Rebond des ventes de livres depuis le déconfinement : les libraires retrouvent le sourire mais restent prudents

Ragaillardis par le rebond surprise des ventes au moment du déconfinement, les libraires restent toutefois prudents face à des comportements plus "erratiques" de leurs clients qui les poussent à se réinventer en prévision des fêtes de fin d'année.

A l\'intérieur d\'une librairie parisienne, en mai 2020.
A l'intérieur d'une librairie parisienne, en mai 2020. (JULIEN MATTIA / ANADOLU AGENCY)

"Je prends comme une formidable dose de vitamine ce qui s'est passé depuis quatre mois, c'est un bel élan", estime le président du syndicat de la librairie française Xavier Moni. "Il semblerait que l'on retombe sur nos pattes, on peut dire que la reprise est globalement positive". Il faut dire que depuis le 14 mars et la fermeture de la quasi-totalité des librairies en France en raison du confinement imposé par l'épidémie de coronavirus la donne a considérablement changé.

Moral au beau fixe depuis le déconfinement

Certes, les libraires ont vu leur chiffre d'affaires s'effondrer en moyenne de 95% pendant cette période, faisant ressurgir le spectre d'une hémorragie dans ce secteur réputé fragile économiquement. Mais depuis la réouverture en mai, le moral est au beau fixe chez les professionnels qui ont vu les premiers jours et premières semaines un afflux de clients se précipiter chez eux pour refaire le plein de livres.

"On a eu beaucoup de monde avec souvent des témoignages très forts, certains nous disaient je vous ai réservé ma première visite déconfinement", se souvient Anne-Laure Vial, cofondatrice de la librairie "Ici", dans le 2e arrondissement de Paris. "Il y avait une soif de lecture, beaucoup de gens disaient : on n'a plus rien. Ils achetaient des piles entières, un effet Noël pendant quelques semaines", ajoute-t-elle. "Puis l'été a été un peu plus calme".

La prudence de mise

Pour le sociologue Vincent Chabault, ce rebond économique du marché de la librairie peut s'expliquer à la fois par un "rattrapage" des lecteurs privés de livres pendant le confinement mais également par un acte plus militant. Il y a peut être "une forme de consommation culturelle responsable, attentive à la proximité, à l'expertise, au conseil, à l'animation en librairie, et les prochains mois nous diront si cette forme de consommation engagée s'est installée".

Les libraires, eux aussi, se montrent prudents. S'ils peuvent compter sur le fonds de soutien de 25 millions d'euros voté en juillet par le Centre national du livre (CNL), ils doivent composer avec le télétravail qui a bousculé les habitudes de leurs clients. "Nos flux se répartissent différemment, les temps forts de la semaine en librairie avant c'était le samedi, maintenant ce n'est plus forcément le cas", relève Xavier Moni. "On a du monde mais c'est erratique", abonde Anne-Laure Vial. "On a du mal à projeter, on est dans un quotidien où ça se passe plutôt bien, on réfléchit en même temps à l'après, on prépare Noël", ajoute-elle.

La difficile préparation de la période de Noël

La préparation des fêtes de fin d'année, période stratégique pour les librairies, s'annonce en effet comme un véritable casse-tête. Comment répondre aux attentes des clients tout en respectant les gestes barrières et en prenant en compte les achats de dernière minute, synonymes de files d'attente ? "C'est un sujet de préoccupation, je ne vois pas comment on pourra accueillir autant de monde que ce qu'on accueille normalement au mois de décembre", note Xavier Moni. "Est-ce qu'on va étendre nos horaires d'ouvertures ? Est-ce qu'on va favoriser l'achat en ligne et le retrait en magasin ?"

Même questionnement concernant les rencontres organisées avec les auteurs, surtout en période de rentrée littéraire. A la libairie "Ici", seule une quarantaine de personnes ont été accueillies mi-septembre avec l'écrivaine Lola Lafon à l'occasion de son dernier roman Chavirer, contre 100 en temps normal. Une jauge "présentielle" revue à la baisse qui pousse les libraires à réinventer le format. "On retransmet en live, ça permet de rendre les choses vivantes et ça donne de la visibilité au livre et à l'auteur", relève Anne-Laure Vial.