonné ce volume de près de 600 pages.

Quant à la série complète des San-Antonio, ce cocktail d'action, d'humour et d'argot, elle est rassemblée sous forme électronique, chez les éditions 12-21, par décennie. Les années 80 sont les plus prolifiques (41 romans), mais les fans vous diront souvent que les meilleurs polars se situent dans les années 50 (37 romans) ou 60 (35 romans).

Les Mureaux fêtent les "100 piges"

Les "100 piges" de Frédéric Dard sont fêtées aux Mureaux, la ville des Yvelines où il s'était installé en 1949 pour réussir comme journaliste à Paris, et où il a créé le personnage de San-Antonio.

Pour célébrer l'écrivain, un parcours touristique en petit train est organisé ce dimanche 27 juin. L'occasion de découvrir les lieux emblématiques qui ont marqué  la vie de Frédéric Dard. Départ de La Médiathèque sur trois créneaux différents : 10 h 30, 14 h 30 et 16 h 45.

Plusieurs projections de films sont également organisées dans ville. À l'affiche : La Vieille qui marchait dans la mer, une comédie de Laurent Heynemann avec Jeanne Moreau et Michel Serrault d’après le roman de San Antonio à voir (ou revoir) le 10 juillet. Mais aussi Toi, le venin, un drame policier de Robert Hossein projeté le 16 octobre en présence de l'actrice principale, Marina Vlady.

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