Dans "Un si petit monde", le romancier Jean-Philippe Blondel poursuit son attachante exploration de la vie de province

Le prolifique écrivain, qui a déjà publié 25 romans, aime narrer les vies des gens "ordinaires", ces classes moyennes de province qu’il observe de l’intérieur avec humour et tendresse.   

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France Télévisions Rédaction Culture
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L'écrivain Jean-Philippe Blondel  (@Marc Melki)

La dernière fois, nous avions quitté les familles du groupe scolaire Denis-Diderot en 1975. Nous les retrouvons en 1989, année de basculement dont il n’est nul besoin de narrer les conséquences. Comment la grande Histoire va interférer avec le destin de ces personnages qui la vivent comme un bruit de fond, c’est tout l’enjeu de ces retrouvailles. Un si petit monde, de Jean-Philippe Blondel, est publié le 4 mars 2021 aux éditions Buchet-Chastel. 

L’histoire : De retour d’Amérique Latine, Philippe Goubert vit une déception amoureuse qui va l’amener à redéfinir ses priorités. Ses parents, eux, sont presque séparés, l’un vivant une aventure à Paris, tandis que l’autre va se rendre compte que les hommes ne sont pas si indispensables que cela dans la vie d'une femme. Janick Lorrain, elle, est veuve. Mais avant de mourir, son mari, un brin coureur de jupons, a laissé une dernière trace de son passage sur terre que les survivants ignorent, sauf la principale intéressée Geneviève Coudrier, qui garde jalousement son secret. L’un de ses fils, Baptiste devient père à son tour, et se retrouve pris un peu tôt dans l’engrenage de la vie. 

Ces narrateurs multiples vont tourner, comme valser, autour de la même histoire, pendant que le mur est en train de tomber à Berlin. Le monde change, les certitudes vacillent, les possibles s’ouvrent, et ce jusqu’à influencer les rêves de chacun. Bien souvent, ces personnages d’ailleurs n’en ont qu’un seul : celui de s’échapper. Mais tout, invariablement, les rassemble dans cette petite ville de province, même si certains n’y habitent plus. Et tout les ramène à ces années où cette petite troupe habitait autour du groupe scolaire Denis-Diderot.  

Un petit monde clos où l'on s'immisce

Jean-Philippe Blondel retrouve ici son thème préféré : l’intime, les relations humaines de “derrière la façade”. L’auteur adore révéler ce qui se cache, ce qu’on ne dit pas, avec finesse, humour et tendresse. Des histoires qui finissent toujours par exploser au grand jour, même si les années ont passé, dans ce petit monde clos où l’on s’espionne et où l’on s’observe.  Un monde dont les personnages découvrent peu à peu qu’au-delà du destin collectif, ils ont aussi le droit de tracer leur chemin personnel. 

Autre thème que l’auteur aime manier : les influences subtiles des changements de la société sur la vie personnelle des gens. Il s’immisce grâce à la magie du roman dans les vies amoureuses, les vies de famille, et l’on lit au-dessus de son épaule avec l’impression malicieuse d’être des voyeurs.  

La galerie de personnages est si vaste, malgré des figures centrales, que l’on s’y égare parfois, mais qu’importe : il règne toujours dans l’écriture de Jean-Philippe Blondel une douceur teintée d’amertume, celle d’un temps qui parfois s’accélère partout, sauf dans ce "si petit monde".    

"Un si petit monde", de Jean-Philippe Blondel, publié le 4 mars 2021 aux éditions Buchet Chastel, 256 pages, 18€.

Couverture de "Un si petit monde", de Jean-Philippe Blondel (@ Buchet Chastel)

Extrait : "Michèle applique le rouge à lèvres et se recule de quelques centimètres. C’est mieux. Évidemment, le maquillage ne cache pas totalement l’outrage des ans, mais elle est présentable, et les parents d’élèves lui trouveront l’air gai et facétieux. Elle ne cherche plus à séduire. Lorsqu’elle repense à Florimont, elle revoit immédiatement les poils roux qui lui sortent maintenant des oreilles. Une vraie incongruité pour un homme dont le torse, et elle s’en souvient bien, est parfaitement glabre. Comparativement, André s’en sort mieux. Après une alerte cardiaque, il y a quatre ans, il a arrêté de fumer et s’est mis au jogging. Michèle a noté la disparition des bouteilles d’alcool fort qu’il cachait dans le cagibi où il se réfugiait lorsqu’il supervisait les comptes de la section locale du Parti socialiste. Cet engagement-là aussi, c’est du passé. André admet même qu’il doute, aujourd’hui. Pourtant, ils y ont tellement cru, tous les deux, en voyant s’afficher le visage de Mitterrand sur l’écran. Ils avaient pleuré et étaient tombés dans les bras de leurs amis militants. Une nouvelle ère était arrivée. On allait être fier d’être fonctionnaire. On redistribuerait les richesses. Et ça irait, ça irait, les aristocrates auraient la lanterne.
Rien ne se passa comme prévu. Les grandes fortunes menacèrent de fuir le pays. Les ministres communistes quittèrent le gouvernement. Fabius remplaça Mauroy. On apprit de nouveaux mots –  réalisme, rigueur, inflexion. Les parents de Michèle décédèrent coup sur coup, laissant derrière eux une somme plus rondelette qu’on aurait pu le prévoir. Parallèlement, la carrière d’André prit un tournant : il accomplissait depuis des années sa tâche avec sérieux et un souci du détail qui frisait la maniaquerie, ne comptait pas ses heures et était engagé auprès du Parti. Il méritait une promotion."

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