Jokha Alharthi romancière du sultanat d'Oman, lauréate du Man Booker International Prize

C'est la première fois depuis sa création en 2005 que le prestigieux prix littéraire Man Booker International récompense une auteure du Golfe.

Jokha Alharthi romancière omanaise lauréate du Man Booker International Prize, à Londres le 21 mai 2019
Jokha Alharthi romancière omanaise lauréate du Man Booker International Prize, à Londres le 21 mai 2019 (ISABEL INFANTES / AFP)

L'Omanaise Jokha Alharthi a remporté mardi soir à Londres le prix littéraire Man Booker International, qui récompense une oeuvre traduite en anglais, pour Celestial Bodies, un roman qualifié de "subtil", "lyrique" et "profond" par le jury.

Jokha Alharthi est la première romancière du Sultanat à avoir été traduite en anglais."C'est un grand honneur", a déclaré la lauréate à l'AFP, "ravie" qu'avec ce prix "une fenêtre a été ouverte sur la riche littérature arabe en général et la littérature d'Oman en particulier". Pour la présidente du jury, Bettany Hughes, "le livre conquiert les esprits et les coeurs dans une même mesure".

"Un aperçu très imagé, captivant et poétique sur une société en transition"

Dans son roman Celestial Bodies (Editions Sandstone), Jokha Alharthi, 40 ans, raconte les lentes évolutions de la société omanaise après l'ère coloniale à travers les amours et les peines de trois soeurs, habitant le village d'al-Awafi. Mayya épouse Abdallah après un chagrin d'amour, Asma se marie par sens du devoir, et Khawla rejette toutes les avances en attendant son bien-aimé, parti au Canada.

Avec un "art délicat", l'auteure nous "entraîne dans une communauté richement imaginée permettant de nous attaquer à des sujets profonds comme le temps, la mortalité et des aspects troublants de notre histoire commune".

Emergence d'un "talent littéraire majeur"

"Celestial Bodies évoque les forces qui nous contraignent et celles qui nous libèrent", a-t-elle ajouté, saluant aussi une traduction "précise et lyrique". Le livre évoque aussi l'esclavage. "Je crois que la littérature est la meilleure plateforme pour avoir cette discussion", a déclaré l'auteure à l'AFP. Pour les juges, ce livre offre "un aperçu très imagé, captivant et poétique sur une société en transition".

Le quotidien The Guardian avait salué une oeuvre qui donne à voir "une culture relativement peu connue dans le monde" et The National avait salué pour sa part l'émergence d'"un talent littéraire majeur".

Rayonnante sous un voile argenté, Jokha Alharthi a remercié ses éditeurs et la traductrice de son roman en anglais, Marilyn Booth, 64 ans. Les deux femmes se partagent une récompense de 50.000 livres (soit 57.900 euros environ).

Un prix pour encourager la lecture d'oeuvres du monde entier

Jokha Alharthi est l'auteure de deux précédents recueils de nouvelles, d'un livre pour enfants et de trois romans en arabe. Parlant couramment l'anglais, elle a obtenu un doctorat en poésie arabe classique à Edimbourg, en Ecosse, et enseigne à l'Université Sultan Qaboos de Mascate, la capitale portuaire du sultanat d'Oman. Ses nouvelles ont été publiées en anglais, allemand, italien, coréen et serbe.

Créé en 2005, le prix littéraire Man Booker International vise à encourager la lecture d'oeuvres de fiction de qualité écrites aux quatre coins du monde. Parmi les lauréats précédents on trouve l'Israélien David Grossman, l'Américain Philip Roth ou le Nigérian Chinua Achebe.

Cette année, un seul homme figurait parmi les six finalistes. Était en lice notamment la Française Annie Ernaux pour The years (Les années).